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Mieux équilibrer la ration avec un mélange graminées-légumineuses

Nathalie GENTESSE, M.Sc., agr. ,

Aucun aliment de la ration laitière ne devrait être considéré comme un ingrédient miracle. Cela vaut pour les additifs, les concentrés et les fourrages. C’est plutôt la complémentarité et le bon dosage de plusieurs nutriments qui, lorsque les conditions sont alignées, viennent optimiser la performance des animaux.

La formulation de rations performantes et riches en fourrages repose sur la connaissance des particularités des graminées et des légumineuses. Essentiellement, les graminées et légumineuses n’ont pas la même constitution en fibre et en protéine et se digèrent différemment  dans le rumen.

Les légumineuses comme la luzerne ou le trèfle ont une fibre NDF plus fragile que les graminées. Quand la vache rumine, la mastication et la digestion microbienne dans le rumen réduisent plus rapidement la taille des particules de luzerne que celle de la fétuque, par exemple. Les légumineuses offrent un apport de nutriments relativement rapides à fermenter au rumen.

La fibre NDF des graminées, comme la fétuque, le dactyle, le raygrass, le brome ou le mil se digère plus lentement mais plus complètement que celle des légumineuses. On verra des taux de digestion de la NDF30h allant jusqu’à 75% pour les graminées jeunes. Parce qu’ils se digèrent moins rapidement, les fourrages de graminées ont tendance à augmenter la proportion de particules longues dans le tapis ruminal par rapport aux légumineuses. Les graminées aident ainsi à retenir les plus petites particules, comme celles de concentrés ou des légumineuses plus fragiles. En ralentissant le rythme de passage des aliments dans le rumen, les graminées contribuent à son remplissage et au maintien d’une masse de fibre NDF physiquement efficace pour  stimuler la rumination.

À cause de son taux de protéine élevé, la luzerne est souvent considérée comme le fourrage idéal pour compléter une ration à base d’ensilage de maïs. Pourtant, l’équilibre du pH ruminal y est alors bel et bien menacé. À la base, la teneur en fibre de la ration d’ensilage de maïs et de luzerne jeune est parfois limitée. Ajoutons à cela une fermentation digestive intense et relativement rapide. Lorsque l’ensilage de maïs est entreposé depuis plus de quatre mois, l’amidon étant plus disponible, la production d’acide pourrait dépasser la capacité d’utilisation de la vache et causer une chute du pH ruminal. Dans cette situation, la production de gras dans le lait chute. Il n’est pas rare de voir des cas d’acidose chez des troupeaux qui ne servent pourtant pas beaucoup de concentrés mais qui disposent d’un ensilage de maïs d’excellente qualité et de la luzerne pratiquement pure.

Un mélange fourrager de légumineuses et de graminées à maturité tardive, c’est-à dire dont la vitesse de croissance est bien adaptée à celle de la légumineuse, équilibrera mieux la ration d’ensilage de maïs. La fibre ultra digestible des graminées jeunes se transforme efficacement en lait dans ce type de ration. La vitesse de dégradation de la fibre des graminées est un peu plus lente que celle des légumineuses, ce qui répartit dans le temps l’apport d’énergie de la ration dans le rumen.  

En bref, visez un mélange de légumineuses et de graminées qui sera le plus constant d’une coupe à l’autre. Ces espèces se complètent très bien, répartissant la disponibilité des nutriments pour la microflore ruminale, la productivité et la santé de la vache.