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L’UPA crie encore au loup !



Je me  répète : l'UPA crie au loup au lieu de reconnaître ses torts. Après l'accaparement des terres,  le zonage agricole,  maintenant la gestion de l'offre (marché fermé et contrôlé par des quotas de production monnayables) qui pourrait être menacée sérieusement cette fois dans l'entente de libre-échange Pacifique. Et elle va chercher sournoisement l'appui d'alliés qui ne semblent pas toujours conscients de ce qu'ils cautionnent.

Tout le monde est d'accord que la gestion de l'offre (lait, volailles, oeufs) est une protection importante contre le dumping à bas prix des produits étrangers. Il n'y a que l'Institut économique de Montréal pour n'y voir qu'un désavantage pour les consommateurs au niveau du prix de ces produits sans considérer le reste, notamment les conséquences pour nos producteurs et le gouvernement.

Mais si jamais la perte de la gestion de l'offre devait arriver, l'UPA aura ici aussi couru après son malheur. Car sa façon de gérer la gestion de l'offre la rend odieuse aux yeux de beaucoup.

Premièrement, elle laisse peu, ou plutôt, pas de place pour la mise en marché de proximité et de créneau en refusant tout pourcentage de production hors quota: c'est le monopole absolu de la production industrielle de masse. Jusqu'à faire payer aux fromagers-fermiers des coûts de mise en marché de leur lait qui passe directement de l'étable à la fromagerie. Ce faisant, elle tue la diversification de la production et de la transformation. Ailleurs au Canada et dans le monde, on autorise facilement jusqu'à 5% de production hors quota sans que le rapport de force dans la négociation des conventions sur les prix en soit affecté. Dans le monopole actuel, seuls les producteurs industriels ont de l'avenir, et seuls les grands transformateurs ont accès aux approvisionnements en lait, volailles et oeufs. C'est la même domination que celle des Compagnies forestières sur la forêt publique.

Deuxièmement, les fédérations de l'UPA ont le contrôle absolu des Offices de producteurs qui gèrent les plans conjoints et les quotas. Il n'y a plus de distinction réelle entre les Offices de producteurs et le syndicat unique. Quand le monopole remplace la démocratie : ça s'appelle la dictature. En attribuant les quotas aux plus offrants, cette gestion sur le modèle d'affaires  a favorisé la concentration de la production entre les mains des plus gros, car les petits n'ont plus les moyens de s'en acheter. D'ailleurs, dans le secteur de la volaille et des oeufs par exemple, c'est devenu un club fermé de quelques dizaines de producteurs intégrés qui ne veulent plus laisser entrer personne dans le club. Ce contrôle d'affaires se complète par la domination des deux grandes coopératives du même réseau, la Coop fédérée et Agropur, qui achètent maintenant des entreprises à travers le monde plutôt que d'aider les fermiers autonomes québécois en voie de disparition, qui sont pourtant leurs membres.

Quant au refrain connu que les productions sous gestion de l'offre ne coûtent rien au gouvernement, c'est une autre couleuvre : ces producteurs profitent directement ou indirectement de nombreux programmes de soutien (prime-vert, assurance-récolte, etc.), ne serait-ce que par le biais des producteurs de céréales, et les coûts des externalités qu'entraînent ces productions industrielles, au plan environnemental et santé publique par exemple, sont loin d'être négligeables.

Tout cela, encore une fois, a été bien dit et recommandé par le Rapport Pronovost, mais on préfère l'ignorer sur ce point comme sur le reste.

Dans ces conditions, on se prend à espérer que la tornade du libre-échange fout tout ça par terre et rétablisse un minimum de liberté et de diversité dans les ruines de cette dictature des gros et des riches.

On estime à plus de 10 milliards la valeur marchande actuelle des quotas de lait, volailles et oeufs, sans compter les emprunts qui reposent sur ces valeurs. En général, les producteurs n'ont guère payé plus de 50% de cette valeur, car au début, les quotas étaient gratuits et leur prix a monté graduellement. On comprend qu'il ne saurait être question pour l'État de compenser la valeur marchande....

Sur ces ruines, on pourrait peut-être reconstruire une agriculture de proximité et de plus-value, une agriculture territoriale, quelque chose comme une souveraineté alimentaire.

Ne comptez pas sur moi pour se porter à la défense de la gestion de l'offre, version UPA. C'est devenu un autre pilier de l'agro-industrie qui nous dépossède lentement mais sûrement de notre propre agriculture.

Roméo Bouchard, Saint-Germain-de-Kamouraska