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Le SIROP D'ÉRABLE libre! 15 ans plus tard!



Le système de production et de mise en marché du sirop d'érable, instauré par l'UPA ces dernières années, est remis en question par un rapport qui mélange malheureusement un peu trop libéralisation de la mise en marché avec ouverture de la gestion de l'offre à la production et mise en marché de niche et de proximité. L'UPA est dans tous ses états, cite les chiffres de performance de l'industrie et crie à la démolition du système de mise en marché collective, et même à la remise en question de son monopole syndical. Elle passe sous silence, évidemment, l'acharnement judiciaire et financier scandaleux qu'elle n'a cessé de mener contre ceux qui tentent de contourner ses cartels rigides de mise en marché.

De 2001 à 2004, comme président de l'Union paysanne, j'ai fait la lutte contre l'implantation d'une agence de vente obligatoire et du contingentement dans le sirop d'érable, avec 400 acériculteurs-paysans et libres de tout le Québec, regroupés dans la jeune Union acéricole paysanne. Toute une lutte où il n'y a pas eu que des mots. Malheureusement, criblés de poursuites et de dénonciations à l'impôt par l'UPA, ces vaillants guerriers que je n'oublierai jamais furent forcés de négocier leur reddition.

Ce que le rapport Gagné et le ministre Paradis expliquent aujourd'hui, c'est mot pour mot ce que nous disions et demandions à l'époque, et ce que le rapport Bolduc avait proposé à la ministre libérale du temps, Françoise Gauthier, mais le rapport Bolduc fut jeté à la poubelle la veille de sa publication suite à une rencontre personnelle de la ministre avec le président de l'UPA d'alors, Laurent Pellerin.

Le rapport Pronovost (2008) a lui aussi recommandé plus de souplesse dans le régime de la gestion de l'offre, qui est excellent pour ceux qui vendent en vrac, mais ne convient pas à ceux qui font une production de créneau ou une mise en marché de proximité, de même qu'aux entrepreneurs-transformateurs autonomes. Un carcan inutile imposé pour assurer à l'UPA un contrôle absolu sur la production, qui a fini par faire l'affaire de nos voisins..

Ce qui est clair, c'est que le sirop d'érable est devenu un gros business, ce qui, pour moi, est loin d'être une bonne nouvelle. J'ai compris depuis longtemps que de vouloir manger des fraises ici au mois de janvier ou du homard n'importe où et n'importe quand, de vouloir vendre du porc et du sirop d'érable à  tous les Japonais, ça peut bien augmenter le PIB, mais ça contribue rapidement à concentrer la production au détriment des artisans et des petits producteurs locaux, à dénaturer le produit , à dégrader la ressource et l'environnement où celle-ci est exploitée. En d'autres mots, c'est une croissance illusoire et insoutenable.

Entre-temps, le sirop d'érable, qui est par nature un produit paysan de terroir, est devenu un produit de luxe standardisé, trafiqué et dénaturé, qui n'a plus aucun rapport avec le goût du pays et le marché local. La cabane à sucre elle-même est en voie de disparition. Même celle du grand chef Picard est sur tubulure, osmose inversée et contrôle électronique.

Pour une fois, le ministre Paradis ira-t-il au-delà des beaux mots ? C'est beau de japper pour la galerie, mais il faut mordre de temps en temps. En soi, cette nouvelle est une bombe pour l'UPA, et une grenade entre les mains du gouvernement et des partis politiques, qui sont incapables de résister à l'UPA, parce que c'est trop gros, trop fort, trop riche, trop dangereux.

Roméo Bouchard