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Le chef d’œuvre agricole de Jean Garon



Jean Garon a été beaucoup plus qu’un grand ministre de l’agriculture.  Sa grande intelligence, sa force de travail et sa méthode «écoute-réflexion-action» auraient donné des résultats hors de l’ordinaire dans n’importe quel domaine.  Mais c’est à l’agriculture, là où en apparence rien ne le destinait, qu’il a réalisé le chef d’œuvre de sa vie politique.

Ce chef d’œuvre, ce n’est pas la protection du territoire agricole.  Ce n’est même pas le niveau d’autosuffisance alimentaire de près de 80% dont il était si fier.  Ce chef d’œuvre, c’est une pensée agro-alimentaire d’une extrême cohérence que ce grand homme d’État, cet intellectuel de haut niveau et ce communicateur exceptionnel a su traduire dans une politique intégrée comme il y a eu peu d’exemples dans notre histoire. Et, chose encore plus rare, il a su réaliser concrètement cette politique grâce à l’appui de René Lévesque et de Jacques Parizeau qui ne lui ont jamais refusé les moyens législatifs et financiers dont il avait besoin.

Cette politique n’a jamais été écrite dans un Livre blanc et c’est sans doute pour cela qu’elle a fonctionné. Homme d’instinct et d’action autant que d’études et de réflexion, Jean Garon a  élaboré sa politique entre ses «deux oreilles», comme il aimait à le dire, tout en avançant, loi par loi, projet par projet, réalisation par réalisation.

Résumer en quelques lignes ce grand œuvre qui mériterait bien des thèses de doctorat n’est pas facile.  Disons qu’il y a eu une base à cette politique, les producteurs eux-mêmes à qui Jean Garon a su  redonner confiance et fierté, et une cible, la population du Québec à qui il a fait redécouvrir son agriculture, l’aimer et la supporter avec son thème si porteur de l’autosuffisance.

Entre ces deux pôles, le génie de Jean Garon aura été de mobiliser tous les acteurs, producteurs, transformateurs, distributeurs, consommateurs, fonctionnaires et financiers. Son incroyable travail de communication avec ses 100,000 milles de route par année, ses centaines de conférences de presse et d’inaugurations et, surtout, les résultats palpables qui arrivaient les uns après les autres, tout cela a mis en branle une roue qui ne s’est jamais arrêtée tant qu’il a été là.

J’ai été à ses côtés pendant toutes ces années à traduire dans des communiqués et des discours cette vision mais, même ainsi, cela a pris bien du temps avant que je n’en perçoive toute la complexité et la beauté.  Je crois que c’est lors d’une des quelque vingt conférences socio-économiques sectorielles convoquées par Jean Garon  alors que des représentants de toute la chaîne agro-alimentaire étaient réunis pour s’entendre et s’engager afin d’améliorer telle ou telle production, que cela m’a frappé.  Tous les morceaux se mettaient en place devant nos yeux et, d’une conférence à l’autre, les couches se superposaient les unes aux autres, se complétant et se supportant pour donner un édifice d’une beauté et d’une solidité incroyable.

Oui, Jean Garon a été un grand artiste de la politique, dans le sens le plus noble du terme, et même les 500 pages de son autobiographie que j’ai mise en forme ne suffisent pas à rendre toute l’ampleur et la complexité du personnage et de son œuvre. L’émotion qu’a créée son départ est à la mesure du grand vide qu’il laisse.

 

Simon Bégin

Ami et collaborateur de Jean Garon

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