RSS
Vue Mobile
| Abonnement | Journal virtuel

Entre trop humide et trop sec

Nathalie GENTESSE, M.Sc., agr. ,

Aux Émirats Arabes, on a trouvé le moyen de faire tomber la pluie sur commande. Ici, le problème, c’est plutôt de l’arrêter quand on a de l’ensilage au champ et de déjouer les variations d’humidité du climat. 

L’humidité dans les ensilages, ce n’est pas si simple à gérer. Fruit du hasard ou réalité trop fréquente, j’ai visité, dans une même journée, Serge qui était confronté à servir à son troupeau un ensilage trop sec (55% de matière sèche) et Hubert aux prises avec un ensilage trop humide (22% de m.s.).

Serge comprend bien l’importance d’un chantier rapide pour minimiser la présence d’air dans l’ensilage et favoriser sa fermentation rapide. Le transport des voitures est bien coordonné à la vitesse de la fourragère, qui est synchronisée avec celle du râteau. Toutes les superficies sont fauchées la veille pour garder le chantier actif la journée suivante. Mais, le temps étant très séchant, et une fois les premiers voyages ensilés à une matière sèche idéale, il s’est vite retrouvé à récolter de l’herbe trop sèche, malgré le fonctionnement optimal du chantier. Dans le silo, un ensilage contenant moins de 50% d’humidité fermente très peu. Moins d’acides produits, combinés à un hachage relativement long et à une quantité d’air imprégné dans la masse entretient le développement de moisissures, de levures ou de bactéries qui génèrent de la chaleur et causent des pertes de nutriments importantes.

Les vaches diminuent leur consommation lorsqu’elles consomment un ensilage trop sec et qui chauffe, ce qui réduit leur production de lait. De plus, la protéine contenue dans un tel ensilage est moins disponible pour les animaux, ce qui demande une correction de la ration.

Un meilleur contrôle de l’humidité de l’ensilage aurait été obtenu en répartissant la fauche sur deux jours. Serge aurait aussi pu hacher l’ensilage plus court ou alterner l’ensilage avec des champs plus humides pour améliorer la compaction. Finalement, l’utilisation d’un acide organique aurait pu réduire la survie des organismes néfastes à la conservation et qui causent le chauffage de l’ensilage.

De son côté, Hubert s’est fait prendre par une journée humide où il a dû ensiler avant l’orage. Encore heureux que la fermentation butyrique ne se soit pas développée, comme c’est souvent le cas dans les ensilages avec moins de 30% de matière sèche. L’acide butyrique prédispose les vaches à l’acétonémie et on doit absolument éviter de servir un tel ensilage aux vaches en préparation au vêlage ou en début de lactation. Une fauche en andains larges aurait diminué la durée du séchage de 35%. Les rayons du soleil ne peuvent pas pénétrer à l’intérieur des andains étroits et volumineux. Quelques modifications à la faucheuse et l’ensilage aurait été exposé plus uniformément au soleil et au vent. Il est également recommandé de relever la barre de coupe à 10 cm. Ainsi, l’air circule mieux sous l’andain à travers les chaumes ce qui accélère le séchage. Quand le sol est humide et que la fauche est courte, l’ensilage absorbe l’humidité du sol et tarde à sécher.

Selon le type d’entreposage, l’ensilage d’herbe haché devrait contenir entre 32 et 40% de matière sèche. En plus de favoriser la compaction dans le silo, le développement des bactéries qui fermentent l’ensilage sera optimal. Compartimenter un gros chantier en deux plus petits, ajuster la faucheuse pour des andains larges et une coupe plus haute, utiliser des additifs de conservation font partie des méthodes pour obtenir l’ensilage avec une matière sèche idéale.