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La piastre à Picotte

Yvon PICOTTE ,

Un de mes premiers gestes comme ministre de l’agriculture fut de modifier la prime d’établissement pour la relève agricole.  On se rappellera sans doute du fameux 15.000 $ de subvention étalé sur trois ans avec l’obligation d’améliorer la formation de ceux et celles qui s’y engageaient.

L’UPA me fit une guerre allant même jusqu’à faire imprimer «la piastre à Picotte» pour démontrer que le ministre les réduisait à la pitance.  À bien y penser quel honneur car il y a eu la piastre à Lévesque et celle à Picotte.

Besoin d’une nouvelle approche entrepreneuriale

Je croyais à ce moment-là à l’importance d’une formation et  d’une remise en question constante pour nos jeunes qui voulaient embrasser cette noble profession.  Plus de vingt ans plus tard on peut se demander si nous sommes allés assez loin et si nous avons été assez exigeants.  Le gouvernement du temps aurait-il pu faire davantage?  L’UPA aurait-elle dû nous forcer  à aller plus loin au lieu de contester?  La réponse est assurément OUI.

Ceux et celles qu’on a aidés approchent la cinquantaine et sont devenus des entrepreneurs qui en ont plein les bras. Leur syndicat et le gouvernement devraient initier une nouvelle approche plus entrepreneuriale.  Après tout ce ne sont pas des syndiqués.

Trop de structures et trop de règlements ?

Est-il nécessaire d’avoir un organisme pour défendre leurs droits?   Assurément oui.  Mais pas un organisme qui multiplie structures par-dessus structures et exige règlements par-dessus règlements.  Cet organisme rend-il service à ceux et celles qui les font vivre assez richement.

Plusieurs de nos agriculteurs sont rendus à bout de souffle.  On parle même de détresse psychologique. Difficile d’espérer une relève fiable. Difficile de penser à 55 ans à en faire moins et à déléguer et surtout à connaître les joies  de fins de semaine agréables. Impossible de diminuer la besogne et d’espérer  vivre décemment sans affecter le futur.

En ce qui concerne la main d’œuvre, c’est la même chose. Faut être gros ou grossir sinon plein de restrictions se présentent à l’horizon. Pas moyen de partager un employé dans certains cas sans grossir les quotas et souvent arrive alors une embûche dans le processus.  Qu’avons-nous faits comme société pour valoriser cette noble profession qui permet de nourrir le Québec?

Une grande rencontre au sommet !

Il serait grand temps d’avoir  une grande rencontre au sommet pour parler relève, main d’œuvre et surtout d’entrepreneurship, puisque ce sont des gens d’affaires.  Qui aura le courage de prendre le bœuf par les cornes?

Garon, père de l’agriculture moderne

En terminant, permettez-moi de saluer le passage d’un grand québécois dans la modernisation de notre agriculture.  Je n’hésite pas à dire que Jean Garon fut le père de l’agriculture moderne au Québec.  Pensons à la loi de zonage agricole, l’autosuffisance alimentaire la plus poussée possible et ce souci qu’il avait de rassembler la grande et vaste chaîne alimentaire. On retiendra de lui qu’il croyait profondément en cette race d’hommes et de femmes qui n’ont pas peurs de travailler 7 jours par semaine pour développer le Québec. Mon cher Jean, repose en paix car tu l’as bien mérité.