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Le Canada : gestionnaire ou scout?

Pierre NADEAU ,

On a toujours tendance à mieux aimer les gens bonasses que ceux qui ne s’en laissent pas imposer. Au même titre, on aime les pays selon les mêmes critères. A l’étranger on aime le Canada car il ne dérange pas. Certains diront qu’il est bonasse et souffre du syndrome du scout en culottes courtes qui veut plaire à tous à l’encontre de ses propres intérêts. À l’opposé, l’Europe n’a jamais souffert de ce syndrome, jamais. Et, c’est tout en son honneur d’être un sérieux compétiteur mondial. 

Ce qui m’amène à parler des contingents d’importation de produits alimentaires et en particulier des nouveaux contingents de fromages qui deviendront disponibles l’an prochain. Depuis la signature de l’accord commercial entre le Canada et l’Europe  le ministère des Affaires étrangères du Canada accordera 17 700 tonnes de contingents de fromage européens. Le Canada normalement devrait  protéger l’intérêt des nôtres en tout premier, mais un petit doute persiste, en raison surtout du manque d’empressement de nos élus à reconnaître l’ampleur des effets négatifs de cet accord sur l’industrie.

Au Canada, nous avons plusieurs fabricants de fromages européens, c’est-à-dire, des fabricants dont la maison mère est en Europe. Vous comprendrez qu’ils désirent obtenir des contingents de fromage pour importer leur propre fromage européen chez nous. Cette forme d’intégration verticale de leur part renforcerait leur marché et affaiblirait encore plus les intérêts des fromagers canadiens.

Les détaillants détiennent déjà un énorme pouvoir. Doit-on leur en donner encore plus ?

Nous avons aussi plusieurs détaillants alimentaires nationaux (par ex : Sobeys, Loblaw, etc.)  qui souhaitent importer des fromages européens sans intermédiaires. Une autre forme d’intégration. Plus les détaillants auront un accès privilégié à des fromages subventionnés et par conséquent des fromages moins chers, plus les fromagers canadiens  auront de la difficulté à maintenir leur prix face aux détaillants. Les détaillants détiennent déjà un énorme pouvoir de négociation face à une industrie qui ne peut survivre sans accès à leurs tablettes. Doit-on leur en donner encore plus?

Il existe plusieurs autres catégories de personnes qui voudront obtenir des contingents de fromages européens, mais rien ne pourra mieux servir nos intérêts nationaux que de les accorder aux canadiens qui sont déjà dans l’industrie du fromage. C’est logique et naturel.

A date, c’est ce qui semble poindre à l’horizon, c’est aussi une mesure plus typique de celle qu’adopteraient les autres pays dans une situation semblable. Si c’est le cas : bravo! En agroalimentaire le Canada doit chercher à se faire respecter et respecter ses électeurs. S’il désire absolument se faire aimer par le plus de monde possible, qu’il le fasse dans d’autres secteurs moins névralgiques de notre économie.