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L’accaparement des terres agricoles: un mythe qui sert bien des intérêts

Yan TURMINE, agr.,

Le dossier de l’accaparement des terres agricoles excite l’imaginaire de bien des personnes. L’augmentation des dernières années des prix des terres agricoles alimente bien des convoitises, et des opinions. Les rumeurs vont bon train, des Chinois qui nous envahissent à la finance mondiale qui est sur le point de tout acheter. Le moindre cas anecdotique d’achat de terre par un non-agriculteur devient un plan diabolique de rachat massif de terres agricoles. Il est cependant assez surprenant de voir, chercheurs et politiciens alimenter cette machine à rumeurs, par des projets de protection de nos terres et par des analyses pseudo-scientifiques. Il est aussi tout aussi surprenant de ne voir aucune statistique de cet accaparement.

L’augmentation des prix des terres est bien réelle, le prix de bonnes terres a explosé ces dernières années, après plus de 30 ans de stagnation. Le prix des céréales élevé et l’appétit des producteurs pour augmenter leurs superficies cultivables sont les grands responsables de cette flambée des prix.

L’annonce par un courtier de l’intérêt ferme d’un acheteur chinois pour des terres agricoles au Québec a semé l’émoi. Le stratagème de l’acheteur intéressé par votre propriété qu’utilisent bien des courtiers pour inscrire votre propriété a malheureusement laissé sur leur appétit bien des vendeurs. Mais ces vendeurs peuvent se consoler. À en croire une étude de l’IREC (Institut de recherche en économie contemporaine), il semblerait que la finance mondiale s’intéresse à leur lopin de terre.

Des éléments pris hors contexte
Cette étude, commandée par l’UPA, prend la plupart du temps des éléments pris hors contexte afin de tirer des conclusions. Par exemple, on utilise des statistiques d’accaparement des terres dans d’autres pays, plus particulièrement dans des pays du tiers monde pour conclure que l’on a un problème d’accaparement des terres ici au Québec. Nulle part dans l’étude on ne fait référence à des statistiques d’un tel phénomène au Québec.

Autre analyse de ce rapport, le fait que les fonds d’investissement gèrent 23.000 milliards de dollars sur la planète est suffisant pour les identifier comme responsables de la spéculation des terres agricoles au Québec, sans plus d’analyse. Il est surprenant qu’un institut de recherche ait pu publier un rapport avec aussi peu de rigueur scientifique. Pourtant l’IREC arrive à la conclusion que l’état devrait créer une société parapublique (pourquoi parapublic?) afin de réglementer les transactions des terres agricoles aux Québec. Une deuxième étude de l’IREC fait la promotion de cette société, une SADAC. On prend pour exemple et modèle la SAFER, une société fondée en France en 1960 pour gérer les transactions foncières agricoles. Selon l’IREC, cette SADAC renforcera et modernisera notre bonne vieille loi sur la protection du territoire et des activités agricoles de 1978.

Un autre moyen de nous taxer !
De toutes les époques il y a eu des acquisitions de grands blocs de terres agricoles et forestières par de grandes fortunes. On n’a qu’à penser à l’acquisition de l’Île Anticosti (790.000 hectares) par Henri Menier en 1895, au domaine SAGAR (21.000 acres) par la famille Desmarais en 1988. Plus prêt de nous l’acquisition de terres agricoles (5000 acres) par la Banque Nationale au Lac St-Jean. Ces cas, comme bien d’autres, sont anecdotiques et dans bien des cas se sont soldés par des échecs (que ce soit le cas de l’Île Anticosti revendue en 1926 ou celui de la Banque nationale qui a revendu ses terres après à peine deux ans d’exploitation). Ils ne représentent en aucun cas un problème généralisé d’accaparement des terres agricoles. Une autre étude sur le problème d’accaparement des terres commandé par le gouvernement au groupe CIRANO conclut d’ailleurs qu’il n’y a pas de problème d’accaparement des terres au Québec. Si vous faites comme moi et regardez autour de chez vous, oui le prix des terres a augmenté, mais pas de chinois, pas de grands investisseurs, seulement des entreprises agricoles qui veulent grossir. Alors pourquoi une SADAC? Nous protéger des investisseurs et de la spéculation ou plutôt un nouveau moyen de nous taxer, intéressez-vous à ce dossier et vous aurez la réponse !

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