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Déçu de votre traitement sur l’accaparement des terres agricoles

Mathieu Perron ,

J'aimerais réagir au dossier spécial "Accaparement des terres agricoles" de La Vie agricole (volume 13, no 1, janvier 2015). Ce numéro présente plusieurs informations intéressantes, notamment sur notre responsabilité collective quant à l'achat de terres agricoles à l'extérieur du pays. Par contre, je suis déçu de voir que l'objectivité de la "source secrète" (étude de Partenaires Agricoles) n'est absolument pas remise en cause par vos journalistes. Correct pour une feuille de choux, mais pas à la hauteur d'un "journal agricole indépendant"!

J'aurais apprécié une réelle mise en perspective l'ampleur du phénomène d'accaparement des terres agricoles par des fonds spéculatifs (ex. comparer la situation en 1995 et celle de 2015) ou un questionnement objectif sur les dangers réels (ou non) de l'amplification du phénomène. Je n'ai pu décoder ce type de recherches nécessaires et surtout nuancées. Dans "Déjà trop d'État pour en remettre une couche! "et dans "Le véritable accaparement des terres agricoles se fait ailleurs... mais par le Canada!", Yannick Patelli caricature encore une fois la position de l'IREC (et de l'UPA) au sujet de la "ruée vers l'achat des terres agricoles" québécoises par les fonds spéculatifs. Est-il constructif de ridiculiser tout questionnement sur les outils à mettre en place pour protéger le Québec de ce phénomène? M. Patelli semble avaliser ("avaler"?) l'ensemble de l'étude de Partenaires agricoles: j'aurais aimé lire son analyse des forces et faiblesses de celle-ci. De la nuance, svp!

Bien sûr, la situation au Québec n'est pas celle qui prévaut au Brésil ou en Afrique (voir l'article de Yan Turmine dans le même numéro). Qui le conteste? Ne devriez-vous pas plutôt consacrer vos pages à une réflexion sur les outils collectifs à mettre en place aujourd'hui pour éviter que le phénomène d'accaparement ne nous touche à plus long terme? LVA pourrait se questionner davantage sur les apports du modèle Pangea à l'agriculture québécoise. Si ce modèle est intéressant pour les quelques jeunes qui pourront vivre de l'agriculture, l'est-il pour la collectivité? Bien installer quelques jeunes pour favoriser un modèle d'intégration où les semences, les grains, le carburant, la machinerie sont achetés en gros à l'extérieur des régions où l'on exploite les terres, est-ce que cela contribue au développement régional? Profiter de ces économies d'échelle pour vendre les grains à bas prix, est-ce que c'est profitable à l'agriculture québécoise? Ce ne sont pas les faits apportés dans ce dossier spécial qui me dérangent, c'est surtout la ligne éditoriale que l'on peut percevoir tout au long du dossier.

Je terminerai en mentionnant que je n'ai pas encore d'opinion arrêtée au sujet du concept de SADAQ. J'ai moi aussi de sérieux doutes, entre autres sur ses coûts de fonctionnement. Probablement qu'il faudrait d'abord et avant tout mieux soutenir les jeunes lors du démarrage de leur entreprise ou lors du transfert. Malheureusement, je n'ai pas trouvé suffisamment de matière à réflexion dans cette édition de LVA: on aurait dit un publi-reportage pour le compte de Partenaires agricoles et de Pangea (voir notamment l'article de Félix Guillet "Point de vue à l'intérieur du modèle Pangea").

Je vous laisse avec mes plus sincères souhaits de santé et prospérité pour nos régions en 2015.

 

Note de la rédaction : Parce que nous sommes un journal indépendant, votre opinion est publiée dans son intégralité. Alors que d’autres  médias n’osent pas aborder les points de vue des compagnies de gestion et d’exploitation dans le monde agricole, nous jugeons important de leur donner de l’espace pour s’exprimer et permettre le débat à venir dans la société d’où le texte sur le modèle Pangea. La Pravda dans d’autres pays n’a pas convaincu grand monde de son objectivité. Quant à l’étude de Partenaires agricoles, sans vous garantir qu’elle donne toutes les solutions, il nous est apparu important de lui donner une place de choix. Alors que L’IREC a une tribune permanente dans d’autres médias, La Vie Agricole fait régulièrement le choix de donner la parole aux exclus des tribunes traditionnelles peu importe leur opinion, ce qui ne limite pas pour autant des organes comme L’UPA ou L’IREC dans leur souhait de s’exprimer dans nos pages. C’est notre choix qui nous semble être le sens de la liberté d’expression. Peut-être est-ce notre côté Charlie !