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Mettre fin à la gestion de l’offre: Maxime Bernier s’explique !

Yannick PATELLI ,

NDLR : Maxime Bernier bien qu’il vienne d’une région de producteurs laitiers défend la nécessité de mettre fin à la gestion de l’offre dans le secteur laitier. Il s’est mis à dos la plupart des producteurs de ce secteur. La Vie agricole plutôt que de nier son discours a préféré, fidèle à sa mission de permettre le débat, lui donner la parole afin qu’il justifie son argumentaire et qu’il puisse se projeter dans l’après gestion de l’offre et les conséquences d’une telle décision. 

 

Yannick Patelli : Dans vos arguments pour mettre fin à la gestion de l'offre, vos opposants prétendent que cela sera néfaste pour les régions, car cela entraînerait des pertes de revenus pour le secteur laitier qui verrait l'hectolitre acheté au prix mondial avec pour conséquence un appauvrissement des régions ( moins de quincailleries, moins de banques et CFE, moins de concessionnaires, etc...) et une concentration de plus grosses fermes laitières autour de Ste-Hyacinthe. Que proposez-vous pour, dans l'abolition de la gestion de l'offre, soutenir l'agriculture en région ?

Maxime Bernier : Il faut d’abord mettre les choses en perspective. Sous le système de gestion de l’offre, le nombre de fermes laitières au Québec est passé de 44 784 à 5894 en 2014, soit une diminution de presque 90 %. La gestion de l’offre n’a pas empêché ce phénomène de consolidation, qui est survenu dans tous les domaines de production agricole partout dans le monde. Le dynamisme des régions dépend du dynamisme de l’économie en général et non du maintien en vie de quelques fermes de plus. Nous exportons dans presque tous les domaines de l’agriculture qui ne sont pas soumis au système de la gestion de l’offre, c’est-à-dire 90 % du secteur agricole canadien. J’ai confiance en la capacité de nos producteurs laitiers de concurrencer sur le marché international s’ils sont libérés des contraintes liées à la gestion de l’offre. Cela rendra nos régions et nos campagnes plus fortes et prospères.

YP : Au regard de plusieurs constats dans les pays qui ont mis fin aux quotas laitiers, il semble évident que de nombreux producteurs laitiers de petite taille ne réussissent plus à effectuer leurs paiements en raison d'un prix mondial faible. Auriez-vous une fois au gouvernement des politiques de soutien comme le fait l'Europe actuellement pour sauver son secteur laitier ou les producteurs devraient-ils être en totale compétition avec le reste du monde ?

MB : Les producteurs laitiers seront éligibles aux mêmes programmes fédéraux qui soutiennent les agriculteurs dans les autres secteurs comme celui de la production bovine ou porcine. Ce soutien sera considérablement moins coûteux pour les contribuables canadiens que le système de la gestion de l’offre qui leur coûte 2,6 milliards de dollars chaque année.

YP : Début août, un producteur de Mirabel, Réal Brière a annoncé son retrait de la production laitière disant déjà ne plus être capable d'être rentable. Si certains producteurs sont déjà affaiblis par les petites fluctuations actuelles dans le cadre de la gestion de l'offre, ne craignez-vous pas une désertification des campagnes au Québec au profit au mieux de l'Ontario au pire d'un autre pays ?

MB : Je ne connais pas la situation de M. Brière ni les raisons qui font qu’il ne peut plus être rentable. Dans tous les secteurs de l’économie, il y a des entreprises qui ouvrent et qui ferment régulièrement, il n’y a rien d’exceptionnel dans cette situation. Par ailleurs, le fait que M. Brière quitte le domaine de la production laitière n’est pas une raison pour ne pas changer le système, mais démontre peut-être plutôt que le modèle actuel de la gestion de l’offre est déficient et ne répond pas aux besoins des agriculteurs québécois et canadiens. Je ne crains pas du tout une désertification des campagnes. Les compensations financières qui seront offertes aux producteurs en échange de leurs quotas permettront à ceux qui le souhaitent de continuer à consolider leurs opérations et à réaliser les économies d’échelle nécessaires pour concurrencer efficacement. En fin de compte, ces agriculteurs s’ajusteront à un marché ouvert qui offrira de nouvelles opportunités pour développer la production et offrir de nouveaux produits.

YP : Quels conseils, vous qui venez d'un secteur agricole donneriez-vous aujourd'hui à un producteur laitier pour assurer son avenir et l'avenir laitier du Québec ?

MB : Il ne faut pas avoir peur. Je veux avoir un débat sur cette question et je respecte le point de vue de ceux qui veulent maintenir le système actuel. Je souhaite aussi qu’ils comprennent que des milliers de Québécois et de Canadiens paient, en ce moment même, deux fois trop cher pour leur produit soumis à la gestion de l’offre. Une politique nationale d’agriculture doit répondre aux besoins de l’ensemble des Canadiens et non pas à un lobby qui défend un cartel. Les autres secteurs de l’agriculture qui œuvrent dans un libre marché sans gestion de l’offre se portent très bien et il n’y a aucune raison pour laquelle ce serait différent dans le secteur de la production laitière.