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OGM : le débat est-il possible ?

Yannick PATELLI ,

Orienter le débat sur les OGM simplement en fonction de la mainmise des multinationales sur les semences rend-t-il service à l’agriculture si cela occulte le débat sur la technologie ?

Le 18 avril dernier, au marché Jean-Talon de Montréal été lancée par Vigilance OGM, une campagne `` Exigez l’étiquetage``. Ils étaient quatre, tels les mousquetaires à défendre le projet : Thibaul Rehn coordonnateur de Vigilance OGM; Normand Laprise, porte-parole et chef du Toqué, classé numéro 1 au Canada, Renée Frappier, présidente de l’Association Manger santé et Serge Viard, producteur montérégien et membre de l’Union paysanne. La campagne, nous a-t-on expliqué, s’inscrit dans un mouvement nord-américain en faveur de l’étiquetage des produits contenant des OGM dans un souci de transparence.

Combat pour la traçabilité

Normand Laprise a alors déclaré : `` Mon combat est en faveur de la traçabilité et de la transparence. J’ai eu la chance d’être élevé sur une ferme où tout était naturel.  L’accès à l’information permet de choisir et de soutenir les producteurs et les produits qui concordent avec nos valeurs``.

Thibault Rehn disait alors: `` La population n’a plus confiance dans l’agriculture industrielle. Il y a un mouvement au sud de la frontière. À partir du 1er juillet prochain, le Vermont va étiqueter les produits contenant des OGM et l’industrie a annoncé qu’elle va s’adapter. Ici au Québec, l’étiquetage des OGM faisait partie du programme de Jean Charest en 2003. On veut que les trois ministres responsables : Paradis, Heurtel et Barette soient ciblés pour les amener à réaliser cette action étiquetage. Notre objectif est que le ministre de l’Agriculture Pierre Paradis dépose un projet de loi``.

Plus de place à l’agriculture locale

Renée Frappier souhaite, quant à elle, une agriculture plus locale et plus biologique.

Serge Viard s’est dit fier d’avoir entrepris le virage vers une agriculture sans OGM et sans pesticides depuis près de 15 ans : `` J’ai décidé de m’orienter vers le biologique il y a maintenant 14 ans parce que je crois que les OGM et les pesticides ne sont pas bons pour l’eau, les sols, la biodiversité et la santé, et on a besoin de tout ça pour faire de l’agriculture. Je suis convaincu que nous devons rapprocher les consommateurs des agriculteurs``.

Selon Vigilance OGM les cultures génétiquement modifiées sont une expérience à ciel ouvert au Canada depuis 20 ans. L’organisme est convaincu que ces cultures profitent plus aux compagnies de biotechnologies qu’aux producteurs. Il demande plus de transparence et considère que l’argument de l’utilisation des OGM pour nourrir la population grandissante de la planète est un faux problème. Pour Vigilance OGM on a les ressources pour nourrir 10 milliards de personnes soit la population estimée en 2050.

Contre le saumon OGM

Le19 mai dernier, Vigilence OGM revient dans les médias avec l’intention d’alarmer l’utilisation des OGM dans les élevages de saumon.

``Nous trouvons déplorable que la population québécoise soit désormais confrontée à la commercialisation d’un premier animal GM dans le monde, approuvé au Canada sans aucune consultation et sans études indépendantes. Cela alors que l’étiquetage des OGM n’est toujours pas obligatoire`` a déclaré Thibault Rehn, coordinateur de Vigilance OGM.

L’organisme a rappellé que dans un sondage Ipsos Reid mené en août 2015 pour le Réseau canadien d’action sur les biotechnologies (RCAB) en partenariat avec Vigilance OGM, près de la moitié des Canadiens et Canadiennes (45%) ont affirmé ne pas vouloir manger de saumon GM et 88% aspiraient à l’étiquetage obligatoire de tous les aliments GM.

``Le gouvernement devrait minimalement mettre en place l'étiquetage obligatoire de tous les aliments génétiquement modifiés dans les plus brefs délais afin que les consommatrices et consommateurs puissent choisir ce qu’ils mettent dans leurs assiettes``, nous a signifié M. Rehn de Vigilance OGM.

Un point de vue différent

Sylvain Charlebois, chercheur universitaire, précise que suite aux décisions du Vermont, le Québec et l’Ontario ont exprimé leurs intérêts de créer l’étiquetage des OGM en Amérique du Nord, mais il ajoute : ``Depuis 1994, la biotechnologie a pris d’assaut le marché en offrant aux agriculteurs des semences génétiquement modifiées, à l’insu des consommateurs. Maintenant, plus de 70 % des produits sur nos tablettes d’épicerie contiennent des ingrédients génétiquement modifiés. Ce n’est pas rien. Certains estiment que c’est plus de 80 % des produits qui en contiennent. Bref, plusieurs consommateurs se sentent menacés par le côté abstrait, voire même obscur, de l’agriculture et exigent que l’industrie soit à l’écoute de leurs préoccupations. Les entreprises en biotechnologie, quant à elles, craignent depuis toujours qu’une telle politique crée une tourmente collective non justifiée. En Amérique du Nord, les instances publiques ont toujours hésité d’aller de l’avant avec une loi audacieuse d’étiquetage, jusqu’à maintenant``.

Il observe un débat archi polarisé au sein de la population sans qu’il y ait une véritable compréhension de celui-ci.

Problème de communication pour les compagnies

``Seules des entreprises œuvrant dans le domaine de la biotechnologie, telle que Monsanto, BASF et Bayer sont à blâmer pour ce désordre. L’arrogance dont ont fait preuve ces entreprises a laissé place à des messages de nature angoissante avec lesquels certains groupes malintentionnés nous martèlent depuis plusieurs années. Le label « frankenfoods » a détruit à tout jamais l’image de certaines entreprises comme Monsanto. Même si la science nous indique que le génie génétique dans nos assiettes ne représente qu’un risque négligeable pour la santé, le doute persiste`` précise-t-il.

`` L’étiquetage obligatoire des OGM n’est pas une question de santé publique. En effet, l’étiquetage des OGM repose essentiellement sur un principe de base en communication du risque : la transparence. C’est un droit fondamental pour les consommateurs de savoir ce qu’ils achètent`` ajoute-t-il.


Les bienfaits des OGM


``Somme toute, la situation actuelle est regrettable puisque la recherche dans le domaine de la biotechnologie a offert à l’agriculture moderne une chance de s’épanouir et de mieux gérer les risques climatiques. Aujourd’hui, notre agriculture est plus performante et permet à des agriculteurs québécois et canadiens de rentabiliser leur ferme. En démystifiant le génie génétique, la valeur perçue d’un produit libre d’ingrédients génétiquement modifiés s’estompera`` conclut-il.

En novembre 2015, la sénatrice Céline Hervieux-Payette confiait à La Vie agricole qu’il est vrai que les OGM peuvent avoir des aspects bénéfiques. ``L’Europe et notamment L’Italie nous achètent notre blé pour ses pâtes alimentaires`` dit-elle. ``Il y a eu sur les OGM, une campagne de peur sans base scientifique. M.Bové* était à la solde d’autres lobbys.`` ajoute la sénatrice qui considère que les OGM n’ont pas été perçus par le grand public à leur juste valeur.

Le 2 juin dernier, Vigilance OGM faisait savoir que le Rapport du Vérificateur général du Québec pour l’année 2016-2017 venait de confirmer la ‘’perte’’ de contrôle de la gestion des pesticides au Québec révélée en automne dernier par des rapports du ministère de l’Environnement sur la vente de pesticides. «L’augmentation des ventes de pesticides se poursuit et les indicateurs de risque qui y sont associés étaient à la hausse en 2014, malgré l’adoption de la première stratégie phytosanitaire il y a près de 25 ans. » (1) souligne ainsi le commissaire Jean Cinq-Mars dans le rapport.

 

*Figure de la bataille anti-OGM en Europe.