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Le lait diafiltré, un débat tronqué !

Yannick PATELLI ,

La Vie agricole a rencontré Benoit Girouard, président de l’Union paysanne pour échanger avec lui sur sa perception de la crise laitière. Il estime que le lait diafiltré est un attrape-nigaud : «On est dans une forme de débat tronqué avec le lait diafiltré. Quand tout le monde a raison ou tout le monde a tort, c’est que le débat est ailleurs. Le lait diafiltré c’est un attrape-nigaud qui cache une volonté de diminuer le nombre de fermes laitières au Québec et au Canada et ça ne date pas d’hier.», nous a -t-il confié

Un scénario bien orchestré contre la gestion de l’offre

«Quelqu’un qui a œuvré dans l’industrie de nombreuses années m’a déjà confié que c’est un scénario orchestré depuis plusieurs années par Valacta, La Coop fédérée, la Fédération des producteurs de lait (PLQ) etc. Cette caste vise à s’entendre pour dire que le modèle d’avenir c’est 250 kg et plus et des fermes toutes robotisées plus proches des centres de distribution.», de dire Benoit Girouard.

« Le lait diafiltré c’est un pigeon lâché pour occulter le problème profond de la gestion de l’offre. Au final règlement ou pas, on va voir chuter le nombre de fermes laitières.C’est évident qu’une ferme en Abitibi, dans le système de mutualisation comme on a, coûte plus cher que celle de Granby. Alors il faut savoir ce que l’on veut», dit-il.

La Fédération et Groleau, les plus grands défenseurs de l’industrie

« Les producteurs sentent bien, que la norme constante dite de salubrité, c’est une vieille tactique pour faire disparaître des producteurs. Et la Fédération ( PLQ) comme Marcel Groleau, président de l’UPA en sont complices. Par l’appui de ces normes qui n’existent pas dans la plupart des autres pays industrialisés, ils se font les plus grands défenseurs de l’industrie.» de lancer Benoit Girouard.

Démanteler la gestion de l’offre par morceaux

Et il ajoute : « Un ex-conseiller de Stephen Harper m’a déjà confié qu’il y a un plan pour faire tomber la gestion de l’offre par morceaux ! Il y a beaucoup d’hypocrisie dans les discours. Je ne crois pas Jean Charest lorsqu’il dit défendre la gestion de l’offre. Il est plutôt le plus grand défenseur actif des traités de libre-échange.»

Tout en étant opposé aux propos de tenus par Lino Saputo Jr et Maxime Bernier, Benoit Girouard nous dira que la gestion de l’offre est en danger et que certains ont le courage de dire ce qui se passe et d’assumer leurs choix: «Il faut arrêter l’angélisme. Au moins Lino Saputo et Maxime Bernier ont eu le mérite de dire la vérité sur ce qui se passe.»

Une réforme plus que nécessaire en écoutant les producteurs

Pour Girouard la gestion de l’offre aurait bien besoin d’une réforme importante comme il le soulignait déjà il y a quelques années dans le document produit par l’Union paysanne, Gestion de l’offre 2.0.

« Lait’Quitable est un réseau vivant qui n’a pas toutes les solutions, mais qui devrait être écouté par les autorités. Plusieurs de ces producteurs nous appellent et nous demandent de sortir des informations pour eux, de peur d’avoir des problèmes à la ferme. Comme ils disent `` Si on dérange trop…``… Il faut savoir qu’ils sont prisonniers de la Fédération car c’est elle qui leur remet leur chèque. Mais il faut qu’ils soient conscients aussi que la solution n’arrivera pas d’en haut.» de spécifier le président de l’Union paysanne.

Des solutions existent dit Girouard

Il souhaite un grand rendez-vous laitier. Quand on lui demande si dans ce cas Paradis, en plus des trois consultations à venir avec les consommateurs, les transformateurs et les producteurs n’auraient pas dû organiser ce sommet laitier, il nous précise : « Oui, comme je disais, ça prend un grand rendez-vous laitier. Un Sommet laitier, mais ce n’est peut-être pas à l’État de l’organiser. Que la Fédération des producteurs laitiers (PLQ) donne un signal clair. Qu’on écoute les producteurs et ensuite qu’on dise la vérité. Ou il y a trop ferme ou on décide qu’on ne veut plus en perdre et dans ce cas, il faut arrêter de négocier sur des virgules et il faut arrêter de se diriger dans des culs-de-sac.»

Pour Benoit Girouard, il faut très vite faire un Sommet laitier pour brasser et aller au-delà des rencontres régionales. « Et si on est encore dans un système collectiviste alors il faut peut-être à partir d’aujourd’hui plafonner les kilos détenus par ferme et envoyer les excédents dans le pool pour aider les plus jeunes. Il faut sûrement régionaliser les quotas comme cela se faisait avant. Il faut renverser la vapeur et se dire si on a 5600 fermes au Québec, peut-on en avoir 6000 dans quelques années et voir à une décapitalisation des quotas.»