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Agromafia, ça paye !

Eddy Fougier ,

Agromafia : le business très lucratif du « crime alimentaire »

Lait frelaté à la mélanine en Chine, huiles d’olive coupées avec des huiles de moindre qualité, vodka frelatée avec du méthanol, pain contenant du bois, mozzarella à la dioxine… les fraudes alimentaires se multiplient ces dernières années montrant à quel point les groupes criminels ont massivement investi l’agroalimentaire. 

Ces fraudes vont de la tromperie sur la nature des denrées alimentaires, leur origine, leur labellisation ou les ingrédients qui les composent à la falsification de produits qui présentent alors potentiellement des risques pour la santé des consommateurs en passant par la contrefaçon ou bien la commercialisation de produits dont l’importation est interdite. Mais ces fraudes peuvent devenir de véritables « crimes alimentaires » lorsqu’elles sont le fait de groupes qui savent pertinemment que les denrées alimentaires commercialisées peuvent être nuisibles à la santé des consommateurs et même entraîner leur mort. La grande criminalité s’intéresse à l’alimentaire parce que les bénéfices liés à la fraude sont très importants, alors que les risques encourus par les criminels sont bien moins élevés que pour d’autres trafics, notamment le trafic de drogue. En clair, l’huile d’olive rapporte autant que la cocaïne, mais en présentant un risque bien moindre.

En Italie, on parle d’ailleurs d’agromafia. Selon un rapport récent, les mafias italiennes auraient ainsi généré un chiffre d’affaires de 15,4 milliards d’euros dans l’agroalimentaire en 2014 en s’appuyant sur l’activité d’entreprises, d’hôtels, de restaurants, d’abattoirs et de boulangeries clandestins ou encore de filières illégales d’import-export. Le cas de l’huile d’olive est maintenant bien connu puisqu’une enquête récente menée en Italie indique que 4 bouteilles d’huile d’olive extra-vierge sur 5 sont coupées avec de l’huile de basse qualité provenant de l’étranger. Une étude au Québec montre ainsi que sur les centaines de produits censés contenir de l’huile d’olive, un cinquième n’en contient pas ou en tout cas moins que ce qui est annoncé. L’huile d’olive est d’ailleurs l’un des principaux secteurs ciblés par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA).

Mais le phénomène ne se cantonne pas à l’Italie. Interpol et Europol ont ainsi mis en place depuis 2011 une opération conjointe appelée Opson pour lutter contre l’alimentation et les boissons de contrefaçons. La dernière opération en date, réalisée entre décembre 2014 et janvier 2015, a permis de saisir 2 500 tonnes de produits frelatés qui auraient dû être commercialisés dans 47 pays. Cela concerne tout autant l’industrie de la pêche comme l’a montré un rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) publié en 2011.

Les gouvernements et les organisations internationales prennent donc de plus en plus conscience de la gravité de la criminalité alimentaire, compte tenu des risques pour la santé des consommateurs, mais aussi pour l’environnement et pour l’économie légale avec un risque de concurrence déloyale et même de réputation pour les entreprises en cas de contrefaçon. En témoigne la décision prise récemment par un pays comme la Grande-Bretagne, choquée par le scandale de la viande de cheval de 2013, de créer une unité de lutte contre la criminalité alimentaire.