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L’Europe nous envahira !

Félix GUILLET ,

Les producteurs de fromages fins Québécois seront envahis par la compétition après la signature d'un accord entre le Canada et l'Union Européenne pense la famille Blackburn, propriétaire de ABG Blackburn au Saguenay.

 

Le gouvernement Conservateur de Stephen Harper a devancé les Américains dans la ratification d'un accord de libre-échange avec l'Union européenne. Dans les clauses de cet accord, il a été négocié que le vieux continent pourra envoyer 17 000 tonnes de fromage fin dans notre pays. Dans un marché aussi restreint que celui du Canada, plusieurs producteurs de produits laitiers craignent pour leur entreprise. C'est notamment le cas de Gilles Blackburn, copropriétaire de la fromagerie ABG Blackburn au Saguenay. Propriétaire d'une ferme laitière avec ses frères Alain et Benoit, la famille a associé quatre de leurs enfants comme relève en 2005. C'est à ce moment que l'idée d'une fromagerie prend naissance. Leur rêve se concrétisera le 16 septembre de l'année suivante quand leur commerce ouvre ses portes. Possédant maintenant 110 vaches laitières, les Blackburn utilisent la moitié des 1 200 000 litres de leur production de lait pour façonner six fromages fins dont eux seuls connaissent le secret. Il va sans dire que l'arrivée de l'équivalent de 250 fois leur production inquiète beaucoup les détenteurs de la jeune fromagerie. Bien que Gilles Blackburn ait confiance dans les Canadiens et les Québécois pour choisir des produits locaux, il ne se fait pas d'illusion, les produits européens seront beaucoup moins coûteux que ceux produits dans la région. Bien qu'ils vendent pour de grandes chaînes d'épicerie comme IGA, Metro et Loblaws, les articles qui seront importés seront payés 4,18€ (6,37$ CA) du kilo. Une fois les frais de transports et les marges des épiciers ajoutés, le kilo se vendra entre 30 et 40 dollars alors que les fromages fins locaux tournent aux alentours de 50 dollars. Cette différence de prix est imputable en grande partie aux imposants volumes de produits laitiers transformés par l'Europe (plus de 8 millions de tonnes comparativement à 32 000 au Québec) et aux normes de salubrité plus exigeantes au Canada. Le producteur laitier aimerait au moins pouvoir se battre à armes égales et qu'il soit interdit d'importer des fromages ne faisant pas l'objet des mêmes normes d'hygiène que ceux du coin. Ils aimeraient aussi un plus grand laps de temps pour se préparer à l'invasion des produits d'ailleurs. Dans les circonstances actuelles, monsieur Blackburn ne croit pas que sa fromagerie survivra longtemps si l'accord de libre-échange est appliqué tel qu'annoncé. L'entreprise, qui emploie 15 personnes, ne croit pas que les mesures promises par l'état seront suffisantes. Une pétition circule d'ailleurs pour empêcher l'importation de fromages fins au Canada.