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La gestion de l’offre subventionne la croissance externe.

Gérard SAMET ,

Saputo investit ses profits canadiens dans le monde. Saputo, l’entreprise agroalimentaire québécoise de produits laitiers n’a pas fini de grandir.  Mais pas au Canada. Lino Saputo Jr, chef de la direction et vice-président du conseil, vient de présenter sa stratégie de croissance à la tribune montréalaise du Cercle canadien. 

Ici, le lait le plus cher au monde !

Saputo va bien. Elle fait partie des 10 plus grands transformateurs laitiers au monde et est le plus important au Canada. Elle pèse plus de 9 milliards $ de ventes annuelles, 55 usines et 12 700 employés. Mais ces performances n’ont été possibles que par une croissance externe soutenue depuis près de vingt ans. La société a réalisé 23 acquisitions depuis qu’elle s’est inscrite en bourse en 1997. D’ailleurs quelques jours avant de mettre sous presse, nous apprenions que Saputo venait de faire une nouvelle acquisition en Australie : La fromagerie Everyday cheese de Victoria par le biais d’une filiale, la Warrnambool Cheese and Butter (WCB).

En effet, les producteurs laitiers canadiens les plus efficaces doivent limiter leur production destinée à un marché interne aux débouchés limités. Le marché canadien ne croit qu’au rythme de 1% par année au maximum. Le Canada n’est pas un grand pays producteur de lait et le prix de ce dernier est l’un des plus chers du monde.

L’approvisionnement mondial en lait pour cible.

Le bilan  de Saputo permet d’envisager une stratégie d’acquisitions fondée sur l’approvisionnement  mondial en lait,  des acquisitions d’une valeur allant de 500 millions à 2,5 milliards $ en 2015.  Dans le contexte, elles ne peuvent qu’être en dehors du pays. Les grands pays exportateurs de lait sont la Nouvelle-Zélande, l’Union Européenne, les États-Unis, l’Australie et l’Argentine. Parmi les grands pays importateurs figurent la Chine et le Brésil.  Ce sont les objectifs de l’entreprise. Les cibles de M. Saputo Jr. se trouvent aux États-Unis, en Amérique latine et en Océanie. Aux États-Unis, Saputo est l’un des trois plus grands producteurs de fromage et l’un des plus grands producteurs de produits laitiers. Après l’Australie l’an dernier, où le producteur s’est hissé au quatrième rang, il est parvenu au  troisième rang en Argentine. Saputo s’intéresse logiquement à la Nouvelle-Zélande et au Brésil, qui sont des pays limitrophes au fort potentiel. Au Brésil, Saputo envisage y faire l’acquisition d’actifs en faillite, de compagnies sans succession, ou d’entreprises familiales de production destinées au marché local pour accroitre sa présence.

Renforcer la présence en Océanie et l’Amérique du Sud serait une bonne base pour exporter de la poudre de lait vers les pays émergents, comme la Chine, qui en sont de grands consommateurs.

Saputo veut des quotas d’importation

À plus long terme, l’Europe. En Allemagne, ou au Royaume Uni, un producteur ayant une taille suffisante avec des marques fortes pourrait intéresser Saputo.

Mais pour l’instant, l’Europe impose une contrainte dans le cadre du nouvel accord de libre-échange : le quasi doublement du quota d’importation des fromages européens, alors que leur prix subventionné est très compétitif. Lino Saputo Jr, comme Agropur, souhaite que ces quotas soient accordés aux grands producteurs afin de maitriser leur mise en marché et éviter que cela nuise aux productions québécoises.

La gestion de l’offre subventionne la croissance externe.

Il reste que cette croissance exceptionnelle à l’étranger des grands transformateurs d’ici n’a été possible que grâce à leurs profits canadiens. Selon une analyse du Conférence Board du Canada, le système canadien de gestion de l’offre dans le secteur des produits laitiers assure aux producteurs canadiens des prix élevés et une très bonne rentabilité, même si la croissance est faible. Puisque la consommation des produits laitiers au Canada est stable, la croissance ne peut alors venir que du côté des marchés d’exportation : la gestion de l’offre est donc une forme de ``subvention`` canadienne pour les producteurs d’ici qui investissent à l’export grâce à leurs profits canadiens. Le débat sur le maintien de ce système ou non, ne fait que commencer. Lorsque l’on sait que la consommation de lait en Chine risque d’augmenter de 50 % d’ici 2022, on comprend que les producteurs de lait chercheront à gagner des parts de marché en produisant ici ou ailleurs !