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Qui savait pour l’importation de protéines laitières ?

Yannick PATELLI ,

EXCLUSIF / Sylvie D’Amours, critique en matière agricole à la Coalition Avenir Québec (CAQ) a souhaité faire sa rentrée parlementaire avec La Vie agricole. C’est donc à son bureau de l’Assemblée nationale que nous avons pu nous entretenir aujourd’hui avec elle des grands enjeux politiques et économiques à venir en agriculture cette année. Le moins que l’on puisse dire c’est que nous avons à faire à une politicienne qui n’a pas la langue dans sa poche. Rafraichissant !

``Je me demande pourquoi la vérité décriée par les agriculteurs ne se rend pas aux politiciens``, nous dit-elle d’entrée de jeu. Elle a assisté comme La Vie agricole à la réunion de Lachute où des producteurs ont vivement critiqué leur Fédération, Les Producteurs de Lait du Québec. Elle s’interroge d’ailleurs à savoir pourquoi, le ministre Paradis, qui dit rencontrer des producteurs toutes les semaines, ne serait pas au courant de l’importation massive de protéines laitières par des transformateurs canadiens, et s’il l’est, pourquoi, tout comme la Fédération, il n’en a pas parlé.

Deux discours qui ne se rejoignent pas !

`` Ce que je constate de positif, dit-elle, c’est qu’à Lachute, ce sont des jeunes qui sont allés au micro. Ils sont éduqués et informés.`` De Bruno Letendre qui craint de voir déclarer le fromage comme ``produit dangereux`` en appelant à Santé Canada pour informer de la possible présence d’hormones de croissance dans les substances laitières importées qui se retrouvent dans nos yaourts et nos fromages, elle déclare :`` C’est n’importe quoi !``

Mais pour elle, les producteurs sont des battants et la gestion de l’offre ne tombera pas.`` La gestion de l’offre ne tombera pas parce que les producteurs vont essayer de s’en sortir. À Lachute cette semaine, l’expert parlait chiffres et les agriculteurs parlaient de leurs sentiments. Il y a là deux discours qui ne se rejoignent pas. Il faut les écouter et je me demande pourquoi le ministre Paradis n’a pas encore de Plan B.``

Elle aborde une solution potentielle :`` Ne peut-on pas permettre de faire une brèche et permettre l’achat direct à la ferme. Certes dans la gestion de l’offre, le dossier est fédéral mais comme province, on a un bout de chemin à faire!``

Le PQ à l’origine du problème

``Quand j’entends André Villeneuve du Parti Québécois se plaindre, j’aimerais lui rappeler que c’est Mme Marois qui a signé l’accord pour faire entrer 17 000 tonnes de fromages au Québec! Nous devrions plutôt nous joindre à l’Ontario et faire valoir notre masse critique comme producteurs de lait au Canada.``

Syndicat unique, un autre problème ?: ``L’UPA ne travaille plus pour les producteurs ``

Elle nous confie d’emblée sur la question du monopole syndical : ``J’ai déjà dit à Marcel Groleau : Sais-tu que L’UPA est sur la corde raide et il m’a dit ``OUI``.

Elle ajoute : ```L’UPA choisit ses batailles en fonction de son image et des relations qu’il entretient avec le gouvernement. L’UPA ne travaille plus pour les producteurs``

Elle avoue ensuite :`` Il est vrai qu’en tant que CAQ, on n’a pas encore statué sur le pluralisme syndical. Je ne peux pas m’avancer là-dessus tant qu’une décision démocratique n’est pas prise au parti. Mais il est vrai que si Paradis lance une offensive officielle, on devra prendre une position officielle.``

UPA : Plus de fermes, c’est plus de cotisations !

Elle nous précise toutefois que l’UPA dans son développement, en inversant la pyramide de décisions, nuit aux producteurs :`` L’UPA, lui défend les petites fermes par souci pour la relève mais aussi parce que plus de fermes, c’est plus de cotisations.`` L’UPA n’est plus ce qu’il était, nous dit la critique en matière agricole de la CAQ : `` Il y a eu une transition au fil des années. Le syndicat de base avait une force qui se transmettait au régional puis au provincial Avec L’UPA du futur, on a inversé et c’est la propagande du provincial qui prend le dessus. Les agriculteurs n’ont plus de voix. C’est ça L’UPA du futur!``

Tous d’accord: Pas d’accaparement des terres.

Si au départ Mme D’Amours rechigne un peu à nous parler du rapport à venir sur l’accaparement des terres, elle nous glissera quand même que le consensus est au moins acquis sur un point, il n’y a pas d’accaparement des terres au Québec.`` Il reste encore une ou deux rencontres avant le rapport. Ce que je peux vous dire, c’est que tous les partis sont unanimes sur le fait qu’il n’y a pas d’accaparement des terres au Québec. Ceux qui achètent des terres, ce sont de gros producteurs Québécois qui achètent leurs voisins plus petits. Ce qui est vrai, c’est que cela pose un problème pour la relève quand vient le temps de racheter une grosse ferme. Cela va prendre des aménagements, pour que dans le futur, dans le cas de revente, cela puisse se scinder à nouveau.``

``Dans le dossier de l’érable, ça ne tient pas la mise en marché actuelle !``

Sur le dossier des producteurs de sirop d’érable, elle se désole que M.Steve Côté n’ait pu être entendu par la Cour suprême. `` Ce qui se passe avec lui, c’est décevant car ça ne tient pas la mise en marché actuelle.``

Elle nous précise :`` Un autre producteur, Roch Dubeau de Saint-Eustache m’a confié qu’on leur avait vendu l’agence de vente comme la gestion de l’offre du lait. Il m’a dit que Lemieux était parti sur une ``chire`` et que ça a voté à main levée sans documents.``

Elle s’offusque encore plus lorsqu’elle relate le cas de producteurs qui attendaient encore en 2015 des paiements de 2009. ``Certains en 2015 n’avaient pas encore été payés de 2009 et on vidait leurs barils pareil années après années ! Je suis du coup très contente que le ministre Paradis ait commandé un rapport sur l’industrie. Mais j’ai demandé à M.Gagné s’il avait une job à perdre en lui rappelant que le dernier qui a fait un rapport sur l’érable a perdu la sienne.```

Paradis a-t-il menti sur les régions ?

Sur le financement des expositions, le blocage de l’argent au niveau des associations de races, la petite phrase du ministre Paradis sur le potentiel retour des casinos forains et l’envie de certains de voir revenir le jugements des animaux dans la Capitale nationale, elle nous a confié :`` Je crois qu’il faut revoir la mission des expos en général et les moderniser plutôt que de revenir en arrière. Si leur mission était de faire connaitre le monde agricole à la population en général, ils ont raté leur shot !``

Quant à la rumeur venue à nos oreilles sur la fermeture éventuelle des bureaux régionaux du MAPAQ, elle s’est exclamée :`` Le ministre Paradis a dit en études de crédits qu’il allait s’assurer que toutes les régions auraient un bureau et au moins une ressource pour guider les producteurs. Si ce n’est pas le cas, il aura menti!`` conclut-elle.