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Manque de connaissances, ou idéologie !

Yan TURMINE, agr. ,

Les opinions sont faites pour nous interpeller, en bien ou en mal ! Elles ont la qualité ou le défaut de nous faire réfléchir. La chronique de Lise Ravary dans le dernier journal  en est une qui m’a fait réfléchir sur un discours que j’entends de plus en plus souvent et qui me dérange profondément.  Il ne s’agit pas de son opinion sur l’UPA, une opinion assez colorée qui qualifie le syndicat d’un puissant lobby industriel. Il est amusant  de voir l’UPA accusé de servir l’industrie, quand l’industrie accuse la plupart du temps l’UPA de protéger les petits. 

Non, ce qui me dérange c’est l’image que madame Ravary comme bien d’autres personnes projette de notre agriculture, une agriculture industrielle, non respectueuse des consommateurs qui livre des produits trop chers. Une image qui malheureusement ne correspond pas à la réalité. 

Combien de fois ai-je rencontré des personnes, influentes dans l’opinion publique, qui ont une image totalement  déphasée de notre agriculture. Pour eux l’agriculture (en caricaturant) c’est la petite production de terroir, bucolique, sans soucis, à l’abri de la modernité, mais menacée par une production industrielle contrôlée par des multinationales qui remplissent nos épiceries (films et émissions de télévision à l’appui).

Et oui des êtres humains !

Souvent confrontées à la réalité de l'agriculture québécoise, les personnes ayant cette opinion tombent sous le choc. Combien de fois ai-je vu des personnes entrant dans un salon agricole comme celui de Québec en janvier et s’apercevoir que c’est gros l’agriculture et oh surprise de rencontrer des agriculteurs et agricultrices avec  leurs enfants (et oui des êtres humains!) qui font leurs commentaires sur les dernières technologies.  Effectivement l’agriculture c’est gros, c’est très gros au Québec. Bien nourrir sept millions de personnes tous les jours c’est une grosse activité économique. Prenez votre panier d’épicerie hebdomadaire multiplier le par 52, ensuite par 7.000.000 ça fait des gros chiffres plus gros que l’électricité qui est produite et consommée par année. 

Sans la gestion de l’offre, adieu la ferme familiale québécoise

Au Québec, les fermes familiales ont la chance de produire une grande partie de ces biens, particulièrement les productions qui sont sous la gestion de l’offre comme la volaille,  les œufs et le lait.  Ce sont pourtant ces mêmes productions qui sont  décriées par madame Ravary et autre personnes, prétextant un prix plus élevé aux consommateurs.  Sans cette gestion de l’offre la plupart de ces produits seraient importés des  États-Unis. Alors adieu la ferme familiale québécoise. Et pour les prix aux consommateurs, regardez  le prix du bœuf une production qui est en train de nous filer entre les doigts, contrôlée de plus en plus par  nos voisins et de plus en plus cher en épicerie.

Nous sommes en partie responsables de la méconnaissance sur l’agriculture

Heureusement, cette opinion est la plupart du temps due à une méconnaissance de notre agriculture plutôt qu’à une idéologie. Une méconnaissance dont nous sommes un peu responsables. Combien de fois avons-nous donné une fausse image de notre agriculture, en la présentant de façon bucolique.  Il est important que chacun de nous, quand il en a l’occasion, prenne  le temps d’expliquer notre agriculture, la fasse découvrir. Le premier pas est de connaitre ce que les autres en pensent et d’y répondre simplement. Empêcher des opinions de s’exprimer, c’est la preuve que l’on n’a rien à défendre. Répondre à une opinion c’est  démontrer que quelque chose d’autre vaut la peine d’être défendu.  Nous avons au Québec un beau modèle agricole, qui  vaut la peine d’être connu, à nous de le faire savoir !

P.S. : Une des belles activités pour faire connaitre notre modèle agricole familiale, ce sont les portes ouvertes des fermes organisées par l’UPA (et oui par « le puissant lobby industriel »).