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Changements climatiques et rendement agricole : une équation rentable?

Gérard SAMET ,

Les changements climatiques annoncés ne sont pas une fatalité pour l’agriculture. Réfléchir à la façon d’éviter leurs conséquences, comme la sécheresse ou les inondations, peut même améliorer le rendement agricole, la valeur des terres et le paysage!
Tel est le sens du projet de recherche du Prof. Alain Olivier, exposé lors d’un colloque organisé à Montréal par Ouranos, le Centre de la science et de la biodiversité du Québec.

L’une des solutions étudiée est fondée sur l’agroforesterie, c’est-à-dire l’association sur une même parcelle d’arbres et de cultures. L’adoption à grande échelle de l’agroforesterie dans le sud du Québec pourrait permettre, selon le Prof. Olivier, de limiter la dépendance des agriculteurs envers les programmes de gestion des risques.


En plantant des arbres en ligne sur les terres agricoles, on stabilise l’ensemble et on améliore l’intégration des terres, de l’eau et des ressources vivantes, ce qui favorise leur résistance. Le rendement des cultures de la parcelle est aussi plus stable.
Le projet exposé combine une culture fourragère entre des rangées de peupliers hybrides et de chênes rouges, ainsi que des expériences contrôlées en laboratoire.


Des arbres au milieu des champs
Les arbres sont implantés en rangées largement espacées de 12 m, ce qui permet la poursuite des activités agricoles. La diversification permet une meilleure productivité totale si la concurrence exercée par les arbres sur les cultures est bien gérée (racines, eau et lumière). Les variables mesurées portent aussi sur la qualité de la culture, la croissance et le développement beaucoup plus important des arbres, la biomasse et les propriétés biochimiques du sol, la résilience microbienne et la diversité des petits insectes et autres chenilles (microarthropodes). Les bénéfices peuvent être encore plus grands si l'on considère les autres avantages écosystémiques rendus par l’agroforesterie.


Face à une augmentation des épisodes de sécheresse, les microarthropodes pourraient trouver dans l’agroforesterie davantage de ressources organiques nécessaires à leur survie et au maintien de leurs fonctions, très importantes pour protéger l'agroécosystème de nombre de prédateurs.


Les systèmes agroforestiers ont par ailleurs montré une capacité à augmenter la résilience microbienne des sols. Ils ont aussi un effet favorable sur la productivité et la tolérance des cultures à la sécheresse et au surcroit d’eau absorbée par les arbres.
La valeur économique totale des parcelles exploitées en agroforesterie est plus de deux fois plus élevée que dans les monocultures agricoles et forestières séparées. Ainsi par exemple, les gains de productivité de l'arbre permettent de compenser largement le rendement du blé, plus stable, mais inférieur aux bonnes saisons en culture séparée traditionnelle. Et puis, quoi de plus beau dans un paysage que des arbres au milieu des champs?