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Les producteurs de lait n'ont pas d'autres choix

Yannick PATELLI ,

NDRL : Suite aux différentes chroniques du Dr Sylvain Charlebois dans notre publication, les avis sont partagés parmi nos lecteurs mais plusieurs même en désaccord avec sa vision nous félicitent de publier son argumentaire. Nous avons voulu aller plus loin et lui poser des questions sur l’après Gestion de l’offre, si cette période survient.

 

 

1- Au regard des drames qui surgissent en Europe depuis la fin des quotas, que pensez-vous de cette crise ?

Il faut faire attention ici. Il ne faut pas croire tout sur internet. Ce n’est pas une crise qui prévaut en Europe mais plutôt une période de transition. Les producteurs les plus affectés par le prix du lait sont ceux qui n’ont pas su bien se préparer au libre-marché, point. Ils ont eu 12 ans pour s’ajuster à des conditions différentes. Mais les pays où l’agriculture de métier est toujours prédominante, certains ajustements n’ont pas été effectués. J’ai récemment rencontré des producteurs allemands et français et c’est le jour et la nuit. Bref, les producteurs français, surtout, tentent d’en faire une crise politique pan-Européenne. Mais sur le terrain, la situation reflète une autre réalité. En Allemagne, par exemple, on semble accepter que les lois du marché mènent la filière à vivre des cycles, comme dans d’autres secteurs de l’économie. En Hollande, au Danemark et en Allemagne, surtout, les producteurs sont plus optimistes. En attendant, en France où l’économie ne va pas très bien et le taux de chômage atteint un niveau record, les contribuables se demandent si le problème ne représente pas un puit sans fond.  

2- Ne risque-t-on pas de vivre la même chose au Québec et est-ce, ce que l’on veut pour la province ?

Nous risquons de vivre un peu la même chose, si notre préparation est inadéquate. Il nous faut une feuille de route qui est à la hauteur de nos ambitions, tout en étant réaliste. Par exemple, d’émettre comme condition que tous les producteurs doivent survivre serait une grave erreur. Certains producteurs n’ont pas la capacité organisationnelle et professionnelle de suivre, simplement dit. Alors il va falloir être honnête avec nous-mêmes. Mais nos fermes disparaissent malgré la gestion de l'offre. Ensuite, il faut établir des programmes ayant comme objectif d’augmenter la productivité de nos fermes. Nos fermes sont présentement très efficaces, mais elles ne sont pas productives. Les couts de production dans le domaine laitiers sont parmi les plus élevés au monde. Pour devenir compétitif, il faut que cela change. 

3-Une fois les quotas éliminés, prônez-vous l’aide aux agriculteurs par subvention et, dans ce cas, n’est-ce pas aussi coûteux ou plus coûteux pour le contribuable/consommateur ?

L’élimination des quotas au Canada à court terme serait une erreur. Il va falloir alléger le régime actuel en adoptant quelques mesures importantes. Le prochain chapitre de la gestion de l’offre mérite une réflexion pancanadienne, bien formulée pour le bien-être de nos producteurs agricoles affectés. Pour se protéger du marché américain, le maintien des quotas actuels est peut-être souhaitable, mais des mesures incitatives de compétitivité sont nécessaires pour s’ouvrir au monde. Par exemple, il va falloir penser à créer une nouvelle catégorie de quotas vouée à l’exportation tout en diminuant les tarifs à l’importation. Bien sûr, des programmes seront nécessaires pour inciter les producteurs à innover, et développer de nouveaux marchés. 

4- Vos détracteurs se demandent si on a  la certitude que le consommateur payera moins cher dans un libre marché alors qu’ailleurs on voit que ce sont les distributeurs qui augmentent leur marge ?

Pour les prix au détail, il peut se passer plusieurs choses. Par contre, une fois les quotas abolis, il est presque certains que les prix à la ferme baisseront. Sûrement que les transformateurs augmenteront leur marge, de même que les distributeurs. Certains producteurs sont actionnaires ou sociétaires de ces entreprises, il faut bien le rappeler. Ces sommes seront vraisemblablement réinvesties en développant de nouveaux produits. Pour les producteurs, il va falloir apprendre à négocier. Par contre, négocier son prix est un art dont la majorité des producteurs laitiers n’ont jamais eu la chance de maîtriser. Dans un environnement compétitif, il est important d’apprendre à le faire. Ce sera un nouveau jour pour eux.

5- Le partenariat Transpacifique fort probablement avantageux pour des secteurs actuellement libre comme la canneberge sera-t-il rentable pour des secteurs vivants sous gestion de l’offre depuis 40 ans ?

Il faut être stratégique. Essentiellement, les producteurs laitiers n’ont pas d’autre choix que le changement : la gestion de l’offre sous sa forme actuelle, inflexible et inadaptable, doit être améliorée. Sinon, nous risquons de prendre une grande partie de notre capacité de production domestique, même si la gestion de l’offre demeure intacte. Pendant des années, les producteurs laitiers ont cru que tout changement à la gestion de l’offre, si minime soit-il, porterait un coup fatal au régime. Compte tenu de la dépendance très marquée de l’économie canadienne à l’égard des échanges commerciaux, la gestion de l’offre pourrait bien disparaître un jour. Toutefois, la création d’une nouvelle classe de lait récemment ainsi qu’une diminution du prix du lait à la ferme laissent penser que les producteurs laitiers sont maintenant prêts à reconnaître la nécessité d’assouplissements dans certaines circonstances.

6-   Si des secteurs comme les oeufs ou la volaille peuvent mieux s’en sortir de par le fait que le contrôle se fait par des oligopoles, en sera-t-il de même  dans le secteur du lait alors qu’on risque de voir disparaitre des centaines/milliers de fermes qui sont encore dirigées par des entreprises familiales ? Doit-on oeuvrer différemment entre les oeufs/volaille et le lait ?

Les couts de production sont nettement plus compétitifs au sein des autres filières. Ces secteurs peuvent concurrencer contre les américains. Pour le secteur laitier, c’est différent. 

7- Si on doit de mettre fin à la gestion de l’offre, quelle méthode préconisez-vous pour rembourser la valeur des quotas ?

Je suggère de mettre fin au système de quotas.