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Les destructeurs



Les libéraux ont toujours eu un grand talent pour démolir, pervertir ou affaiblir ce qui, dans la société québécoise, incarne notre identité, favorise le progrès social et permet de réduire les inégalités.
La liste est longue de ces reculs et trahisons : les amendements libéraux à Loi 101, les contournements systématiques de la Loi sur le financement démocratique des partis politiques, l’indifférence face au contrôle par les québécois de nos leviers économiques, les modifications à la Loi sur la protection du territoire agricole n’en sont que quelques exemples.
Dans le domaine agricole que j’ai bien connu, on parle aujourd’hui d’un niveau de détresse et de découragement sans précédent chez les producteurs. Selon moi, il y a un lien direct entre cette situation et la perversion par les libéraux du principal outil de soutien à l’agriculture, l’assurance stabilisation des revenus. Cet outil avait été conçu dans mon temps pour protéger la ferme familiale indépendante et efficace mais les libéraux l’ont mis au service des méga corporations agricoles qui font des agriculteurs des ouvriers agricoles sur leurs propres fermes. Partout et toujours, la caisse électorale libérale n’est jamais loin lors de ces changements de cap qui affaiblissent notre société.
La dernière cible des libéraux est l’accessibilité aux études supérieures. Pour moi, le fait que cette accessibilité pour tous soit plus grande au Québec que partout ailleurs en Amérique du Nord, du moins sur le plan financier, est une source de fierté. Pour Jean Charest, on dirait que c’est une honte nationale.
La richesse d’une nation c’est d’abord et avant tout sa population et qu’est-ce qui permet de développer cette richesse sinon les investissements en éducation et en santé? Vouloir faire des économies de bout de chandelles dans ces domaines est une erreur magistrale, surtout quand des solutions alternatives existent.
Lors de mon bref passage au ministère de l’Éducation, en 1994-96, j’ai été moi aussi confronté au défi de limiter la croissance des dépenses en éducation. Comme aujourd’hui, la solution facile qu’on me proposait était d’augmenter la contribution des étudiants. J’ai toujours refusé et j’ai plutôt forcé les recteurs à faire des économies et les banques à consentir de meilleurs taux sur le financement des prêts aux étudiants. Cela prend un peu d’imagination et surtout un gouvernement qui a les coudées franches face aux puissances de l’argent et à ceux qui tirent les ficelles derrière les portes closes des conseils d’administration.
La crise actuelle que Jean Charest a lui-même déclenchée est en train de faire une victime collatérale : la solidarité intergénérationnelle entre les jeunes et leurs ainés. Cela me peine de constater qu’une proportion importante de personnes âgées trouvent que les étudiants sont gâtés et devraient payer plus. Songent-elles au jour où il faudra augmenter les budgets pour leurs soins en foyer ou à domicile et où ces mêmes jeunes diront que les «vieux sont trop gâtés, qu’ils auraient dû économiser quand c’était le temps et qu’ils payent plus maintenant». Ce serait triste de voir cela arriver.
Jean Charest s’est peinturé dans le coin en faisant de la hausse des droits de scolarité une question de vie ou de mort pour son gouvernement. Il a pourtant reculé bien des fois sur des sujets plus importants. Il est comme le «pissou» qui se sent des gros bras quand son adversaire lui semble plus petit que lui.
Dans l’état actuel des choses, sa démission du poste de premier ministre m’apparaît la seule issue pour dénouer l’impasse. Un nouveau chef pourrait changer la donne sans perdre la face. Les libéraux seraient battus quand même, mais au moins le champ de ruines qu’ils se préparent à laisser derrière eux ne comporterait pas l’accessibilité aux études et la solidarité intergénérationnelle.
Que Paul Desmarais se présente
Il y a quelque temps, j’ai entendu une des déclarations les plus stupides de la part d’un politicien de ma longue carrière. Le ministre Gignac, visiblement frustré, a invité les jeunes leaders étudiants à se présenter aux élections s’ils ne sont pas contents.
D’abord, j’ai beaucoup d’admiration pour ces jeunes qui ont les idées pas mal plus claires et s’expriment infiniment mieux que le ministre en question. Mais, ils ont vingt ans et bien d’autres choses à faire pour quelques années encore. Ce ne sont pas ces jeunes qui devraient se présenter, mais celui qui est sans doute le leader des leaders de l’ombre derrière tout ce chaos social, ici comme ailleurs : Paul Desmarais que les français viennent d’expulser des coulisses du pouvoir en même temps que Sarkozy.
Ces grands personnages qui prétendent diriger notre société sans avoir le courage de se présenter, en utilisant des pantins achetés à gros prix, m’écœurent profondément. Je suis heureux de voir sur certaines pancartes brandies par les manifestants : «Desmarais = Charest». J’espère que ce n’est que le début de l’éveil.
Jean Garon Citoyen de Lévis, ex-ministre de l’Agriculture et de l’Éducation et indépendantiste plus que jamais