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Impact des élections aux États-Unis sur notre agriculture

Pierre NADEAU ,

Les 40 millions d’Américains qui vivent dans les petites villes et zones rurales sont plus nombreux que la population entière du Canada. Il est difficile de croire qu’après six mois de primaires des deux parties hautement médiatisées et impliquant autant d’états qu’on en connaisse si peu sur leurs positions concernant l’agriculture et l’agroalimentaire.

On sait que les principaux meneurs: Hilary Clinton chez les démocrates, Donald Trump et Ted Cruz chez les républicains s’opposent au Partenariat Trans Pacifique (PTP), mais il n’y a rien de chirurgical ou de reconnaissable dans leurs doléances. Hillary Clinton  qui a déjà soutenu le PTP affirme qu’elle a changé d’idée suite  à de nouvelles informations, mais insiste sur le besoin pour son pays de continuer à faire des échanges avec les étrangers. Trump affirme que le PTP est une « terrible affaire » (surtout à cause du Japon et potentiellement la Chine) et qu’il renierait même l’ALENA à moins que le Mexique accepte de renégocier. Il déclare que les ententes ne sont pas bonnes pour le pays et mauvaises pour les travailleurs.

Ted Cruz voulait sévir contre ceux qui emploient des immigrants illégaux même si son rival allait beaucoup plus loin. Cruz en général, s’opposait à tous les subsides y compris en agriculture (il a voté contre le Farm Bill en 2014 et contre les subsides du sucre), les domaines de l’énergie et l’éthanol. Il considère que les baisses de taxes sont plus justes pour tout le monde.

La position de Donald Trump sur le renvoi des 11 millions d’immigrants illégaux aurait un impact majeur sur les fermes américaines s’il devenait Président. Certains analystes estiment que 1,4 million d’immigrants sans papiers travaillent sur des fermes, ce qui représenterait 50% de leur main-d’oeuvre. Même si Trump atteignait la moitié de ses objectifs pour les travailleurs illégaux, le prix de production de presque tous les aliments augmenterait grandement aux États-Unis, ce qui aurait pour effet de rendre tous les autres pays plus compétitifs. Advenant un tel scénario, même s’il est difficile d’y croire, les pays producteurs de fruits et légumes, de soja, de maïs, etc. seraient les premiers à en profiter.

Nous savons qu’Hilary Clinton veut renforcer les communautés rurales par des investissements en infrastructures et par des crédits de taxes. Elle souhaite aider les nouveaux agriculteurs, favoriser les mesures de leadership en faveur de l’assainissement de l’air (énergies vertes), offrir un meilleur accès au crédit, renforcer les banques rurales, offrir des crédits de taxes aux communautés rurales qui ont un niveau de revenus plus bas, renforcer les programmes d’octrois de l’ USDA, améliorer un filet de sécurité pour agriculteurs, rendre l’éducation plus accessible pour ces communautés et améliorer l’accès à leurs soins de santé.

L’approche de Trump sur les ententes internationales et face au Mexique, à la Chine et peut-être à d’autres pays mérite un second regard. Il veut renégocier et imposer de nouveaux tarifs d’importation.  Ce n’est pas conforme aux ententes déjà signées. Il faut se rappeler que nos deux pays négocient continuellement sur une multitude de sujets qui nous touchent, que ce soit au niveau des ententes, de règlements, de reconnaissance d’équivalences de règlements, de normes et de procédures en alimentation ou à la frontière. Cette approche pourrait-elle percoler jusqu’à ce niveau?

Finalement, ce qu’on devrait observer attentivement si Trump devenait Président, ce serait le type de leadership qu’il pourrait exercer en façonnant une nouvelle mentalité auprès des Américains dans leur commerce avec les étrangers. Je pense à des pratiques qu’on évite généralement avec des partenaires de longue date ou celles qu’on n’enseigne pas dans les hautes études commerciales.