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Lait: l’après-crise, vers plus de lait à moins cher !

Yan TURMINE, agr. ,

Lorsque la crise d’importation de lait diafiltré sera terminée, les producteurs se retrouveront devant tout un défi : produire plus de lait à un prix possiblement moindre. Les signes de règlement sont là : une opinion publique qui commence à poser des questions, les gouvernements qui s’y intéressent et de gros joueurs comme Agropur qui reculent après des mois à justifier leur décision d’utiliser du lait diafiltré importé*.

Le peu de scrupules des grands industriels laitiers, coopératives incluses !

L’importation de substances laitières reste une menace majeure pour l’intégrité de la gestion de l’offre dans le lait. C’est une menace beaucoup plus grande et plus immédiate que la signature des ententes de l’accord Transpacifique ou du traité avec l’Europe.  Cette crise est d’autant plus choquante qu’elle a mis au grand jour un laxisme de l’appareil gouvernemental devant la voracité et le peu de scrupules qu’ont nos grands industriels laitiers, coopératives incluses, pour interpréter des règlements à leur profit.

Le consommateur tenu dans l’ignorance et avenir incertain de la petite  vache bleue !

La fin de cette crise laissera malheureusement des traces. Les grandes laiteries ont largement profité de l’accès à de la matière première pas chère et aux juteux profits. Elles ne lâcheront pas le morceau. On entendra sûrement que l’accès à cette matière première bon marché est une question de survie, et que compétitivité oblige, elles n’ont pas le choix d’y avoir accès ou du moins à quelque chose d’équivalent.  Il faut donc s’attendre à des prix de lait payés aux producteurs, moins chers, et des volumes en forte hausse. Pour le consommateur peu de changement, il n’a rien vu et on le tient le plus possible dans l’ignorance, quitte à faire disparaître la petite vache bleue.

Quota de mise en marché en hausse

Le quota de mise en marché est déjà en hausse, et il le sera probablement en très forte hausse, à mesure que les importations de lait diafiltré diminueront. Déjà en février 2016, il est  hausse de plus de 3% comparativement à janvier 2016, du jamais vu !  Les nouveaux prix de soutien de la CCL ( Commission canadienne du lait) en 2016 pour le beurre sont en hausse à 7.78 du kg, un sommet. En 2000 il était de 5.54. Quant au prix de soutien 2016 de la poudre de lait écrémé, il est en chute libre, il passe de 6.31 du kg à 4.41 du kg, un creux historique depuis 2000.

Au final, plus de lait à moins cher qui profite aux actionnaires et aux… économistes !

Dans tout ce dossier, les grands transformateurs auront réussi à faire baisser le prix de leurs matières premières, les producteurs auront comme prix de consolation la possibilité de faire plus de lait. Pourquoi? Certains économistes essaient de nous faire croire que c’est le consommateur qui en profitera, malheureusement non puisque le prix est réglementé et que l’on n’entend pas trop les laiteries s’en plaindre. En fin de compte qui en profite ? Les actionnaires des grands industriels et les économistes qu’il faut bien payer pour leurs précieux conseils.  

*Au moment d’écrire ces lignes, Agropur vient de décider de ne plus importer de lait diafiltré pour 3 mois.