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Le terroir négligé ?

Jean-Pierre LEMIEUX ,

Autant Mme Suzanne Gagné de La pomme du Saint-Laurent à Cap-Saint-Ignace que M. Sébastien Vaillancourt du Vignoble du faubourg à Saint-Jean-Port-Joli, ce que les artisans fabricants de cidre ou de vin voudraient, ce sont des marchés et que le gouvernement agisse comme un facilitateur.

Comment? Pour Mme Gagné ce serait la simplification : un seul permis. Elle qui doit en avoir un pour vendre à la ferme et pour vendre en SAQ (avec un taux plus élevé d'alcool) et un autre pour vendre dans les marchés d'alimentation. Pour M. Vaillancourt ce serait d'avoir le droit d'en vendre dans les boutiques du terroir et donc de pouvoir vendre son vin toute l'année pas seulement à la ferme durant la période d'achalandage touristique.

Les deux producteurs rencontrés par La Vie agricole sont d'accords sur un point : la promotion de l'Ontario est bien meilleure que celle de Québec.

Promotion

Le député de Huntingdon, M. Stéphane Billette, quant il était le porte-parole du Parti libéral en matière d'agriculture, avait présenté, en 2013, un projet de loi (395) qui apportait une solution au problème de promotion des cidres, vins et alcools artisanaux mais il est maintenant whip du gouvernement il n'est donc plus le porteur du dossier.

Mme Gagné dit avoir vu ce projet « comme un facilitant et c'est dommage que cela n'avance pas plus vite ». Elle ajoute : « faire de quoi pour nous aider ce n'est pas toujours donner de l'argent ». Pour Mme Gagné cela passe par un seul permis (moins cher que 2000$ pour les deux qu'elle a) et aussi élargir la portion sur les tablettes de la SAQ réservée aux produits du Québec. « Plus de promotion mais de la promotion concrète, pas juste créer un logo « origine Québec » précise-t-elle.

La productrice de Cap-Saint-Ignace dont l'entreprise a gagné plusieurs prix de qualité insiste : «Ça fait 15 ans que je suis en affaires, ça fait 14 ans que je suis à la SAQ il n'y a pas de quota. J'en vendrais autant que je voudrais s'il y avait une place assez grande sur la tablette pour que le produit soit remarqué. On se compare souvent avec l'Ontario. En entrant dans les LCBO, on les voit mieux positionnés en succursale, plus d'espace de tablette ».

Plus de point de vente

Pour M. Sébastien Vaillancourt, le producteur de vin, la situation est un peu différente. « On ne veut pas aller à la SAQ, nous ce qu'on veut c'est avoir un point de vente l'hiver, en ville, en épicerie et dans les boutiques du terroir ». Lui aussi cite en exemple la promotion faite par la LCBO.

Un jour qu'il voulait se procurer une bouteille de la production d'un ami, après avoir vérifié par internet la disponibilité, M. Vaillancourt raconte qu'il est allé à la succursale mais n'a pas trouvé le vin. Il a demandé au préposé de faire la recherche et il a trouvé la bouteille... qui était toujours sur la palette en entrepôt.

En attendant, dit-il, ça prend beaucoup d'imagination pour faire la promotion. « Nous sommes situés dans une belle région touristique très fréquentée pas de problème mais l'hiver... »

Projet de loi

Rejoint par La vie agricole, M. Billette a répété qu'un nouveau projet de loi était en préparation, « C'est un engagement électoral » a-t-il répété.

Comme les producteurs rencontrés, M. Billette a aussi cité en exemple la LCBO : « Pour vous donner une petite idée, au niveau de la SAQ, c'est même pas 1% de produits québécois qui sont vendus, en Ontario c'est 25% ».

Par exemple, à Saint-Jean-Port-Joli dans les épiceries, on peut trouver des vins du Chili, d'Australie mais pas les vins du Vignoble du faubourg, un producteur local. Le député veut voir dans le prochain projet de loi une obligation plus grande pour la SAQ de faire la promotion des produits d'ici. « La production des différents produits a tellement évolué mais pas nos moyens de distribution » fait-il remarquer.

« On va permettre une nouvelle gamme de permis qui s'appelle le permis de distillerie ». M. Billette y voit là un moyen d'ouvrir une nouvelle activité qui pourrait être basée sur les résidus des producteurs artisanaux.

Mais le plus grand besoin c'est l'ouverture de nouveaux marchés. Quand?  « Le plus vite sera le mieux » souhaite-t-il.