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Et si on travaillait avec la nature

Simon BEGIN ,

Et si une partie de la réponse à la crise du lait était tout simplement dans la nature, si l’essentiel n’était pas le rendement mais la vache elle-même, sa santé et son bien-être, et si on revenait à ce qu’elle est en réalité, un ruminant bâti pour manger de l’herbe beaucoup plus que des céréales?

Cette vision est celle de la Ferme Pocatoise sise sur les hauteurs de Sainte-Anne-de-la-Pocatière dans le Bas-Saint-Laurent, une ferme laitière biologique comptant 90 vaches en lactation et opérée par les frères Pascal et Charles-Étienne Pelletier, assistés de leur père et conseiller Alphé. 

Le 19 juillet dernier, une soixantaine d’éleveurs de la région à l’invitation des frères Pelletier ont pu apprécier la qualité du troupeau, la richesse des champs et la splendeur des paysages de Kamouraska en même temps que la stratégie simple et audacieuse derrière les succès de cette ferme exceptionnelle.

Non contents de passer du lait traditionnel au lait bio il y a une dizaine d’années, ce qui dénote déjà une bonne dose d’audace, les frères Pelletier ont toujours voulu échapper aux recettes toutes faites, aux dogmes de l’industrie plaçant le rendement avant toute chose et voulant que sans céréale, il n’y ait point de salut.

Ils ont trouvé tout un support en la personne de Stéphane Michaud, leur complice et conseiller de la firme Bélisle Solution-Nutrition,  qui les accompagne depuis huit ans déjà.  M. Michaud a toujours été convaincu qu’il est possible de produire du lait de haute qualité avec une alimentation composée essentiellement des fourrages produits sur la ferme, à la condition que ces fourrages soient eux-mêmes de la plus haute qualité.

Il s’agit d’une approche globale qui associe le travail de la terre, le choix des variétés, l’art de semer le bon mélange dans le bon champ, la conservation optimale des fourrages et une gestion fine du troupeau.  Avec toutes ces variables,  le mur-à-mur des fournisseurs de moulées n’a plus sa place.  Il faut du sur mesure, développé patiemment étape par étape, petits ajustements par petits ajustements, avec son lot d’essais erreurs.

Cette philosophie sort des sentiers battus et, de fait, les frères Pelletier ont dû en surprendre plus d’un en affirmant que le rendement maximum par vache n’était pas leur priorité  et que ce n’était pas si grave s’ils ne produisaient pas 100% de leur quota.  Oui, ils sèment des céréales, du mais fourrager comme police d’assurance «au cas où», du seigle ou de l’avoine pour contrer les mauvaises herbes, implanter les prairies ou pour retenir les sols dans les terrains trop en pente mais leur idéal est une alimentation à 100% à base de fourrage.  Actuellement, ils naviguent autour de 80% et cherchent toujours à  améliorer leur performance.

Pour eux la clé du succès est la santé de la vache qui repose elle-même sur la qualité des fourrages. Et la qualité du lait est à l’avenant : de 1.15 à 1.25 kilo de matière grasse par jour avec une alimentation à 100% fourrage, des vaches avec un cycle de 385 jours entre deux mises bas et qui vêlent presque toujours sans assistance. Depuis qu’ils ont entrepris leur virage fourrager, les frères Pelletier ont augmenté leur troupeau en lactation d’une vingtaine de têtes tout en diminuant leurs achats de concentré de 100 tonnes par année. Imaginez la différence pour la rentabilité de la ferme.

Le clou de la journée

Le clou de la journée a toutefois été la tournée des champs.  Imaginez-vous dans un champ de seigle à hauteur d’épaule, sans mauvaise herbe.  Ce champ a été fait en semi-direct sans travail préalable de la terre et, bio oblige, sans pesticide, herbicide ou engrais autre que le fumier de la ferme. Il faut dire que, de l’aveu même de M. Pelletier père, c’est la plus belle saison de récolte depuis les 44 ans qu’il cultive ces champs.

Les parcelles en maïs, une production «tampon» comme mentionnée précédemment, sont à l’avenant.  Les frères Pelletier collaborent présentement avec Bélisle Solution-Nutrition à l’essai de deux cultivars non-OGM dit super hâtifs mis au point en France et qui cotent à 1 400 et 1 700 unités thermiques respectivement.  Et les résultats sont très prometteurs.

Et que dire des parcelles où trône l’herbe du Soudan, une idée poussée par Bélisle Solution-Nutrition qui fait des merveilles à la ferme Pocatoise.  Dès la première année de récolte, le mélange herbe du Soudan, luzerne et fétuque, une graminée, donne des rendements très satisfaisants. Comme plante abris, l’herbe du Soudan empêche les mauvaises herbes de  s’implanter dans le champ, ses racines aèrent et enrichissent le sol et elle a elle-même une très bonne valeur nutritive.  Et elle vient très bien dans le climat plus froid de l’Est-du-Québec comme les visiteurs de la ferme Pocatoise ont pu le constater.

Le co-instigateur de cette approche globale qui vise l’autosuffisance maximale de la ferme laitière à base de fourrage, Stéphane Michaud, est le premier à reconnaître que la recette qui fait merveille chez les frères Pelletier ne peut pas s’appliquer telle quelle sur une autre ferme, chaque cas étant particulier.  Toutefois, ce qui est commun à tous ses clients qui tentent l’aventure, c’est le goût d’innover, d’essayer et d’apprendre en mettant de côté les recettes toutes faites. Dans cette perspective, il affirme recevoir autant de connaissances de ses éleveurs qu’il peut leur en apporter.