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Les protéines laitières américaines contournent la gestion de l’offre: le gouvernement fédéral complice?

Gérard SAMET ,

Ils sont tous contre la libre entrée du lait diafiltré au Canada: le Gouvernement du Québec, l’UPA, les Producteurs de lait du Québec, l’industrie de la transformation laitière.Tous ou presque: Agropur, mais pas Parmalat ni Saputo !

Le lait diafiltré est cette protéine américaine, dérivée du lait, et qui rentre librement au Canada, parce que les douanes et l’Agence canadienne des aliments (ACIA) ne veulent pas la considérer comme un produit laitier.

Le lait diafiltré ? C’est un extrait de lait, idéal pour produire du fromage ou du yaourt. Il est bon marché et remplace avantageusement les produits canadiens sous gestion de l’offre, qui sont plus chers. Résultat, près de 20 000$ de perte annuelle pour une ferme laitière au Québec, soit la moitié du revenu de plusieurs familles productrices.

Agropur reconnaît que 12 % de ses importations sont du lait diafiltré

Les entreprises de transformation (Agropur, Saputo ou Parmalat par exemple) achètent du lait diafiltré au détriment des producteurs canadiens ou québécois. Un produit américain, fait seulement pour le Canada et qui échappe aux contraintes de la gestion de l’offre !  Selon Serge Riendeau, Agropur en compte jusqu’à 12% dans l’ensemble de ses importations.

Que fait alors Agropur au côté des anti-importations ?

Alors comment expliquer la présence côte à côte du ministre Pierre Paradis, de Marcel Groleau, le patron de l’UPA, de Bruno Letendre, président des producteurs de lait du Québec et de Serge Riendeau, président d’Agropur coopérative laitière, dans une action commune pour s’opposer au lait diafiltré ?

Agropur, une coopérative de producteurs, défend la gestion de l’offre. Mais si les douanes ne respectent pas les normes canadiennes et laissent entrer cette protéine, elle est obligée d’en acheter pour rester une industrie compétitive dit-elle.

La seule solution : les mêmes règles pour tous. Il faut donc soumettre ce produit aux quotas et aux taxes. Alors, les transformateurs n’en achèteront plus au bénéfice des producteurs d’ici.

Le consommateur au final ne devrait pas voir les prix augmenter, selon Agropur, qui pense que les détaillants feront des remises. Les fermes familiales seront alors sauvées.

Oui, mais comment faire bouger les choses ?

Le ministre Paradis est impatient, mais il n’a pas les pouvoirs du gouvernement fédéral. Selon lui, le nouveau gouvernement libéral s’était engagé à protéger la gestion de l’offre.

L’affaire serait administrativement assez lourde : quatre ministères fédéraux impliqués, la décision finale celle du premier ministre Trudeau. Si compliquée que cela ?

Ni l’UPA ni le ministre Paradis ne veulent annoncer d’autres actions pour faire pression sur le fédéral.

Leur conférence de presse commune devrait, selon eux, suffire et inciter le gouvernement canadien à accélérer le mouvement. Le ministre de l’agriculture fédéral est un ancien agriculteur, qui a compris les enjeux dit-on.

Mais le temps est très long et beaucoup de producteurs agricoles souffrent.

D’autres actions et moyens de pression ne sont pas exclus, selon M. Groleau, si M. Trudeau n’agit pas.

Pourquoi cette lenteur et cette inaction ?