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Vivre uniquement de la canneberge, pas facile !

Constance PARADIS ,

Le Québec, premier producteur de canneberges au Canada ?

Peut-on vivre uniquement de la production de canneberges au Québec? L’établissement de quotas pour la canneberge, est-ce la solution? Telles sont les questions que plusieurs producteurs de canneberges (atocas) se posent. Nous en avons discuté  avec M. Robert Paradis, propriétaire de la cannebergière « Atocas Lac-St-Jean », située sur la route Ste-Marguerite, à Dolbeau-Mistassini, au Lac St-Jean. Le Canada est le 2e plus grand producteur mondial de canneberges, après les États-Unis. Le Québec est la province qui produit le plus de canneberges au Canada. La région du Lac-St-Jean, quant à elle, continue de produire plus de bleuets et de patates qu’elle ne produit de canneberges. La production de canneberges se retrouve davantage dans le centre du Québec.

Un engouement pour la production de canneberges !

Les statistiques publiées par l’APCQ sont frappantes. En effet, au Québec, la récolte du petit fruit rouge a doublé entre 2006 et 2012, s’établissant à près de 185,5 millions de livres recueillies en 2012. De plus, la superficie et les rendements par acre ont augmenté. Au Québec, on dénombre environ 8 000 acres de canneberges et chaque acre produit jusqu’à 22 000 lb. Comme le précise M. Paradis : «Entre 2006 et 2012 le  nombre de producteurs de canneberges non biologique a doublé. En 2009 il y avait une forte demande pour la canneberge mais 3 ans plus tard, en 2012, la demande n‘était plus là ou du moins, n’était pas assez forte. C’est donc ce surplus en inventaire qui fait baisser considérablement le prix de la canneberge en deçà  d’un prix raisonnable. En 2009 plusieurs personnes ont flairé la bonne affaire car le prix pour la canneberge était bon. Plusieurs se sont donc lancés dans la production. Ça prend 3 ans avant d’obtenir une première récolte. La première année on aménage le terrain, la deuxième on plante et la troisième on obtient la première récolte.»

Produire une livre de canneberges non biologique ça coûte de 0,23 à 0,25 $ et les acheteurs offrent environ 0,10 $ la livre. Ça ne suffit pas pour couvrir les frais d’exploitation et de production.

La canneberge biologique, est-ce rentable ?

À l’origine M. Paradis était comptable puis, en 1993, il a démarré la ferme avec un associé qui lui a, par la suite, vendu ses parts.  Ils avaient alors 60 acres de culture. Maintenant il en possède 75. La famille est composée de sa femme et de leurs trois enfants : 2 garçons et 1 fille qui travaillent tous directement ou indirectement à l’atocatière ou à l’usine de transformation familiale. M.Paradis a été un des pionniers dans la production de la canneberge en région et surtout dans la production biologique En effet, en 1993, on lui avait dit que la culture de la canneberge ce ne serait pas possible, pas rentable, car le climat au Saguenay-Lac-St-Jean est trop froid.  Avec son associé de l’époque, un agronome, ils ont quand même choisi de relever le défi.

Comme le dit M. Paradis : « Il a fallu tirer profit des avantages de la nordicité. Notre canneberge a un caractère distinctif. On n’utilise pas d’herbicides. Ça demande plus de main d’œuvre pour désherber et sarcler. La demande pour la canneberge bio est cependant plus grande. Il n’y a pas beaucoup de producteurs bios*. Toute notre production est vendue à un seul transformateur américain, la compagnie Decas Cranberry.»

Actuellement avec une production de 100M de livres de ce petit fruit  et un d’affaires annuel d’environ 700.000$, sa canneberge biologique ne lui rapporte pas énormément.  Avec ses 75 acres de culture, la production de ses canneberges ayant la certification biologique se vend pourtant plus cher que la canneberge traditionnelle, soit environ 43 cents la livre. Comme le dit M. Paradis « il n’y a pas de surplus, de canneberges biologiques alors le prix se maintient à un niveau acceptable.»

L’établissement de quotas pour la canneberge, est-ce la solution?

L’établissement de quotas dans le domaine de la canneberge pourrait, selon certains avis, grandement aider les producteurs à couvrir leurs frais d’exploitation et de production. Le fait de limiter la quantité de production par producteur permettrait d’assurer à tous un « prix plancher » un prix identique pour tous et qui cesserait de baisser. Il faudrait également que les banques cessent d’accorder du financement pour de nouvelles atocatières. Le mouvement pour les quotas, qui avait été amorcé,  a pourtant échoué. Le Canada n’a pas accepté cette tentative de réglementation.

Lorsqu’on demande à M.Paradis si l’imposition de quotas par le gouvernement serait la solution M. Paradis nous répond : « Les quotas je n’en pense rien car nous, en production bio, on n’est pas dans cette situation-là. On n’était pas visé par ça car il n’y a pas de surplus de canneberges bio. ». Il ajoute plutôt « comme quelqu’un l’a déjà mentionné lors d’une rencontre de producteurs, si on ajoutait 1% de jus de canneberges dans tous les jus de fruits mélangés qui sont vendus, il  n’y aurait plus de surplus d’inventaire et tous les producteurs pourraient ainsi survivre et bien vivre. Le nombre de producteurs doit cesser d’augmenter. Il faut  cesser, stopper la mise en culture de nouveaux acréages. On doit bloquer ça! Même si les banques cessent de financer parce que c’est trop risqué, les gens qui ont de l’argent peuvent quand même démarrer leur entreprise à petite ou à grande échelle. On est dans une société de libre marché. Il faut donc développer de nouveaux marchés et trouver des créneaux payants.»

*Il y a moins de producteurs bio. Le prix payé pour la canneberge bio, en 2012, était d’environ 40, 42 cent la livre. Ça couvre tout juste les frais de production (compost, etc.). En 2008 on la payait de 1.00 à 1.50 la livre.