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L’intégration agricole, une vertu pour notre économie ?

Julien MERCIER CARON,

C’est avec le vice-doyen à la recherche et aux études supérieures au Collège en management et études économiques de l'Université de Guelph, Sylvain Charlebois, que nous avons tenté de démystifier certains points de vue de l’intégrateur agricole, un acteur économique d’importance dans l’agriculture québécoise.

 

 

Lorsqu’un investisseur contrôle toutes les étapes de mise en marché d’un produit, c’est un cas d’intégration verticale. Le but étant évidemment de minimiser les coûts de déplacement, de gestion et de production. Ce type de gestion est très efficace dans les situations où de gros investissements sont nécessaires afin de créer un bien. En raison du fait qu’il y a de moins en moins d’agriculteurs, il est donc normal que ceux déjà présents grossissent puisqu’ils doivent servir la même population.

« Ce n’est que le résultat du succès et de répondre à la demande », explique M. Charlebois, qui est un grand fervent de l’intégration agricole. Il continue en  précisant que l’intégration verticale permet à certaines filiales de bien performer, notamment dans le domaine porcin. Il faut noter que cette méthode assure une stabilité économique dans un marché où la demande peut changer selon bien des circonstances (saison, maladies, etc.). L’intégration verticale solidifie la position de l’entreprise et la met en position de force face aux imprévisibilités.»

L’intégration le succès de nos exportations ?
Également, M. Charlebois croit que le Québec peut bien réussir outre-mer notamment grâce à l’intégration verticale des producteurs agricoles québécois. Nous savons qu’un accord de libre-échange a été signé entre le Canada et l’Union européenne et il devrait entrer en vigueur en 2015. Ce traité enlèvera les barrières tarifaires  et en particulier sur les produits agricoles (porc, bœuf, fromages, etc.). Bien que des cahiers des charges doivent être établis et respectés, les gros joueurs québécois auront moins de difficultés à s’implanter en Europe, notamment en raison de l’importance de nos organisations agricoles croit le chercheur.

De plus, M. Charlebois ne croit pas que les plus petits joueurs du marché agricole vont disparaître en raison de l’intégration. En effet, le professeur de l’Université de Guelph explique que le marché tend à se fragmenter et les gens recherchent des produits de plus en plus spécifiques.  «Je ne crois pas à l’homogénéisation du marché, les consommateurs veulent toujours quelque chose de nouveau. Les petits abattoirs locaux, par exemple, offrent des produits nettement différents et c’est pourquoi ils existent encore et qu’il en faut plus », explique-t-il.

Les aides aux petits avant les gros ?
Le point où les gens accrochent sur les intégrateurs, c’est celui de l’aide de financement de l’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA), qui vise à garantir aux agriculteurs un prix minimal par animal pour couvrir les coûts de production dans une ferme typique. En raison des lois existantes, les producteurs intégrés reçoivent des compensations financières de la part du gouvernement, bien qu’ils soient souvent les plus gros acteurs économiques.

Selon M. Charlebois, le programme de financement de l’ASRA est tout simplement mal développé. Il est normal qu’une entreprise jouisse des avantages d’une loi si elle est éligible. Le vice-doyen poursuit en affirmant que cette situation n’aurait jamais dû avoir lieu et, bien qu’il soit contre ce type de financement public, il affirme que les plus petites entreprises et les opérations indépendantes devraient en bénéficier avant les plus gros producteurs pour des raisons de survie.

M. Charlebois indique également que l’intégration verticale ne s’applique pas à toute agriculture et que cela entraîne un effet négatif majeur s’il est mal contrôlé. Par exemple, si l’offre dépasse la demande, alors le prix devient dérisoire. Ainsi, si le prix d’un kilo de viande x devient nettement inférieur en magasin au coût de production réel, alors le gouvernement compense avec un chèque aux producteurs pour pallier la différence. Et le prix bas ne stimulera pas pour autant la demande du produit, donc un double effet négatif.

Nous voyons donc des industries maintenues artificiellement en vie avec ce type de financement puisque le consommateur ne paie pas le vrai prix de son produit et cela nuit à l’ensemble des fermes québécoises, puisqu’on ne vend pas à un prix adéquat. Le professeur conclut en affirmant qu’on devrait simplement répondre à la demande du marché. Il aurait été intéressant d’obtenir l’opinion d’un intégrateur agricole, cependant aucun de ceux contactés n’a voulu s’exprimer publiquement sur le sujet. Il aurait été intéressant qu’il nous explique leur rôle de moteur économique dans certaines régions rurales du Québec où ils sont à l’origine de nombreux emplois de l’industrie agroalimentaire.

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