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Face à l'importation, il y a une marge de manœuvre

Jean-Pierre LEMIEUX ,

À L’Isle-aux-Grues la production de 3 millions de litres de lait produits permet de faire 270 tonnes de fromage par année. « C'est une usine artisanale, mais qui pourrait produire quatre fois ça » tout en restant artisanale selon le directeur de marketing de la fromagerie, de L’Isle-aux-Grues, M. Daniel R. Leduc.

Répétant son intention de développer une « orientation client », M. Leduc remarque : « La fromagerie était un producteur et laissait la commercialisation des produits à d'autres. Quand on voit les chiffres, on se dit que le marché est porteur, ce n'est pas un marché qui va planter. On sait que les quotas vont entrer et vont prendre la grande majorité de cette croissance-là, mais il reste quand même une strate qui est assez grosse pour pouvoir se développer ».

Sur quoi se base sa confiance en l'avenir ? Voici l'analyse que fait M. Daniel R. Leduc. Au Canada c'est une industrie de plus de 3 milliards $ et les grands sont Saputo, Agropur, Parmalat/Lactalis, Kraft et Arla. En comparaison, selon les chiffres fourmis par M. Leduc, il y a environ 100 fromagers artisanaux. La coopérative de l'Îsle-aux-Grues est dans le groupe productrice d'environ 5 millions de litres de lait, avec un groupe de 88 producteurs pour une production d'une valeur de 132M$.

Il y a la place pour innover

« Les microfromageries européennes ont une problématique qui est semblable à la nôtre : ils sont régionaux, ils ont accès à un approvisionnement limité par leur capacité de transformation et c'est dans ces microfromageries que l'on trouve l'intérêt de la découverte, de la nouveauté ». M. Leduc constate que pour les Européens qui voudront « avoir une place dans les quotas d'exportation la compétition sera forte contre les grosses entreprises qui vont vouloir miser sur le volume ». M. Leduc ajoute : « Les quantités importées seront limitées, mais représenteront la nouveauté, à nous d'innover ».

Les plus gros producteurs participent déjà dans l'importation. La question se posait : « Est-ce que j'embarque dans le train ou j’attends juste me faire frapper par le train »? Rien n'est finalisé, mais M. Leduc indique qu'il pourrait y avoir des quotas autorisés pour les petits fromagers. « Le gouvernement semble vouloir s'assurer une répartition équitable de l'attribution des quotas d'importation » dit-il.

En plus d'innover, il faut, selon M. Leduc, « entrer dans le merveilleux monde de la mise en marché ». Sa stratégie « orientée client » se base sur une analyse du marché dont il nous a fourni quelques données. Selon ses chiffres : deux tiers des Québécois consomment des fromages fins chaque mois, un tiers chaque semaine. M. Leduc en conclut donc que « les fromages fins sont pour tous, et non plus réservés à une clientèle spécifique. Les occasions de consommation sont de plus en plus variées, et non plus limitées juste aux grandes occasions ».

Ne pas craindre l’avenir

En constatant que 51% des achats de fromages se font en supermarché (15% en boutique) et que 75% des ventes en supermarché sont du cheddar (le doux en baisse, mais le mi-fort et le fort en hausse) et des fromages fins, M. Leduc s'exclame : « Ça adonne bien, c'est dans ça qu'on est fort, le marché est là ».

Selon M. Leduc le plan de développement est tracé : « la fromagerie de l'Îsle-aux-Grues doit inclure les grandes surfaces, son élément de différenciation au niveau de ses fromages de spécialité avec des choses que les autres ne font pas, avec des typicités que les autres ne font pas ». Ne manquant pas d'assurance, il ajoute : « Nous serons à armes égales avec n'importe quelle microfromagerie qui va venir ».

Ce n'est pas de la magie, mais il reconnaît que c'est un défi. « On a une opportunité en or de pouvoir rallier les plus allumés de l'industrie fromagère artisanale et fermière, les plus sérieux dans la recherche de la pérennité de leur organisation et travailler ensemble ».

Le détail de ce projet sera connu quand la Société coopérative agricole rendra public son plan de deux ans vers la mise en place d'un « projet unique exclusif d'intéressement à la production laitière ».