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Le gaspillage alimentaire : Une affaire de tous!

Yvon PICOTTE ,

En septembre 2013, une pétition de 18 097 signataires a été déposée à l’Assemblée nationale du Québec demandant au gouvernement d’obliger les supermarchés tels Maxi, IGA ou Métro à donner leurs invendus encore consommables à des banques alimentaires.

Plusieurs d’entre nous sont fort préoccupés du gaspillage alimentaire et conviennent de la pertinence d’explorer rapidement des solutions et des moyens de diminuer davantage les pertes alimentaires et de combler les besoins criants de tant de familles au Québec.

Plusieurs d’entre nous sont fort préoccupés du gaspillage alimentaire et conviennent de la pertinence d’explorer rapidement des solutions et des moyens de diminuer davantage les pertes alimentaires et de combler les besoins criants de tant de familles au Québec.

Saviez-vous que, contrairement à ce qui est véhiculé dans certains médias, les champions du gaspillage ne sont pas les détaillants en alimentation, mais bien nous tous en tant que consommateurs.

Rappelons qu’au Canada, seulement 11 % du gaspillage alimentaire est attribuable aux détaillants et 51 % aux consommateurs.  Au Canada, selon une étude de 2010 du Value Chain Management Center,  c'est 27 milliards $ en nourriture qui disparaît chaque année, soit près de 2 % du produit intérieur brut annuel et 33 % des aliments produits. Annuellement, au Québec, c’est plus de 32 000 tonnes d’aliments comestibles qui sont jetées aux ordures par l’industrie agroalimentaire. De plus, les Québécois perdent en moyenne 771$ par année en nourriture jetée, soit 2,5 fois plus que chez nos voisins du sud.

Cela fait de nous les champions du gaspillage alimentaire. Peut-on être fier d’un tel gaspillage alors que plus de 400 000 personnes dont près de 150 000 enfants ont faim, en ce moment, au Québec? Même si elles subviennent à quelque 1,6 million de demandes d’aide alimentaire d’urgence par mois, les banques alimentaires ne parviennent à combler que de 50 à 65 % des besoins réels.

Du côté de l’environnement, l’enfouissement de la nourriture jetée entraîne des coûts exorbitants pour notre société. Parmi ces coûts, on parle d’une augmentation considérable des émissions de méthane (puissant gaz à effet de serre) et d’une consommation inutile d’eau, de terre cultivable, d’emballage et d’énergie.

De telles statistiques sont alarmantes! Collectivement - gouvernement, associations caritatives, milieu des affaires - nous devons nous engager et trouver une façon d’engager les consommateurs dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. Il faut également mettre en place et faciliter plus d’initiatives de parrainages entre les supermarchés et les banques alimentaires.

Les supermarchés sont les premiers à vouloir éviter le gaspillage alimentaire et ils sont nombreux à soutenir diverses initiatives locales ; développer des partenariats avec les organismes locaux (bon d’achat, cueillette organisée, etc.), transformer les produits en fin de cycle (plats préparés, sauces, etc.) et composter. Bref, les initiatives sont nombreuses et variées. 

Dans notre recherche de solutions, il faut également s’assurer que les banques alimentaires aient les capacités organisationnelles et logistiques leur permettant d’accepter les dons. La situation est complexe et, aussi attrayantes soient-elles, les solutions mises de l’avant ne doivent pas se faire au détriment de la sécurité et de la salubrité des aliments.

Depuis peu en France, les supermarchés ont l’obligation légale de donner leurs invendus à des organismes caritatifs ou de les valoriser. Bien que l’idée soit empreinte de bon sens, l’approche, aux dires des détaillants français, n’est pas la bonne puisqu’elle engendre de nouvelles contraintes et de la paperasserie supplémentaire.

Soucieux de trouver des solutions novatrices et à long terme, en janvier 2015, le réseau des Banques alimentaires du Québec a proposé au gouvernement Couillard d’accorder un crédit d’impôt destiné aux agriculteurs et transformateurs d’aliments au Québec qui font des dons de produits aux banques alimentaires.

La réponse du ministre des Finances a été positive dans le dernier budget. Nous devons espérer que ce crédit d’impôt permettra de solutionner deux problèmes en un : d’une part, de lutter contre le gaspillage alimentaire; d’autre part, d’augmenter et d’assurer un meilleur approvisionnement en quantité et en qualité aux banques alimentaires.

Après tout, la lutte contre le gaspillage alimentaire, c’est l’affaire de tous et non uniquement du côté du gouvernement, des supermarchés et des détaillants!