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À la ville comme à la guerre

Mathieu BOCK-COTE ,

J’étais de passage à Paris dans les deux semaines qui ont suivi les attentats du 13 novembre. C’était un hasard du calendrier. On arrive rarement dans un pays en pleine crise historique. Et on le voit se relever en direct. C’est ce qui est arrivé en France. Les premiers jours, le pays se terrait. Du moins, c’est ce qu’on m’a raconté. Rien de plus normal. Une semaine plus tard, si le pays était toujours traumatisé, il avait trouvé la vigueur nécessaire à la riposte.

Une chose est certaine, dans l’esprit des Parisiens: il y aura, tôt ou tard, de nouveaux attentats. Il faudra s’y habituer, vivre à l’israélienne, dans une ville où de temps en temps, des bombes sauteront et des hommes mitrailleront les restaurants. C’est plus facile à dire qu’à faire. Et pourtant, les Parisiens, spontanément, l’ont fait. La vie devait reprendre ses droits. On ne peut pas passer sa vie aux abris.

Lorsqu’on est attaqué, on brandit spontanément le drapeau. Il annonce la résistance et la riposte. Le tricolore, longtemps abandonné à la droite populiste, a été redécouvert par les Français. De même, on a chanté la Marseillaise. Un peuple doit avoir de vrais symboles autour desquels se rassembler. C’est une question de survie. Des milliers de Français ont répondu à l’appel du drapeau en prenant les armes.  

Et pourtant, même s’ils ne s’effondrent pas, les Français ont quand même peur. Qui pourrait le leur reprocher? Après Washington, Londres et Madrid, on comprend bien que toutes les grandes métropoles occidentales sont ciblées. Théoriquement, une bombe peut sauter dans chacune d’entre elles. Un jour, ce pourrait bien être le tour de Montréal. Surtout que le terrorisme islamiste mise sur des fanatisés de l’intérieur pour frapper.

Du coup, la province apparaît comme un havre. On s’imagine se replier, si les choses virent mal, vers l’arrière-pays. C’est l’imaginaire des profondeurs. On présente souvent la province, ou comme on dit chez nous, les régions, à un réservoir de vitalité pour la nation. C’est là que les traditions seraient vivantes, qu’elles seraient déposées. C’est vers la province, autrement dit, qu’il faudrait se tourner pour renaître.

C’est aussi là qu’on trouve un refuge pour sa famille, en espérant lui épargner la violence de ce nouveau champ de bataille de la guerre que sont les grandes villes. Mais un de mes interlocuteurs craignait une nouvelle poussée islamiste, qui frapperait une petite ville qui se croit à l’abri des horreurs. Le message serait le suivant: personne n’est à l’abri. Il n’y a plus de sanctuaires en France.

Thomas Hobbes l’avait noté dans le Léviathan, la peur de la mort violente est enfouie dans la conscience humaine. C’est la peur primitive. La vocation d’un ordre politique civilisateur est de la transcender, de créer un environnement sécuritaire pour ceux qui y participent. La violence doit être refoulée dans les marges. Aujourd’hui, elle resurgit au cœur de la cité dans sa forme la plus barbare. C’est pourquoi on peut parler d’une guerre contre le monde civilisé.