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Les Jardins de la justice

Patsy Joncas ,

Situation inquiétante à la grandeur de la planète, la diminution de l’accès aux terres agricoles entraîne des répercussions qu’on ne peut ignorer, et ce, tant au Québec que dans le reste du monde, particulièrement dans les pays du Sud. 

C’est pourquoi, comme il est souligné dans le rapport d’analyse du phénomène d’accaparement des terres agricoles de la Commission de l’agriculture, des pêcheries, de l’énergie et des ressources naturelles (mars 2015), Oxfam, en collaboration avec plusieurs grandes organisations mondiales dont l’Agence canadienne de développement international et l’Union européenne, s’est penchée sur la situation en contribuant à l’initiative de la Coalition internationale pour l’accès à la terre visant à mettre sur pied la plateforme, La Matrice foncière. Cette interface publique a pour objectif de recenser les transactions majeures effectuées dans le cadre d’acquisition de terres sur les cinq continents.

Lancé en 2012, le site permet d’obtenir et de bonifier, en ligne, des données sur les acquisitions de terres à grande échelle. Un premier rapport intitulé Transactions foncières transnationales pour l’agriculture dans l’hémisphère sud (2012) a illustré une forte tendance de l’accaparement des terres, notamment en sol africain.

Constatant cet état de fait, des organismes du Bénin accompagnés par Oxfam-Québec, ont décidé de prendre les choses en main et d’agir à la source en créant le projet Les Jardins de la justice. Pour une période de 24 mois, des Béninoises se sont impliquées pour préserver quelques lots à des fins agricoles. Ainsi, 80 femmes ont pu accéder à des terres communes afin de développer un projet d’agroécologie basé sur les techniques de micro-jardinage permettant la culture d’une grande variété de légumes, racines, tubercules et herbes aromatiques dans des espaces restreints, voire même, dans des récipients comme des caisses en bois ou de vieux pneus!

Ces femmes, souvent confinées à des tâches ingrates sur des terres qui ne leur appartenaient pas et vivants en situation de grande vulnérabilité, ont amélioré leurs conditions de vie ainsi que celle de leur famille tout en contribuant à l’équilibre alimentaire de leur communauté. De plus, elles représentent désormais des modèles forts et inspirants pour les jeunes filles du Bénin.

D’autres projets, par exemple au Honduras, ont permis aux femmes de se porter acquéreuses de terres en milieu rural grâce à des ateliers de formation en techniques agricoles, à l’accès au financement et à la mobilisation pour la défense des droits des agriculteurs locaux. Des petites parcelles de terrains fertiles, des microentreprises agricoles florissantes qui démontrent qu’il est encore possible de mettre son pied à terre!