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Après le PTP : trois questions à Charlebois !

Yannick PATELLI ,

La Vie agricole a rejoint en décembre Sylvain Charlebois en Europe dans le cadre de ses recherches. Par téléphone, il  nous a parlé de son analyse de l’entente TransPacifique et de quelques perceptions du monde agricole. Sans être pour l’abolition de la gestion de l’offre, il milite pour sortir du statu quo! S’il est conscient que certains chercheurs sont pour le maintien tel quel de la gestion de l’offre et d’autres pour sa disparition totale, lui se dit réaliste et dans le juste milieu.

Yannick Patelli : Pouvez-vous nous confirmer que vous évaluez l’ouverture des marchés supérieure au 3,25 % qui circule selon certaines sources et quelle analyse du
PTP vous amène à cette compréhension ?

Sylvain Charlebois : Pour ce qui est des œufs et de la volaille j’arrive au même chiffre que le gouvernement mais pour le lait c’est plus difficile à évaluer. Selon qui on consulte, on parle de 3 à 18 %.Au final, pas grand monde sait combien de lait entrera au Canada. Je pense que 4 % est l’ouverture réaliste ce qui n’est pas négligeable puisque c’est le double de l’entente Canada-Europe. Mais il faut comprendre que ce n’est pas la même chose que d’entrer du lait ou du fromage, un kilo de mozzarella peut représenter 8 litres de lait.

YP : Deux sources nous disent qu’avant le 19 octobre, date des élections, le
gouvernement a remis le document de l’entente du PTP aux différents
syndicats agricoles du Canada donc incluant la fédération des producteurs
de lait du Québec (PLQ). En avez-vous eu écho ? Si tel est le cas, comment
expliquer que les leaders syndicaux et responsables des fédérations n’aient
pas parlé à leurs producteurs inquiets?

SC : Je pense que vos sources ont raison. J’ai entendu la même chose. Je questionne l’intérêt des leaders syndicaux. Ils étaient à Atlanta. Ils ont eu accès aux ministres. Pourquoi ils n’ont pas communiqué à leurs membres ? Je suis déçu. Ils avaient accès aux documents et on dirait qu’ils ne savent pas trop comment les interpréter.

YP: Quelle est votre réaction à voir dans La Presse ces derniers jours que le
gouvernement Trudeau pourrait ne pas reconnaitre les compensations de 4,3
milliards promises par le gouvernement précédent aux producteurs sous gestion
de l’offre ?

SC: Je pense que la décision est sage. Ce serait signer un chèque sans savoir comment aider les filières. Il faut avant tout une vision. Une vision avant un montant ! Il faut d’abord comprendre les intentions et les objectifs mais avec le PTP c’est tout le contraire. Je suis en Europe actuellement et ici on sait qu’il faut aider des gens à sortir de la filière car le libre-marché ce n’est pas pour tout le monde. Et oui dans ce cas-là, il faut aider à la reconversion. Savez-vous que dans les documents du PTP, on ne voit même pas mentionné le mot gestion de l’offre ?

Il faut aller vers une gestion de l’offre 2.0 comme le document de l’Union paysanne que j’avais signé avec Jean Pronovost. Et la première cible au changement c’est la Commission canadienne du lait (CCL). Je ne suis pas contre la gestion de l’offre. Y mettre fin serait utopique mais il faut qu’elle change. De même que je sais que M.Groleau croit que je suis contre L’UPA. Je ne suis pas contre L’UPA, je suis contre le monopole comme Jean Pronovost. Pour ce qui est des importations de protéines laitières, probablement qu’elles existent, mais c’est normal que les transformateurs veuillent de la compétition.