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Petits ou gros producteurs porcins, le même sort vous attend

Yan TURMINE, agr.,

Pendant que le gouvernement réfléchit à sa politique agricole, l’on assiste à une intégration rapide de la production porcine au Québec par des transformateurs. L’on est loin du débat entre gros et petit producteur, la nouvelle production intégrée va d’une part éliminer la production indépendante de porc, mais aussi elle risque de modifier profondément la façon dont les denrées agricoles seront produites au Québec.


Le débat des dernières années entourant le soutien des fermes familiales, basées principalement sur la notion de grosseur de la ferme a quelque peu masqué une réalité qui prend actuellement de l’ampleur celle de la production agricole par des transformateurs. En production porcine, plusieurs remettent en question le soutien financier gouvernemental universel, basé sur des règles semblables quelque soit le modèle de production. Cette remise en question se fait sur des bases de grosseurs d’entreprise d’un côté la ferme familiale (les petits) et de l’autre les « intégrateurs » (les gros). Ce débat entre gros et petit détourne notre attention d’une nouvelle réalité qui est l’intégration par des transformateurs.


Traditionnellement, l’intégrateur était un producteur de porc qui contracter d’autre producteur pour faire élever ses porcs, l’on a aussi associé à ce groupe des producteurs possédant des entreprises porcines de grande taille. Ces « intégrateurs » et les fermes familiales produisaient du porc afin de le livrer à des abattoirs via une mise en marché collective. Il n’existe pas ou peu de lien de propriété entre ces groupes de producteurs et les transformateurs. Un programme de soutien gouvernemental permettait la stabilisation des revenus de tous ces producteurs. De plus la définition de ferme familiale ou d’intégrateur est dans plusieurs cas un peu flou, quel est la différence entre une ferme de 300 truies naisseuses finisseur opéré par une famille (mari et femme) et une ferme de 2000 truie naisseurs finisseur opérés par une famille composée de plusieurs membres (frères, sœurs, beau frère, belles sœurs, etc.)? À part le nombre de porcs pas beaucoup de différence. Est-ce que l’on devrait limiter le soutien gouvernemental à des membres d’une même famille qui se regroupe afin d’être plus efficace, plus rentable, pas sûr qu’une telle mesure soit juste et justifiable.


Ce qui a cependant changé c’est que de gros producteurs sont devenus des transformateurs et des transformateurs sont devenus des producteurs. Ce qui a donné accès au transformateur d’une part au programme de soutien à la production, mais a surtout permis au transformateur de se retrouver des deux côtés de la table des négociations de la mise en marché collective. Un producteur intégré par un transformateur risque de défendre des intérêts bien différemment comparativement à un producteur non lié à un transformateur lors de négociation pour la mise en marché des porcs. Le processus de représentation syndicale et de la gestion de la mise en marché a été fondamentalement vicié au détriment des producteurs. De plus, comment le gouvernement peut calculer un soutien basé sur les revenus et les couts de production dans un programme de type ASRA, quand la grande majorité (comme c’est le cas actuellement) de la production est produite par des fermes liées à des transformateurs. Transformateurs qui ont tout intérêt à diminuer le prix d’achat du porc. À vrai dire plus un abattoir baisse son prix au producteur, plus il reçoit de l’argent public (puisqu’il est aussi producteur). Pas étonnant que les programmes de soutien à la production porcine croulent sous les déficits depuis quelques années et ce n’est pas prêt de s’arrêter.


Aujourd'hui, tous les producteurs de porc, les petits, les gros sont menacés à terme de disparaitre ou de s’attacher à un transformateur. Si l’on croit encore au bienfait des fermes porcines indépendantes, petites ou grosses, celles qui permettent à des entrepreneurs de développer nos campagnes, de créer de la richesse. Il serait important d’une part qu’en aucun cas, un producteur lié à un transformateur ne représente des producteurs et encore moins qu’il soit n’assît aux tables de négociation sur la mise en marché des porcs auprès des transformateurs. D’autre part afin de sauver les programmes de soutien à la production il faudrait soit en exclure les producteurs transformateurs ou encore de comptabiliser tous les revenus et tous les couts, incluant ceux obtenus de la transformation. En attendant l’on ne peu que regarder les transformateurs intégrer la production. Et la journée qu’un des transformateurs sera acheté par des intérêts étrangers (chinois par exemple) nous comprendrons alors l’ampleur du changement.

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