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``Trudeau laisse les producteurs de lait crever!``

Constance PARADIS ,

Pierre Girard de la ferme Éolienne à La Baie a déclaré à La Vie agricole : ``J'ai bien peur que Trudeau se soit fait dire par Obama : Les producteurs de lait, laisse-les crever!``. Mais il insiste, il tient mordicus à ce que l’on garde le logo de la petite vache bleue pour ne pas que le consommateur achète de la ``marde``.

Trudeau loin de la chose agricole

``Quand j'ai vu Trudeau avec Obama devant le kodak à la télé et qu'ils ont parlé de beaucoup de choses mais pas de nous ; j'ai bien peur qu'il se soit fait dire: les producteurs de lait, laisse-les crever! Pourtant pendant la campagne électorale, il a dit que ça devait être réglé et rien n'est fait. Trudeau est très loin de la chose agricole. Par contre je dois dire que nos députés Denis Lemieux (député libéral de la circonscription de Chicoutimi-Le Fjord à la Chambre des communes du Canada) et Jean-Claude Poissant (député libéral de la circonscription de La Prairie à la Chambre des communes du Canada et secrétaire parlementaire du ministre de l'Agriculture et de l'Agro-alimentaire Lawrence MacAulay) comprennent bien les producteurs de lait et qu'ils essaient de régler. Ils ne sont cependant pas premier ministre``, a précisé Pierre Girard.

Et il ajoute : ``Je ne sais pas si Trudeau a bu du lait quand il était bébé. Il a du être élevé au caviar. Il ne comprend pas l'importance de l'agriculture à travers le pays. L'agriculture ça a toujours été la classe la moins respectée. Les deux ministères se lancent la balle. Je vous dis que si c’était une question de selfie, on réglerait le problème très vite``.

Fier de sa fédération

``Je suis 100% en arrière des Producteurs de lait du Québec (PLQ). Je suis fier d'eux et du travail qu'ils font. Nous on est des propriétaires d'entreprise. La négociation avec le gouvernement Les Producteurs de lait du Québec (PLQ)  la font pour nous. On les a élus. On ne peut pas régler les problèmes sur le trottoir. Je suis très critique et très exigeant mais je suis fier d'eux et du travail qu'ils font. Ils travaillent très fort. Cette année, ils ont toute une année. Je suis 100% en arrière de mon organisation`` nous a précisé Pierre Girard.

La petite Vache bleue, il faut la garder !

``Ceux qui ne sont pas purs aimeraient qu'elle disparaisse. Ils ne veulent pas qu'on sache qu'ils vendent de la marde. La petite Vache bleue, il faut la garder! Il y a en a qui voudraient qu'elle disparaisse mais ce ne sont sûrement pas des producteurs de lait. Ce ne sont pas des purs ! Ce sont des transformateurs, des industriels dont les produits ne sont pas canadiens à 100%. Ils ne veulent surtout pas qu'on sache qu'ils vendent de la marde``, déclare le producteur de La Baie.

``Les consommateurs savent et doivent lire! C'est la seule manière pour le consommateur de voir  qu'ils leur vendent du n'importe quoi. Plus la liste des ingrédients est longue; plus on risque d'y trouver de la cochonnerie qui va vous rendre malade et vous donner le cancer. Je ne vous dis pas qu'on est parfait mais on fait notre possible pour l’être. Les consommateurs ont le choix entre acheter un produit idéal ou n'importe quoi. On ne se laissera pas faire! On ne les laissera pas faire tomber ce système-là! On va se défendre! On a un bon appui de la part de nos transformateurs régionaux qui nous aident à monter ce qu'on défend``, dit-il.

Avant c’était l’inverse

``Dans quelques années il ne restera pu personne, pu de transformateurs locaux et pu de producteurs de lait. Moi je vends du lait et plus de gras que de protéines. Avant c’était l'inverse! On ne veut me payer que le gras puisque les protéines les gros transformateurs la prennent des États-Unis, sous une autre appellation, un autre nom. Elle change de nom et on ne fait pas respecter nos normes de composantes``.

Vers la fin des producteurs de lait en région

Pierre Girard est inquiet pour l’avenir de la vitalité des régions au Québec : ``Les gros transformateurs des régions qui sont autour de Montréal, près des lignes frontalières et dans le Centre du Québec n'ont pas la même vision et la même opinion que nous. Nos transformateurs à nous, en région, ils n'ont pas accès à cette protéine concentrée de lait, le lait diafiltré, car ils n'ont pas assez un gros volume de production. Cette protéine ne se conserve d'ailleurs pas très longtemps, seulement de 24 à 48 heures. Ils n'en utilisent pas. Nos transformateurs ne pourront donc pas être compétitifs et il n'y aura plus de transformateurs de lait en région. Ensuite, on nous dira que le lait est trop loin pour aller le chercher et qu'on va le prendre en usine. Ce sera la fin des producteurs de lait en région``.

Une vraie vie de vache

``Dans les journaux on ne mentionne pas que, contrairement aux États-Unis, dans nos fermes il n'y a pas de pollution.   J'ai 1 200 acres de terre. Mes vaches, elles vivent leur vie de vache. Elles sont libres et vont se faire traire 4 à 5 fois par jour. On a des robots pour la traite et elles ont accès à la traite 24 heures par jour. Elles ne sont pas entassées les unes sur les autres, sans pouvoir bouger et  avec des pis énormes et gonflés comme c'est le cas dans des fermes aux États-Unis qui ont 25 000 vaches. Ici, on a le bien-être de nos vaches à cœur``.

Dire la vérité

La protéine concentrée des États-Unis contient de la somatropine, une hormone de croissance rappelle M.Girard. ``Nous, c'est défendu. Ici, on a la santé des gens à cœur. On se fait dire qu'il faut être compétitif. Ça veut dire qu'il faudrait accepter ça ? C'est une question de vision de l'agriculture, de comment on la voit et la veut !``

``Au Québec, on a des normes et c'est défendu de donner de la somatropine, une hormone de croissance, à nos vaches. Eux, aux États-Unis, ils ont le droit et ils le font. Le lait diafiltré en contient donc. Par conséquent, les consommateurs en mangent dans les produits transformés qui contiennent cette protéine de lait importée. Nous, on a la santé des gens à cœur. Cette hormone de croissance -là ça fait grossir le bétail et aussi les êtres humains. C’est pour ça que les américains sont si gros``.

Ramasser des vaches plutôt que de devenir millionnaire !

Et il conclut notre entretien par ce cri du cœur : ``J'aime regarder mon entreprise ! J'aime ce que je fais. J'ai de la relève. Je suis la 5e génération sur la ferme familiale. Mon père a 90 ans et il travaille encore avec nous. Ma fille Jade ainsi que ma nièce et son chum travaillent sur la ferme. Ce sera la 6e génération. Moi j’étais 1er de classe même si je n'allais à l’école que 4 jours par semaine. J'aurais pu étudier pour devenir médecin. Je préférais ramasser les vaches plutôt que d’étudier. J'ai choisi de travailler fort pour un salaire de misère plutôt que d'essayer de devenir millionnaire. J'aime regarder mon entreprise ! J'aime ce que je fais même si on a parfois des journées difficiles par exemple, quand une vache se blesse ou qu'elle meurt.``