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Depuis 10 ans la production bio est plafonnée au Québec

Jean-Pierre LEMIEUX ,

Ça fait dix ans que la production bio est plafonnée mais ce n'est pas simplement en continuant de faire consciencieusement son marché bio que cela va changer. C'est au niveau politique qu'il faut changer, combattre la mainmise des multinationales, s'emparer des réseaux de distribution. Le missionnaire du bio au Québec, M. Roméo Bouchard, n'y va pas par quatre chemins en faisant le bilan de 40 ans d'agriculture bio allant même jusqu'à suggérer : « Il faudrait une chaîne de produits Québec ».

« Depuis 10 ans le bio est plafonné à 2% de part de marché, entre 1,5 et 2,5 selon les régions ». M. Bouchard ajoute : « On considère partout, dans les programmes gouvernementaux, que c'est une production de niche, de créneaux. En d'autres mots ça veut dire que c'est marginal, que ça restera marginal, que c'est fait pour ceux qui y croient, pour ceux qui ont les moyens ».

Selon M. Bouchard : « Si le bio ne décolle pas c'est qu'on n’a pas d'argumentaire qui tient. Ce qui justifie le bio, qu'il coûte un peu plus cher, c'est que c'est meilleur et que ça nous préserve du bilan désastreux de l'agriculture conventionnelle ».

Mais M. Bouchard fait remarquer : « Le coût du bio n'est pas le principal obstacle pour l'achat par les consommateurs ». Le principal obstacle, selon lui, c'est l'accessibilité. Difficile de faire un repas bio-Québec. Sur les 1000 fermes bio il y en a 400 qui produisent du sirop d'érable, 300 qui font des céréales (soya, canola, blé) à 80% exportées (car on produit peu de viande bio). On ne peut pas faire un repas avec ça. Il reste ensuite les fermes maraîchères.

Manger local ça ne veut rien dire !

« Souvent le local ça ne veut rien dire sur le plan de la qualité des aliments ». Une carotte produite en Montérégie ou en Floride avec les mêmes produits chimiques il n'y a pas beaucoup de différence pour M. Bouchard. Si l’'achat local a du bon, M. Bouchard admet que la production bio n'a pas le monopole de l'écologique. Pour le moment M. Bouchard ne peut pas dire la proportion de producteurs « sérieusement écologiques » comparée aux producteurs bios.

Impacts néfastes des produits chimiques

L'agriculture a des conséquences très graves pour trois choses : la santé, l'environnement et l'occupation du territoire. Pour M. Bouchard les problèmes de santé sont certains si on continue à manger des produits avec tant de produits chimiques; « Ce sont des produits carencés » estime-t-il. Quand on met du chimique, explique-t-il, ce sont trois éléments qu'on ajoute alors que le sol a besoin de 40 éléments fondamentaux.

L'auteur de « Les champs de bataille : histoire et défis de l’agriculture biologique au Québec » qui était le 25 mai dernier à Kamouraska pour le lancement de son livre, a souligné l'impact de l'agriculture sur l'environnement en indiquant que si dans la région du Kamouraska les agriculteurs ne forment même pas 6% de la population ils occupent une très grande partie du territoire et ce qu'ils mettent sur ces terres a une grande influence sur les populations qui vivent autour : « Même si on est en campagne et qu'on pense être à l'abri de toutes les cochonneries ».

Roméo Bouchard charge les intégrateurs 

Les méthodes de production affectent l'environnement. M. Bouchard blâme les intégrateurs. « On nous dit que 95% des fermes sont familiales. Mais il y a plus de 50% des fermes au Québec qui sont sous contrat d'intégration ». M. Bouchard explique que dans un contrat d'intégration ce n'est plus une ferme familiale car « ce n'est absolument pas le producteur qui prend les décisions de production ».

Un autre facteur qui affecte l'environnement c'est la taille de la ferme. « Nos fermes sont plus petites qu'aux États-Unis mais les méthodes de productions intensives sont les mêmes : monoculture, spécialisation, généralisation du maïs comme alimentation, pas de biodiversité, drainage démentiel ».

Selon M. Bouchard l'influence de ce qui se passe maintenant en agriculture a un grand impact sur l'occupation du territoire : « Plus l'agriculture devient une grosse entreprise plus elle se centralise autour de Montréal et dans la partie centrale du Québec ».

« Plus on va dans l'intensif plus on vide les régions » ajoute M. Bouchard, ce qui ouvre la porte estime-t-il à ce qui se passe au Saguenay et en Abitibi, l'accaparement des terres par des fonds d'investissement.

Kamouraska plus bio qu’ailleurs !

Au Kamouraska, une région qu'il connait bien puisqu’il y habite, M. Bouchard a recensé, 12 entreprises certifiées bio et 18 entreprises non certifiées bio mais qui sont « sérieusement écologiques » sur 408 fermes. Bio (2.9%) en ajoutant les 18 autres (4.4%) cela fait 7.3%. « Donc c'est très modeste mais c'est mieux que beaucoup d'autres endroits. C'est au-delà de la moyenne nationale ».

L'auteur ajoute : « C'est pas si mal car en région c'est plus difficile d'être bio que près des grands centres parce qu'il n'y a pas de marché ».