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La FPAQ alignée sur l’Arabie Saoudite !

Adrien POULIOT ,

La prestigieuse revue américaine The Economist comparait récemment la situation du pétrole et celle du sirop d’érable.  Qualifiant la Fédération des producteurs acéricoles du Québec (FPAQ) d’OPEP du sirop d’érable, la revue compare la stratégie de l’Arabie Saoudite à celle de la FPAQ. 

 

Des prix élevés entrainent l’émergence de nouvelles productions

Ayant maintenu des prix élevés depuis des années, les pays producteurs de pétrole ont encouragé l’émergence de nouveaux concurrents et de nouvelles technologies, comme la fracturation hydraulique, qui ont inondé le marché de nouvelles productions.  L’OPEP a ainsi vu sa part de marché diminuer de 6% depuis deux ans.  La même situation se produit pour le sirop d’érable. 

La production de sirop américain a crû de 21 millions de livres en 2012 à 35 millions en 2014.  Les prix élevés encouragent la substitution.  Comme dans le marché de l’Énergie, les prix élevés du pétrole encouragent la production d’énergies alternatives (nucléaire, charbon, hydro-électricité, énergies vertes), les prix élevés du sirop encouragent la consommation de « sirop de poteau ».  Aux États-Unis, la marque Aunt Jemima vend plus de sirop de canne que toutes les marques de sirop d’érable confondues! 

Et même si la Fédération tente de vanter les mérites de l’érable sur la santé, elle n’a pas réussi à développer de nouveaux marchés.  Le volume d’exportation demeure fixe à environ 26 millions de livres depuis une décennie et 85% des exportations vont à l’Europe et aux États-Unis., la même proportion qu’en 2008.  La production continue de dépasser la demande et la réserve stratégique de la FQPA dépasse 25 millions de livres, l’équivalent d’une année complète de production.

À mesure que la production américaine augmente, on peut envisager trois scénarios pour l’avenir : (1) la Fédération devra diminuer les quotas des producteurs; (2) la Fédération devra augmenter sa réserve stratégique; ou (3) la Fédération devra consentir à baisser les prix. 

Réfléchir à l’éclatement du cartel de l’érable

Les deux premiers scénarios permettront aux américains d’augmenter encore plus leur part de marché car on maintiendra des prix élevés pour nos concurrents.  La troisième option n’est pas nécessairement meilleure, demandez à l’OPEP!  Les pays producteurs de pétrole ont décidé de baisser les prix pour tuer les concurrents ayant un coût de production plus élevé que le leur.  Mais cette stratégie a fait très mal et les membres de l’OPEP ont vu leurs revenus baisser, dans certains cas de 50%.  Oui, certains producteurs qui ont des coûts élevés ont fermé boutique mais cette stratégie pourrait ne pas fonctionner dans le cas du sirop d’érable car le coût de production du sirop d’érable des américains est très bas et il est douteux qu’une baisse du prix les forcerait à cesser leur exploitation.

Nos producteurs acéricoles doivent donc réfléchir à la viabilité à long-terme du modèle d’affaires cartellisé québécois dans un environnement concurrentiel et dans le contexte d’une globalisation imparable des marchés.