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Le réseau tentaculaire de l’UPA: promouvoir l’hégémonie du monopole

Jacques Cartier ,

La Loi sur les producteurs agricoles adoptée par le gouvernement du Québec en 1972 impose depuis près de 45 ans une seule association syndicale agricole accréditée afin de représenter l’ensemble des producteurs agricoles québécois. Les pouvoirs politiques et financiers accordés par le gouvernement au syndicat unique accrédité ont permis à l’Union des producteurs agricoles (UPA) de déployer un réseau tentaculaire à travers tout le Québec. 

La participation humaine et financière de l’UPA dans les milieux scolaires, cégeps, ITA et universités permet d’y promouvoir la doctrine de l’accréditation unique. Grâce à une participation à des instituts de recherche publics (CRAAQ, IRDA) ou privés (IRÉC), l’UPA parvient à dicter les projets qui méritent ou non de voir le jour, voire même d’en faire les promoteurs du pouvoir de contrôle de l’UPA, comme dans le cas du dossier de la SADAQ moussé par l’IRÉC.

S’approprier le développement des territoires ruraux

Le réseau tentaculaire de l’UPA est aussi fort actif à l’échelle municipale où l’objectif consiste alors à s’approprier le développement de l’ensemble des territoires ruraux. Par exemple, les agriculteurs siégeant sur les comités consultatifs des MRC doivent être choisis à partir d’une liste de noms dressée par l’UPA. L’élaboration et l’implantation des plans de développement de la zone agricole à l’échelle des MRC doivent également se faire avec la participation de l’UPA. Le syndicat accrédité est aussi le seul intervenant reconnu, au nom des agriculteurs, de toutes les demandes d’autorisation adressées à la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ). L’UPA possède également un droit de veto sur l’implantation de résidences en zone agricole dans le cadre de l’article 59 de la Loi.

Dominance de l’UPA sur l’échiquier provincial

La dominance de l’UPA sur l’échiquier provincial est bien connue. Elle participe directement à la gestion de fonds publics du gouvernement du Québec, comme à La Financière agricole du Québec.

Elle possède le statut de représentant unique des agriculteurs auprès de la Régie des marchés agricoles et agroalimentaires (RMAAQ) ou de la CPTAQ. Encore plus pernicieuse, elle s’adresse alors souvent à des anciens administrateurs ou employés de l’Union qui, suite aux recommandations de l’UPA, sont désormais commissaires, régisseurs ou travailleurs de la CPTAQ et de la RMAAQ.

L’UPA, accès direct aux caucus des partis politiques

Elle donne son opinion monopolistique, au nom de tous les producteurs, dans toutes les commissions parlementaires, auprès des autres ministères (économie, environnement, etc.) en plus de celui de l’agriculture ou encore dans le cadre de rencontres privées prébudgétaires ou sur d’autres sujets avec les députés et les caucus des partis politiques.

L’UPA s’impose au nom de tous les producteurs dans la stratégie phytosanitaire du Québec,  chez Agri-Traçabilité Québec, etc. Elle s’active aussi sur les dossiers fédéraux,  dont à l’intérieur de la Fédération canadienne de l’agriculture.

Le contrôle de l’UPA est également promu par ses tentacules médiatiques présents dans les médias écrits et parlés, alors qu’elle possède son propre organe de presse (La Terre de chez nous) et travaille stratégiquement auprès de grands médias, allant jusqu’à commanditer des émissions télévisuelles.

Une hégémonie réelle par des décisions gouvernementales

L’hégémonie du syndicat unique accrédité, dont les coûts astronomiques doivent être supportés par les agriculteurs du Québec, est uniquement possible en raison des décisions du gouvernement du Québec. Les lois et règlements votés par ce même gouvernement obligent les producteurs à verser à l’association accréditée une cotisation annuelle (Loi sur les producteurs agricoles).

La place privilégiée occupée par l’UPA au sein des offices de commercialisation lui permet aussi de déterminer des contributions à tous les producteurs des secteurs spécialisés.

Le Gouvernement joue également le jeu du syndicat unique en rendant l’admissibilité des agriculteurs au programme gouvernemental de remboursement des taxes foncières tributaire du paiement de la cotisation de l’UPA, ou encore en permettant d’exclure des programmes de sécurité des revenus les producteurs n’ayant pas payé leur contribution syndicale à la satisfaction de l’UPA.

L’accréditation unique n’est plus un système adapté à la diversité de l’agriculture.

Le Conseil des entrepreneurs agricoles est d’avis qu’il est fondamental que les agriculteurs soient très présents et écoutés à l’échelle politique et dans la société québécoise. Cependant, l’accréditation unique ne peut être un système adapté aux réalités de l’agriculture d’aujourd’hui tournée vers les communications, la diversification des marchés et la diversité de l’agriculture. Une seule vision et un seul porte-parole ne peuvent répondre à ces objectifs! Les entrepreneurs agricoles n’en ont certainement pas pour leur argent !

La vie démocratique de l’UPA démontre d’ailleurs que sa position autocratique et monopolistique ne rejoint plus les préoccupations et les réalités des producteurs agricoles. Un grand nombre de producteurs ont déserté les assemblées syndicales dont le taux de participation, bien souvent, ne dépasse pas les 4 ou 5 %.

Un régime qui suscite une crainte silencieuse !

Confrontée aux opinions contraires des agriculteurs, l’UPA s’est dotée d’un régime disciplinaire (Code d’éthique des administrateurs) qui lui permet d’expulser unilatéralement un administrateur, même si celui-ci a été élu démocratiquement par ses confrères pour les représenter.

Avec une telle dérive, il ne faut donc pas se surprendre qu’il n’existe nulle part ailleurs, dans le secteur agricole ou dans tout autre secteur privé et public d’une société démocratique, un tel cas d’association syndicale unique accréditée de cette ampleur. Comment se fait-il que nous acceptions de maintenir un régime qui suscite une crainte silencieuse, notamment auprès de la classe politique et agricole ?

Aujourd’hui, pour répondre à leurs besoins, les entrepreneurs agricoles peuvent choisir librement leur agronome, leur vétérinaire ou leur notaire. Il est urgent qu’ils retrouvent la liberté de choisir et surtout de cotiser à l’organisation accréditée de leur choix.

Le réseau tentaculaire de l’UPA, rendu possible grâce à un régime datant d’une autre époque (1972), pose aujourd’hui des enjeux économiques, éthiques et démocratiques importants. Il est impératif que les parlementaires révisent la Loi sur les producteurs agricoles de même que les autres dispositions législatives afin de reconnaître la place d’autres syndicats agricoles et leur assurer un financement adéquat.