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Un pays, des paysans

Mathieu BOCK-COTÉ ,

La cause environnementale mérite d’être embrassée, et de belle manière. Dans le siècle dans lequel nous entrons, il semble manifestement que c’est sous son étendard qu’il sera possible non pas de renverser le capitalisme, mais de l’encadrer, de le civiliser, de le modérer. Au nom de l’environnement, on redécouvre que notre monde est fragile, et qu’il faut le faire durer. 

Car le capitalisme, aujourd’hui, tend à devenir fou. Il fait de toutes choses marchandise. De nos émotions les plus intimes comme de nos désirs les plus loufoques. Il fabrique un univers de plus en plus périssable où nous comblons le vide de nos existences esseulées par une consommation de plus en plus frénétique.

Mais l’écologisme officiel sert bien mal la cause de l’environnement. Trop souvent, les écologistes oublient les exigences élémentaires de la modération. Ils présentent l’homme comme un monstre, saccageant la nature, à qui il faudrait faire la guerre. Les plus radicaux le caricaturent en parasite qui serait de trop sur la planète.  

La civilisation ne se présente pas pour eux comme une œuvre magnifique, mais comme une aliénation. Et l’empreinte humaine, sur la planète, n’aurait rien d’honorable. L’homme devrait plutôt dédaigner ses œuvres, et chercher à réintégrer la nature, comme s’il ne devait faire qu’un avec elle.

Mais l’extrémisme idéologique rebute davantage qu’il ne plait. Le commun des mortels s’exaspère. Il sent bien qu’il y a là un délire idéologique grave. Il en a assez qu’on le culpabilise de tout et n’importe quoi et que des petits curés récitant leurs prières vertes lui expliquent qu’il est de trop sur terre.

Redécouvrir les vertus d’un lieu habité !

Le grand problème d’une frange importante du mouvement écologiste, c’est de camper une lutte à finir, ou presque, entre l’homme et la nature. Le premier doit s’écraser sans quoi la seconde sera condamnée à périr. Mieux encore: il faudrait humilier l’homme, lui rappeler qu’il est tout petit, insignifiant, pour redonner son lustre à la nature, qu’on adorera comme une déesse.

La perspective devrait être renversée. C’est dans une perspective humaniste qu’il faudrait penser notre rapport à la nature. C’est parce que nous habitons ce monde qu’il faut le rendre le plus habitable possible. Dès lors, il ne s’agit plus de sauver abstraitement la planète, mais nos lacs, nos rivières, nos forêts, nos paysages, nos pays.

En un mot, il n’y a d’écologisme qu’enraciné. Leçon élémentaire, mais souvent oubliée. Car nos écolos, en plus de tout, sont souvent mondialistes. Ils veulent sauver la planète dans son ensemble et méprisent aisément ceux qui veulent conserver leur coin de planète. Conserver: c’est un gros mot dans une époque qui ne croit qu’à l’innovation. Il faut pourtant l’assumer.

Ici, le savoir des hommes qui ont un rapport intime à la terre est vital. Qui dit pays dit paysans. Évidemment, on ne fera pas renaître la civilisation paysanne. Cela va de soi. Mais une fois que nous serons revenus de notre délire consumériste, nous redécouvrirons les vertus d’un lieu habité, cultivé, travaillé, incarné. Comme cela a toujours été le cas.