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"L’abattoir Colbex en coop aurait été une bonne idée!", Claude Béland

Jean-Pierre LEMIEUX ,

La formule coopérative a été d'un grand secours pour l'agriculture au Québec. Pour remplacer l'abattoir Colbex, des producteurs québécois avaient pensé relancer les opérations en formant une coopérative. Était-ce une bonne idée? Pour un ancien président du Mouvement Desjardins, M. Claude Béland, cela ne fait aucun doute.

« Je comprends qu'aujourd'hui on fait la promotion du succès individuel mais pour parvenir au succès individuel il faut regrouper les forces, cela m’apparaît important ».  M. Béland estime que « l'avenir de la coopération réside beaucoup dans les coopératives de travail ».

Au cours d'une entrevue récente avec La Vie agricole,  le ministre de l'Agriculture, M. Pierre Paradis, disant chercher une solution pour rendre la situation moins pénible pour les fromagers québécois à la suite de l'accord de libre-échange avec l'Europe, lançait l'idée d'accorder des quotas d'importation à ces petits producteurs en les regroupant en coopératives pour qu'ils puissent profiter de la concurrence plutôt que de simplement la subir.

Une idée moderne

« L'idée de réunir des producteurs pour d'abord servir leur marché est une idée moderne ».  Selon M. Béland si on accorde des rabais d'impôt pour les grandes entreprises on pourrait faire de même pour les coopératives. M. Béland poursuit : « On encouragerait des québécois à devenir des entrepreneurs collectifs » car ajoute-t-il « l'avenir est aux entrepreneurs collectifs ».

« Dans une entreprise de travailleurs on ne considère pas les travailleurs comme de la marchandise, ça ne fait pas partie de l'inventaire. C'est un partenaire, c'est différent ». Constatant la fragilité de la situation, M. Béland prévient qu'il faut changer d'attitude envers les travailleurs : « On en a besoin alors venez travailler, je n'ai plus besoin... allez-vous en. Cela ne crée pas une société où les gens trouvent qu'ils sont bien traités. C'est ça qui fait des révolutions, des révoltes comme on voit dans certains pays aujourd'hui ».

Apprendre à vivre ensemble

Philosophe, M. Béland constate « qu'on ne sait pas encore comment vivre ensemble. Je ne peux pas dire que c'est un succès le 20e siècle, deux grandes guerres mondiales, des guerres partout et le 21e ne s'annonce pas meilleur ».

Pour celui qui a présidé le mouvement Desjardins de 1987 à 2000, il faut faire une différence entre une coopérative de services financiers et les autres types de coopératives. Le problème, estime-t-il, vient du fait que les entreprises de services financiers sont soumises aux grandes agences de notation, « les grands patrons derrière tout ça ». M. Béland  trouve ça inquiétant: « ce sont des mains invisibles, des gens sur qui vous n'avez aucun contrôle » qui vous disent quoi faire. Même la Coopérative fédérée qui est maintenant sur le marché international est soumise à des règles décidées par d'autres.

Pour M. Béland c'est une question de démocratie. Dans les autres secteurs (coopérative de travailleurs, de santé, d'habitation » il n'y a pas ces contraintes « sauf l'état québécois mais on peut toujours essayer de s'arranger. Là, il y a l'état fédéral qui veut essayer de nous nuire un peu mais on va s'en occuper ».

« La coopérative s'est fait pour qu'on décide ce qu'on veut dans l'entreprise qu'on crée, elle est à nous, elle répond à nos besoins de la manière qu'on le veut ».

M. Béland croit toujours qu'il est possible « de garder un visage humain à des coopératives de services financiers tout en respectant jusqu'à un certain point les normes de capitalisation ou de liquidité qui sont exigées par les autorités mondiales ».

« C'est important, d'ajouter M. Béland, que les institutions même économiques pratiquent les valeurs qu'on exprime  dans nos constitutions et nos déclarations des droits de l'homme. Là c'est une farce ». Pour lui le mode coopératif c'est la démocratie. Cela permet le succès individuel et en même temps le succès collectif.