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Préparer le rumen pour la lactation

Nathalie GENTESSE, M.Sc., agr. ,

« Je voudrais que mes vaches démarrent mieux en lait après le vêlage. On dirait que leur pis ne se remplit pas. Pourtant, tous les vêlages se sont bien déroulés et elles mangent avec appétit.» 

Vient ensuite toujours la même question : comment préparez-vous vos vaches à partir de 3 semaines avant le vêlage? Une réponse typique est : du foin sec, 1 kg de maïs et 1 kg de supplément avec les minéraux. Après le vêlage, elles reçoivent la ration des vaches en lactation à base d’ensilage. Le producteur, avec raison, ne veut pas donner trop de grains avant le vêlage pour ne pas causer de l’acidose. 

Il y a deux raisons pour lesquelles cette approche constitue probablement un excès de prudence qui nuit à l’expression du potentiel laitier des vaches et de fermentation de leur rumen.  Premièrement, on peut présumer que l’écart important entre la quantité de concentrés servis aux vaches avant et après le vêlage est contraire au principe d’adaptation graduelle des bactéries ruminales. Dans cet exemple, l’augmentation subite de concentrés au vêlage fournit un apport supplémentaire brutal d’amidon que les bactéries n’ont pas été préparées à digérer et qui ne pourra pas être transformé en lait.

Il est connu depuis longtemps que les populations de bactéries du rumen nécessitent un minimum de 3 semaines pour s’adapter à un nouvel aliment. Cela signifie que de nouvelles familles de bactéries vont se développer alors que d’autres vont régresser afin de digérer les nouveaux aliments qui sont introduits.  Cette adaptation est nécessaire pour que la vache puisse accéder à l’énergie fournie par les aliments de sa ration alors que ses besoins pour la production de lait augmentent rapidement après le vêlage.

Deuxièmement, la ration de préparation à base uniquement de foin sec ne tient pas compte du fait que les vaches, une fois vêlées reçoivent une alimentation à base d’ensilage. Comme pour la digestion des grains, les microorganismes du rumen doivent y être accoutumés sans quoi, une partie des nutriments de la ration de lactation ne pourra être transformée en lait.

Dans les régions sans ensilage de maïs, les besoins de la vache en préparation seront en règle générale mieux comblés avec un ensilage de qualité, un peu de foin sec et une augmentation graduelle des concentrés jusqu’à 4 à 5 kg au moment du vêlage. Cette quantité de concentrés est sécuritaire par rapport au risque d’acidose, compte tenu que les vaches consommeront alors plus de 60% de fourrages dans leur ration au moment du vêlage. Lorsque de l’ensilage de maïs est disponible, il faut tenir compte du grain qu’il fournit et supplémenter la ration avec moins de grains. L’objectif est de garder le rumen de la vache plein tout en évitant de surdoser la quantité d’énergie servie. Bien sûr, chaque ferme est unique et la ration des vaches doit être formulée en fonction des aliments disponibles, des différentes contraintes et surtout de la consommation réelle de matière sèche.

Sachant que le volume de lait fabriqué par la vache dépend de la quantité d’acides gras volatils produits par les microorganismes dans son rumen, il vaut mieux être aux petits soins avec eux. Leur milieu de croissance doit être le plus favorable et subir des changements très graduels. L’introduction graduelle de l’ensilage et d’un maximum de 4 à 5 kg de concentrés pendant 3 semaines avant le vêlage permettra aux vaches de mieux subvenir à leurs besoins, de produire plus de lait et de perdre moins de poids après le vêlage.