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Une crise porcine, oui…mais pas pour tous les producteurs



Lettre ouverte
Monsieur Pierre Corbeil, ministre Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec
Monsieur Christian Lacasse, président Union des producteurs agricoles

Au cours des dernières semaines, plusieurs témoignages de producteurs de porcs ont été diffusés dans les médias pour mettre sur la place publique les difficultés financières auxquelles ils sont confrontés, situation, dans bon nombre des cas dont le seul résultat sera que ces derniers devront mettre un terme à leurs opérations si les conditions du marché ne changent pas à court terme ou encore si le gouvernement du Québec continue de faire la sourde oreille face aux problèmes des producteurs en refusant de les appuyer de façon concrète.
Suite à la Commission parlementaire sur l’agriculture, chargée d’étudier les activités de La Financière agricole du Québec (FADQ), où le président de l’organisme, M. Jacques Brind’Amour, a nié l’existence d’une crise porcine, même si 20% des entreprises porcines ont cessé leurs activités depuis trois ans, malheureusement, nous devons conclure que M. Brind’Amour a en partie raison dans son analyse, car la crise porcine actuelle cible tout particulièrement les producteurs de porcs « à bretelles », c’est-à-dire les producteurs indépendants et les producteurs à forfait, et ce, au bénéfice des producteurs de porcs « à cravate » (intégrateur).
En effet, depuis le 1er janvier 2011, signe de la crise porcine, la production totale a diminué de 5,39%, mais si l’on regarde la situation de plus près, la production effectuée par les producteurs indépendants a, quant à elle, baissé de 10,88% alors que celle des producteurs intégrateurs a augmenté de 1,37%. À la lecture de ces chiffres, la croissance de la production des intégrateurs nous permet d’affirmer que la situation financière de ces derniers leur permet toujours d’être en mode expansion.
Pourquoi une telle dualité entre les producteurs à bretelles et ceux à cravate, la réponse repose principalement sur le fait que chacun ne bénéficie pas du même soutien de la part de La Financière agricole.
Conformément à l’application du programme d’ASRA où le montant des indemnités versées par la FADQ pour compenser l’écart entre le prix du marché et le coût de production est établi sans distinction de la structure de production de l’entreprise porcine, ce contexte occasionne une situation à l’avantage des intégrateurs.
Les intégrateurs comparativement aux producteurs de porcs indépendants ont des frais évités, par exemple, l’entretien des bâtiments, l’épandage des fumiers…, qui sont inclus dans le modèle de coût de production ASRA et qui représentent une somme de 39$/porc et en ajoutant le coût des contrats accordés aux intégrés par l’intégrateur qui sont de l’ordre de 15$/porc auxquels les producteurs indépendants n’ont pas à faire face, il en demeure néanmoins que selon le modèle de ferme type utilisé par La Financière agricole, les intégrateurs ont un coût de production net inférieur de 24$/porc à celui des producteurs indépendants et, en parallèle, les deux groupes reçoivent les mêmes compensations ASRA.
Par ailleurs, comme les intégrateurs n’ont pas à supporter le coût des bâtiments pour lesquels les intégrés doivent assurer le financement nécessaire, les intégrateurs profitent indirectement de financement à rabais de la FADQ, car en subdivisant leur structure de production via les intégrés cela leur permet de contourner le maximum de prêt subventionné dont ils ne pourraient bénéficier si tous les bâtiments servant à la mise en marché de leurs porcs étaient au nom de la même entreprise porcine.
De plus, tenant compte des conditions défavorables du marché du porc, les intégrateurs ont pu abaisser leur coût de production pour maintenir leur marge bénéficiaire, cela sur le dos des producteurs intégrés en diminuant de façon importante le montant qui leur était versé pour effectuer la production. Au cours des dernières années, le montant des contrats aux forfaitaires est passé de 22$ à 15$/porc. En plus, certains intégrateurs profitent du malheur des producteurs de porcs indépendants en acquérant sans amertume leurs exploitations porcines à rabais.
Pour ces différentes raisons et cela sans tenir compte de certains atouts que leur procurent leurs liens d’affaires avec les activités d’abattage et de surtransformation de la viande porcine, les intégrateurs bénéficient d’avantages économiques, avec la bénédiction des autorités gouvernementales et syndicales, qui expliquent les raisons pourquoi ils sont toujours en mode croissance.
Si les producteurs de porcs indépendants avaient pu bénéficier au cours des dernières années de tous les avantages que les producteurs de porcs intégrateurs ont reçus, ils ne seraient pas aujourd’hui dans le marasme dans lequel ils s’embourbent de plus en plus tous les jours.
Donc, avant qu’il ne soit trop tard, nos dirigeants gouvernementaux et syndicaux doivent, dans les plus brefs délais, changer leur fusil d’épaule et porter un important coup de barre en privilégiant les producteurs de porcs à bretelle, sinon un pan complet de la production porcine sera jeté à l’eau.
Pour éviter qu’un tel scénario ne survienne, nous demandons par conséquent au ministre québécois de l’Agriculture de prendre les mesures nécessaires afin d’assurer une équité entre les intégrateurs et les producteurs de porcs indépendants en versant à ces derniers le manque à gagner susmentionné de 24$/porc, représentant la « surcompensation ASRA » dont bénéficient les industriels de la production porcine.
Par ailleurs, nous demandons au président de l’UPA, pour permettre un rétablissement du rapport de force entre les intégrateurs et leurs forfaitaires, comme la Fédération des producteurs de porcs du Québec se refuse de le faire malgré le mandat qui lui fut donné lors de son assemblée générale annuelle, tenue en juin 2010, de prendre les moyens jugés nécessaires pour que soient appliquées les dispositions du plan conjoint des producteurs de porcs du Québec afin que conformément à l’article 12.19, alinéa f, soient négociées sur une base collective les modalités et conditions des contrats de production.
Espérant qu’en vertu des postes que vous occupez, vous saurez une fois pour toutes régler les préjudices dont font l’objet depuis trop longtemps les producteurs de porcs dits à bretelles et ainsi assurer que ces producteurs seront dans l’avenir traités avec tout le respect qui leur revient.

Jacques Clermont, président Syndicat des producteurs de porcs de Lanaudière 110 rue Beaudry Nord Joliette (Québec) J6E 6A5 Téléphone 450-753-7486

Pierre Laurin, président Syndicat des producteurs de porcs de l’Outaouais-Laurentides 15 chemin de la Grande Côte Saint-Eustache (Québec) J7P 5L3 Téléphone 450-472-0440

Rénald Viens, président Syndicat des producteurs de porcs de l’Estrie 4300 boul. Bourque Sherbrooke (Québec) J1N 2A6 Tél