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Le ministre Maxime Bernier se fait rassurant

Jean-Pierre LEMIEUX ,

Producteurs de fromage toujours inquiets.  Même s'il y a des mois que l'entente de libre-échange entre le Canada et l'Europe a été conclue c'est toujours l'inquiétude chez les producteurs laitiers et les transformateurs car personne ne semble savoir quelles seront les compensations promises ni sur quelle période s'étendra l'implantation de l'accord. Bien conscient de cette inquiétude le ministre d'état à l'agriculture (Canada), M. Maxime Bernier répète que tout sera fait pour soutenir les producteurs. Lors d'une conversation téléphonique avec La Vie agricole, M. Bernier a fait remarquer que l'entente n'entrera pas en vigueur avant au moins encore six ans.

Un engagement

 « Ils n'ont pas à être inquiets, nous avons fait une promesse aux producteurs laitiers et aux fromagers, c'est un engagement qui vient du premier ministre » de souligner le ministre Bernier. « S'il y a des répercussions négatives au niveau des revenus nous allons mettre en place un programme pour les compenser » a répété M. Bernier.

 Le ministre a aussi souligné qu'il travaillait présentement avec l'UPA et différents producteurs pour établir les paramètres du programme. « Nous avons toujours défendu le système de la gestion de l'offre au Canada » d'ajouter le ministre, « et avec cet accord là on continue de faire la même chose ».

 Pour M. Bernier il est important de rappeler que « nous avons signé une entente de principe mais on continue toujours de négocier les détails avec l'Union européenne. D'ici un an nous allons avoir l'entente finale et il n'entrera en vigueur que cinq ans après ». Les différences quant aux normes de production ici et en Europe font l'objet de discussion sur les détails de l'entente « pour s'assurer que lorsque le fromage européen rentrera au Canada il rentre avec des normes équivalentes » d'ajouter le ministre.

 Dans ce secteur d'activité cette entente prévoit une augmentation d'importation de 17 700 tonnes de fromage. La perspective de voir arriver ces tonnes de fromage le lendemain de la signature de l'entente fait craindre le pire pour les producteurs fromagers. Qui pourra importer ces fromages? Les quotas d'importation font aussi présentement l'objet de discussion avec l'industrie.

Fromages fins

 Pour M. Pascal-André Bisson de la fromagerie Le Mouton blanc à La Pocatière « ce qui est dramatique c'est que sur ces 17 700 tonnes il y en a 16 000 que c'est sur les fromages fins ».

Les fromages fins représentent une part infime de la production québécoise. Pour M. Bisson c'est David contre Goliath car, dit-il, son entreprise ne produit que neuf tonnes.

 Le producteur Bisson a aussi souligné que les européens avaient des subventions pour produire et surtout des normes moins sévères. M. Bisson donne l'exemple des « staphylococcus aureus » l'un des quatre pathogènes recherchés dans les fromages surtout les fromages fins (à cause du lait cru). La norme ici au pays est à 2 000 unités par litre ce qui est très exigeant. En France la norme c'est 10 000 unités par litre. « Ces fromages sont gardés mais ici dès qu'on atteint 2 000 ont les scrap » d'ajouté M. Bisson.

 Dans le but de faire pression le NPD a déposé une motion (MOTION-496) qui demande au gouvernement du Canada de « s'engager à fournir un soutien à la commercialisation » en plus de faire connaître rapidement les compensations promises et de prévoir une période d'implantation « la plus longue possible ».

 Lors d'une conférence de presse (24 avril 2014) le député François Lapointe (NPD Montmagny-L'Islet-Kamouraska-Rivière-du-Loup) a dit craindre des répercussions sur des petites communautés dont l'économie est fortement liée à la production de fromage comme L'Isle-aux-Grues dans sa circonscription. La production laitière sur l'île ne serait pas rentable s'il n'y avait pas de fromagerie. Ce serait possiblement la même chose aux Îles-de-la-Madeleine.

 

Producteurs laitiers

 Le changement de gouvernement à Québec est aussi une source d'inquiétude car il semble que neuf provinces seraient prêtes à signer l'accord. Québec n'a toujours pas donné son accord attendant toujours des précisions sur les compensations entre autres. Est-ce que le gouvernement Couillard maintiendra la ligne de l'administration Marois sur ce point? Il semble bien qui oui car à QMI le nouveau ministre de l'Agriculture du Québec, M. Pierre Paradis, a déclaré que lors de sa prochaine rencontre avec le fédéral « Je compte bien me battre sur la question ».

 En assemblée générale le 16 avril la Fédération des producteurs de lait du Québec (maintenant connue sous le nom de Producteurs de lait du Québec) n'a pas tardé à demander au nouveau gouvernement libéral « qu'il s'assure qu'Ottawa respecte son engagement envers les producteurs laitiers et fromagers ».

 Le président des producteurs, M. Bruno Letendre, a rappelé l'importance « de maintenir intégralement la gestion de l'offre ». M. Letendre s'inquiète aussi du partenariat transpacifique en négociation. Dans un communiqué publié après l'assemblée générale M. Letendre a déclaré : « Nous sommes relativement à l'abri de la grande instabilité des marchés agricoles mondiaux. Nous obtenons un juste revenu du marché, prévisible et sans subventions. Je pense que je n'ai pas à vous dire que c'est une situation rare et exceptionnelle dans le secteur agricole ».