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L’abattoir Levinoff-UPA: L’échec de la mise en marché collective?



par Gérard Samet
La fermeture ou la « suspension des opérations » de l’abattoir Levinoff-Colbex ne surprend pas le milieu des producteurs québécois de bovins. La Vie Agricole révélait en exclusivité, il y a deux mois, le prix exorbitant payé en 2006 par la Fédération UPA des producteurs de bovins (FPBQ) aux anciens propriétaires, les frères Cola.
L’abattoir aurait été acheté au « prix de 62,5 M$ », une estimation faite à l’époque par Vincent Kelhetter, de l’Association de défense des producteurs de bovins (ADPB), un groupe de producteurs dissidents, qui conteste les cotisations obligatoires prélevées spécialement pour l’abattoir par la FPBQ et même l’accord initial des membres du syndicat pour cette acquisition à ce prix.
Une telle somme, empruntée pour payer le prix élevé, hypothéquait largement, selon l’ADPB, la compétitivité et les prix pratiqués par ce grand abattoir de vaches de réformes, le plus grand du Québec, par rapport à ses concurrents de l’Ontario et des États-Unis. « Ils achètent en sol ontarien nos bovins 30 cents de plus la livre, malgré le coût du transport », indique Adrien Breault, le président de l’ADPB ». Ce prix rendait difficile la rentabilité de l’exploitation de Levinoff, qui n’était maintenue artificiellement que par une marge de crédit garantie par le Gouvernement du Québec et des reports d’échéances.
Selon monsieur Kelhetter, la suspension des activités de l’abattoir, puis son séquestre par la Banque Nationale et la Financière agricole, survenus moins d’une semaine après la suspension des activités par la FPBQ, « sont la preuve de l’échec de la mise en marché collective au Québec pour les produits non contingentés », comme les bovins. Il estime que la FPBQ porte le blâme, depuis le début, du mystère et du secret entretenus sur les conditions de son acquisition de l’abattoir : « le manque de transparence a finalement fait crever l’abcès », affirme Kelhetter. « Le syndicat en est la cause et le responsable, à force de rechercher le profit, et non de défendre l’intérêt des producteurs de recevoir un juste prix, ce qui était pourtant l’objectif initial proclamé ».
De son côté, la FPBQ a déclaré publiquement qu’il lui fallait tout remettre à plat, puisqu’elle perdait de l’argent pour chaque bête abattue. L’Association de défense des producteurs de bovins se demande, indique Vincent Kelhetter, « si la plainte qu’elle a déposé, ne va pas aboutir à des révélations? ». Selon lui, « des comptables auraient trouvé des horreurs et notamment des transactions au noir. C’est une affaire à suivre!... ».
Pour le moment, les vaches de réforme sont achetées par des représentants de l’américaine Cargill, le plus grand exploitant d’abattoirs en Amérique du Nord et le plus important au Canada. Vincent Kelhetter y voit même la possibilité pour cette entreprise de racheter l’abattoir. Il n’a pas été possible d’avoir une confirmation du côté de Cargill.