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Bernier joue trop personnel pour Poissant

Yannick PATELLI ,

Dans le cadre d’une entrevue avec La Vie agricole Jean-Claude Poissant, député fédéral et secrétaire parlementaire du ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire s’est confié ce samedi matin, sur la situation dans l’acériculture au Canada et sur le dossier de la gestion de l’offre dans l’industrie laitière, mais aussi sur le cas du lait diafiltré:

(YP) :Quand Maxime Bernier dit qu’il veut que les producteurs de sirop d’érable aient le droit de commercer librement et fait appel à la constitution canadienne et qu’il demande à Justin Trudeau d’abolir le décret qui étend les pouvoirs de la FPAQ, vous répondez quoi ?

(JCP) : Maxime Bernier n’a pas vraiment lu l’article en question. Il faudrait dire à M. Bernier de mettre le bien commun en avant plutôt que sa personnalité. Il y a trop d’individualisme dans son action. J’ai de la difficulté à voir comment M. Bernier peut penser. Pourquoi n’a-t-il pas consulté plus de citoyens avant de prendre la tribune avec un cas particulier (faisant référence à Mme Grenier) ? Notre gouvernement reconnaît l’importance du sirop d’érable au Canada et la majorité du sirop vient du Québec et de l’Ontario. C’est un secteur qui représente de bons emplois en région. Il faut savoir que ce sont les producteurs eux-mêmes qui se sont voté cette agence. Le droit fondamental appartient aux producteurs. J’ai été producteur pendant plus de 40 ans et dans les réunions mes idées ne sont pas toujours passées, mais ça prend parfois du temps pour convaincre les autres producteurs. Par exemple, il y a déjà eu une agence du blé : vu que les producteurs ne voyaient pas cela si bon que cela, elle a été dissoute. Et quant aux Américains s’ils décident de produire plus de sirop d’érable, c’est qu’ils voient comment c’est lucratif pour le Canada !

(YP) : Mais le libre commerce est-il un droit constitutionnel et les Canadiens ont-ils tous les mêmes droits ?

(JCP) Oui, tous les Canadiens ont les mêmes droits et au final c’est la Cour suprême qui tranchera. Je ne peux pas commenter le cas de Mme Grenier puisqu’elle a annoncé qu’elle se rendait à la Cour Suprême. Mais je dis qu’il faut laisser les provinces se parler entre elles et les producteurs se consulter. Maxime Bernier ne rencontre pas les producteurs de sa région ni dans l’érable ni dans le lait. Et pourtant la mise en marché collective dans l’érable ça vient de son coin. J’ai du mal à comprendre qu’on veuille décider sans les consulter. M. Bernier ne discute pas avec les producteurs et fait du sensationnalisme.

Lait diafiltré : accepter l’entente actuelle ! Pour le député et secrétaire parlementaire du ministre de l’Agriculture et de l’agroalimentaire du Canada, il faut accepter l’entente actuelle signée entre les producteurs de lait et les transformateurs.

(YP) : La gestion de l’offre est perçue dans le grand public comme quelque chose de monolithique. S’agit-il de la même chose que le produit soit du lait ou du sirop d’érable ?

(JCP) : Il ne faut pas mélanger les choses. C’est bien différent. Pour le lait il s’agit d’un marché intérieur et pour l’érable d’un marché externe. Il y a une confusion dans la communication sur ce plan-là et d’ailleurs pour le sirop d’érable, il ne s’agit pas d’une gestion de l’offre, mais d’une mise en marché en commun, ce qui est différent.

(YP) : Les producteurs laitiers du Québec ne sont plus très en phase avec ceux de l’Ontario. On constate une déchirure et des visions divergentes. La classe 6 de la dernière entente n’est-elle pas le début de la fin de la gestion de l’offre ?

(JCP : Le gouvernement de M. Trudeau défend et défendra toujours la gestion de l’offre. Si vous écoutez la période des questions à la Chambre des communes, vous le constaterez !

(YP) : Si on ne doute de la volonté de M. Trudeau de vouloir sauver la gestion de l’offre, que fait-il concrètement pour stopper le lait diafiltré aux frontières ? La volonté est-elle réellement-là ?

(JCP) : Je ne voudrais pas embarquer sur ce sujet-là. On vient de faire une très belle entrevue sur le sirop d’érable. Pour ce qui est du lait diafiltré, une entente vient d’être signée entre les producteurs et les transformateurs. Il faut laisser passer et il faut voir dans le temps. Vous savez ce que je me fais dire par certains producteurs : qu’ils sont satisfaits de l’entente, car cela leur ouvre de nouveaux marchés pour les surplus structurels. 

Crédit photo: Le Reflet