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Les musulmans, l’islam et notre agriculture, quel avenir commun ?

Yannick PATELLI ,

NDLR: La Vie agricole a publié en août 2016 un dossier intitulé, « Les musulmans, l'Islam et notre agriculture». L'attentat terroriste survenu hier à Québec dans une mosquée à l'encontre de musulmans, nous amène à vous proposer d'en reprendre connaissance aujourd'hui. La Vie agricole, média libre et indépendant, favorable au débat d'idées objectif, est attristée de la situation vécue à Québec ces dernières heures et offre ses condoléances à l'ensemble de la communauté musulmane du Québec.

Publié en août 2016 /En cette période où l’Islam et les musulmans font la Une des médias dans le cadre d’attentats terroristes revendiqués par des islamistes radicaux, La Vie agricole a voulu mieux comprendre le lien existant entre les musulmans, l’islam et l’agriculture au Canada et l’agriculture ailleurs dans le monde. La Vie agricole a ainsi tenté de décrypter l’avenir de l’agroalimentaire de niche avec la croissance des produits ethniques et notamment la production halal.

L’agriculture et L’Islam font-ils bon ménage ?

Selon le site internet Islam.org, on déclare: ``La meilleure occupation est l'agriculture, car elle était celle du Prophète, de ses Successeurs et des gens pieux. Selon une tradition authentique, l'Imam 'Ali  travaillait la terre avec une pelle et exploitait des fermes. Selon un hadith, il est dit: «Cultivez la terre et plantez des arbres. Par Allah, on ne saurait accomplir une tâche plus légale et plus convenable que celle-ci». On y suggère même aux agriculteurs de réciter le verset coranique suivant lorsqu’il sème : ``A-fa-ra'ytum mâ tahrûthûna. A-'antum tazra'ûnahu am nahnuz-zâri'ûn``. ( Traduction :Avez-vous vu ce que vous cultivez? Est-ce vous qui ensemencez, ou bien sommes-nous les semeurs ?] (Sourate al-Waqi'ah, 56:63)

Selon  IBN AL RAWANDI* sur le blogue : Islamiquementincorrect.blogspot.ca, l’agriculture ne faisait pas le bonheur du prophète : `` Tout l'enseignement du prophète reste bien imprégné de mépris pour les travaux des champs. Dans le Coran, la croissance des récoltes n'apparaît jamais comme le fruit du travail humain, mais comme la simple expression de la volonté divine(par exemple XXVI, 33 à 36 ou encore LVI, 64-65-Dieu est le véritable semeur) et l'aspect anti-paysan se manifeste encore plus librement dans les hadiths. Le prophète voyant un soc de charrue, aurait dit:" Cela n'entre jamais dans la maison des fidèles sans qu'y entre en même temps l'avilissement". 

Le Québec, une province qui reste frileuse face aux musulmans ?

Au Québec le site Vigile.net publiait en novembre 2015 cette tribune de Jean-Jacques Nantel**: Les musulmans sont des patrons, pas des serviteurs !  Selon Jean-Jacques Nantel, les Occidentaux n’auraient rien compris aux musulmans. ``La culture musulmane est une culture d’origine nomade qui nous vient du 7e siècle en plus d’être une culture de patrons; c’est-à-dire de gens qui ne travaillent pas de leurs mains. Cela explique de nombreuses caractéristiques de l’Islam moderne de même que l’incompréhension foncière qui sépare présentement les musulmans - et surtout les islamistes - des gens provenant des cultures d’origine sédentaire du monde moderne``

``Ce sont ces classes moyennes majoritaires de l’Europe, qui sont désormais concentrées dans les villes, qui doivent faire face à une invasion de millions de musulmans qui, parce que leur culture s’est cristallisée autour des idées d’un nomade du désert du 7e siècle comme Mahomet, continuent à penser et à agir comme des nomades et des patrons. C’est la source principale de la totale incompréhension qui existe entre les musulmans (et leurs intégristes) et les habitants de tous les pays dont les cultures sont basées sur l’agriculture productrice`` écrit-il.

Le Canada et les États-Unis acteurs du pragmatisme

Au-delà de cet aspect théorique et religieux qu’en est-il de l’agriculture au Canada par rapport aux musulmans ? Le gouvernement du Canada semble faire état d’un nombre grandissant de musulmans aux pays et d’un ajustement des normes de l’industrie et du commerce dans un environnement favorable tant pour les producteurs et industriels que pour les consommateurs musulmans.

Les produits halal, bientôt 20 % du commerce alimentaire mondial !

Selon un rapport de 2012 du gouvernement du Canada disponible sur www.agr.gc.ca, il est expliqué qu’au Canada et aux États-Unis, le marché de consommation présente un éventail de débouchés pour l'industrie des aliments de spécialité, entre autres parce que la population est de plus en plus diversifiée sur le plan ethnique. Selon certaines estimations, le marché des aliments ethniques en Amérique du Nord progresse à un rythme annuel d'environ 5 %. En 2010, plus de 1 500 nouveaux produits alimentaires de spécialité ont été lancés sur le marché des États-Unis, estimé à 63 milliards de dollars. Les ventes mondiales d’aliments halal ont atteint une valeur de plus de 632 milliards de dollars américains dès 2011.

Les produits halal sont à l'origine de quelque 5 % du commerce agroalimentaire total et pourraient, selon certaines estimations, gagner du terrain pour représenter jusqu'à 20 % du commerce alimentaire mondial. Le marché nord-américain des aliments halal connaît une forte croissance et sa valeur est actuellement estimée à 12 milliards de dollars.

Juste au Canada, où la population musulmane est importante et croissante, la valeur du marché des aliments halal est estimée à 1 milliard de dollars. La population musulmane s'accroît au taux annuel de 13 % et devrait représenter 7 % de la population canadienne d'ici 2031.

Ce rapport du gouvernement du Canada décrit l'industrie florissante des aliments de spécialité en Amérique du Nord, passe en revue les tendances de consommation et changements démographiques qui modifient et stimulent la croissance du marché, en plus d'explorer les débouchés potentiels pour les producteurs et les exportateurs canadiens.

Les musulmans, plus de la moitié des minorités en 2031

Les musulmans représenteront plus de la moitié des minorités visibles en 2031. Selon l'horloge démographique actuelle de Statistique Canada, la population du Canada serait de 34,6 millions d'habitants déclarait-on en 2012. 23 % des Canadiens sont d'ascendance française, 15 % viennent d'autres pays européens, 6 % sont d'origine arabe, 2 % sont d'origine amérindienne et 26 % sont d'ascendance mixte. Quant à la religion, plus de 40 % des Canadiens font partie de l'Église catholique romaine, 23 % sont des protestants et près de 2 % sont musulmans. À l'heure actuelle, la population musulmane du Canada est estimée à 1,25 million de personnes et constitue le groupe affichant la croissance la plus forte; elle devrait représenter la moitié de la population des minorités visibles d'ici 2031.

Nette augmentation de la diversité ethnique au Canada d’ici 2031 !

Selon Statistique Canada, la diversité ethnique de la population canadienne devrait s'accroître en raison de l'immigration. Près de la moitié des nouveaux immigrants viennent de l'Asie et du Pacifique, environ 20 % de l'Afrique et du Moyen-Orient, et 16 % de l'Europe et du Royaume-Uni. La hausse du nombre d'immigrants devrait faire augmenter la population des groupes de minorités visibles du Canada, qui pourrait atteindre plus de 11,4 millions de personnes en 2031.

Trois fois plus de personnes d’origine arabe d’ici 15 ans au Canada

Selon ces prévisions, environ un Canadien sur dix fera alors partie d'un groupe de minorités visibles, soit 30 % de la population, ce qui représenterait une hausse considérable par rapport à 2006, où la population des groupes de minorités visibles ne s'élevait qu'à cinq millions de personnes, soit 16 % de la population.

La population d'origine arabe forme l'un des groupes minoritaires qui devraient augmenter en proportion, et dont la taille pourrait plus que tripler d'ici 2031.

Aux États-Unis, la diversité symbole de croissance

La diversification croissante de la société sur le plan ethnique stimule également l'essor de l'industrie des aliments de spécialité aux États-Unis. Selon Euromonitor International, les groupes de minorités visibles devraient continuer de s'accroître, tandis que la population blanche aux États-Unis, qui représentait 65 % de la population en 2009, devrait diminuer légèrement en nombre et en proportion. La diversification croissante de la population sur le plan ethnique est certes appelée à dynamiser l'industrie des aliments de spécialité.

Une aubaine pour l’exportation canadienne ?

Aussi, à l'extérieur du Canada, une multitude de produits qui s'adressent aux consommateurs musulmans pourraient être exportés. La plupart des pays musulmans, qui sont aussi des importateurs nets de produits alimentaires, connaissent une forte croissance économique et sont formés d'une population jeune en pleine expansion, dont les revenus augmentent. Actuellement, le Moyen-Orient, qui compte 475 millions de musulmans, importe plus de 80 % des aliments dont il a besoin, ce qui stimule la demande d'un grand éventail de produits halal. On prévoit également que, d'ici 2030, le nombre de musulmans à l'échelle mondiale sera de 2,2 milliards, soit 35 % de la population mondiale.

Comme au Canada, l'expansion du bassin de consommateurs juifs et musulmans aux États-Unis pourrait présenter des possibilités pour les fabricants canadiens de produits halal et casher souhaitant percer le marché. Comptant plus de huit millions de musulmans, les États-Unis sont un marché florissant et lucratif pour les exportateurs.

En France, les musulmans vus comme une chance pour l’agriculture ?

En 2009, le site Al Kanz*** publiait sur son site un article intitulé :  les musulmans sont une chance pour l’agriculture française (INSEE). Il précisait suite à la publication par l’INSEE des prix agricoles pour septembre 2009, si les musulmans sont parfois décriés, ils sont aussi désirés (…) Le ramadan a permis aux éleveurs d’ovins de respirer un peu``. Il rappelait ainsi le rôle des musulmans dans la vie économique des producteurs français. Pour Al Kanz, le marché de l’halal ne concerne plus seulement l’alimentation, mais également l’habillement, la finance, le tourisme… « Le halal, c’est comme le bio  », dit-il.  Une éthique, selon ce que rapporte un article de Rue 89 sur le phénomène Al-Kanz.

Les musulmans au secours d’une économie agricole malade !

``Alors que l’agriculture française est au bord de l’asphyxie, l’Insee publiait (…) les indices des prix agricoles (…). Parmi les plus touchés, les éleveurs d’agneaux et de moutons continuent de souffrir d’un contexte économique particulièrement défavorable. La filière est malgré tout soutenue par la consommation… des musulmans, lesquels sont grands consommateurs de moutons`` lit-on sur Al-Kanz.

Et le site ajoute : ``L’information n’a rien de nouveau. Chacun sait que les musulmans constituent un poids économique particulièrement important. Ce qui est en revanche nouveau, c’est qu’un organisme aussi prestigieux et écouté que l’Insee l’affirme, qui plus est tout naturellement. Cela ne va pas sans nous réjouir, tant l’idée reçue selon laquelle les musulmans sont pauvres et ne pèsent rien est solidement ancrée, tant chez les non-musulmans que chez les musulmans. Or c’est tout le contraire si l’on considère les consommateurs musulmans comme un tout``. Les musulmans pourraient donc aider une agriculture française malade déclarait dès 2009 le site Al-Kanz !

La fin de l’abattage rituel serait une catastrophe économique !

En mai dernier sur le même site on publiait : l’arrêt de l’abattage rituel serait une « catastrophe économique » en Europe. Il rappelait que Dominique Langlois, président de l’interprofession du bétail et de la viande (Interbev), avait été interrogé, dans le cadre de la commission parlementaire sur les abattoirs, sur la problématique de l’abattage rituel, « sujet éminemment compliqué qui va resurgir dans les mois à venir » du fait de la campagne présidentielle.

Si « on veut l’étourdissement préalable et qu’il n’y a plus de dérogation » a indiqué M.Langlois, « c’est très clair la conséquence ce sera 14 % d’abattage de bovins en moins et 22 % d’abattages d’ovins en moins. Dans la crise que nous connaissons aujourd’hui, ce sera dramatique, sachant que c’est 90 % de jeunes bovins qui sont exportés et que 90 % de nos clients sont des pays musulmans. L’arrêt de l’abattage rituel serait une catastrophe économique qui répondrait certes à une demande, mais qui serait une catastrophe économique ».

Et Al Kanz de citer la Pologne qui a interdit en janvier 2013 l’abattage rituel pour le rétablir deux ans plus tard après avoir perdu « 50 % de leurs marchés à l’export ».

 

 

 

*Ibn al-Rawandī (827 – 911) est un sceptique médiéval arabe d'origine persane

**Jean-Jacques Nantel a reçu une formation d’ingénieur géologue et de manager à l’École Polytechnique de Montréal et à l’Université McGill. Il a oeuvré pour des PME québécoises de géophysique tant au Québec qu’à l’étranger et a ensuite été Directeur régional pour l’Asie, l’Afrique et les Caraïbes (32 pays) pour une entreprise privée d’aide au développement international. Depuis son retour au Québec en 2010, il s’est impliqué dans une foule d’organisations indépendantistes québécoises dont le Bloc québécois, OUI-Québec et Cap sur l’Indépendance dont il est le trésorier.

***Al Kanz : créé en 2006 par Fateh Kimouche, le blogue Al-Kanz est aujourd’hui l’un des sites incontournables de la « muslimsphère » française. Assez représentatif d’une génération très préoccupée par la question de l’halal.