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Luzerne GM un choix discutable ?

Yan TURMINE, agr.,

Cet été on verra les premières ventes de semences de luzerne génétiquement modifiées se faire.  Cette luzerne sera résistante à l’application de glyphosate, un herbicide à large spectre, bien connu des agriculteurs.  Cette luzerne crée déjà la controverse. Plusieurs voix s’élèvent demandant son interdiction. Une lutte entre les pro-OGM et les anti-OGM. Cependant cette fois-ci les avantages de cette luzerne génétiquement modifiée pour être résistant au glyphosate semblent beaucoup moins évidents. De plus, au-delà du débat sur l’utilisation des OGM, cette luzerne risque d’accroître l’utilisation et la dépendance aux herbicides.

La production fourragère au Québec se fait principalement  sur des prairies d’espèces  pérennes mélangées, des légumineuses (luzerne, trèfle) et de graminées (mil, fétuques, dactyle, brome, etc..).  L’utilisation de mélange comporte de multiples avantages reconnus par la plupart des experts aussi bien au champ que dans l’étable. Dans un champ multi espèces, lorsque qu’une  espèce meurt en partie, une autre espèce prend le dessus, rallongeant ainsi la durée de vie de votre prairie. On a connu d’ailleurs de grandes avancées dans le choix des mélanges ces dernières années : nouvelles variétés plus compatibles en mélanges, meilleur rendement, meilleure persistance  et variétés plus digestibles par les vaches. De plus ces améliorations sont en lien avec une agriculture plus durable, moins de pesticide (herbicide) et amélioration de la structure des sols grâce à l’action mieux connue des différentes espèces.

L’utilisation de semence de luzerne résistant au glyphosate, permettra de mettre en place plus facilement des peuplements purs de luzerne, mais rendra impossible l’utilisation d’autres espèces dans ces champs traités au glyphosate.  En quoi cette luzerne GM est-elle une avancée technologique ? Difficile à dire. Comparativement aux nouvelles technologies disponibles en culture fourragère (et il y a beaucoup de sciences en arrière de ces technologies), c’est plutôt un recul.  Étant donné que la luzerne a du mal à résister à nos hivers, une implantation d’une luzernière  pure risque de se faire annuellement. Il s’agit d’un choix économique et environnemental discutable. De plus pour l’alimentation des vaches un mélange graminée et légumineuse est dur à battre. Encore là le choix technologique de la luzerne GM pure est discutable.

De plus avec l’utilisation de plantes OGM, on a un risque de contamination des plantes de la même espèce par des gênes OGM.  Pas sûr que votre voisin va vous aimer. Particulièrement si c’est un producteur biologique, qui a mis temps et argent dans le développement de son entreprise.  Les organismes de certification biologique devront gérer cela. Les dérogations ne seront probablement pas permises, car elle rendrait la certification bidon face au consommateur (les OGM étant l’ennemi numéro 1 du BIO), ce qui sera catastrophique  pour un producteur bio lors de la contamination d’une prairie par des gênes de luzerne GM.

Avec cette Luzerne GM (résistante au glyphosate), on n’est pas très loin de la définition d’une plante nuisible, par sa capacité à infliger des dommages économiques importants si elle venait à se propager. Son apport semble être plus un recul qu’une avancée technologique dans la gestion des prairies. Dans le débat difficile sur l’acceptabilité des OGM, on n’a pas besoin de ce type d’OGM. Il augmente le cynisme de la population face à ces technologies qui semblent  servir plus  à enrichir des multinationales qu'à améliorer notre quotidien.        

 

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