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Le fédéralisme pétrolier

Mathieu BOCK-COTE,

C’est entendu, le projet Énergie Est suscite une grande méfiance au Québec. On comprend pourquoi. L’Ouest du Canada veut nous l’imposer comme si notre volonté ne valait rien. On s’adresse de la manière la plus méprisante qui soit aux Québécois, comme s’ils étaient les enfants pourris et gâtés de la confédération et qu’ils devaient enfin y faire leur part en sacrifiant leur sécurité écologique. Le vieux réflexe impérial et dominateur du Canada anglais s’exprime ici de manière absolument décomplexée. On veut transformer le Québec en terrain vague seulement voué à accueillir un oléoduc et on l’invite à se taire s’il lui vient à l’esprit de protester. C’est invitant, n’est-ce pas ?

Officiellement, le Canada n’est qu’un seul et grand pays – il se prend même pour le meilleur pays au monde, ce qui est une idée très étrange, convenons-en. Mais dans les faits, le Canada est un pays si vaste qu’il est travaillé par des contradictions économiques et politiques très profondes. Entre les intérêts nationaux du Canada vus par les provinces de l’Ouest, l’intérêt national du Canada vu par l’Ontario et l’intérêt national du Québec, il y a peu de choses en commun. On peut comprendre que l’Ouest et l’Ontario cherchent à s’entendre: ils partagent une conscience nationale. Mais c’est dans de tels moments qu’on constate que le Québec n’est pas vraiment un morceau de Canada parmi d’autres mais une nation à part entière, même si c’est aujourd’hui une nation endormie.

La question ne touche qu’indirectement le pétrole, en fait. On a beau multiplier les slogans à propos d’un Québec sans pétrole, ou même d’un monde sans pétrole, on sait bien que ce n’est pas pour demain. Évidemment, il faut y œuvrer à moyen et long terme. Mais la transition ne se fera pas du jour au lendemain. Il n’y aura pas de révolution brutale mais une transformation graduelle, qui nous fera passer peu à peu des énergies fossiles aux énergies renouvelables. En d’autres mots, il s’agit moins d’être pour ou contre le pétrole en soi mais de façon circonstanciée, en voyant dans quelle mesure son exploitation peut servir ou non nos intérêts nationaux. Encore doit-on savoir que nous avons des intérêts nationaux !

Ce dont il est d’abord question, ici, c’est de l’avantage que le Québec pourrait tirer du passage de l’Oléoduc. Et la réponse est terriblement claire: cet avantage est à peu près nul. Nous servirons seulement d’autoroute pour le pétrole de l’Ouest. Ici et là, on sèmerait quelques emplois, mais sans plus. Nous n’aurons qu’un privilège, et un triste privilège : nous aurons à assumer l’essentiel du risque écologique. Pourquoi est-ce que cela devrait nous enthousiasmer?

Philippe Couillard a déjà confessé sa sympathie pour ce projet en expliquant que le Québec devait faire sa part pour la fédération en rendant son territoire disponible pour cette entreprise. Plusieurs y ont vu une marque supplémentaire de la servilité de notre premier ministre pour un pays qu’il préfère à sa propre nation, comme cela a toujours été le cas des trudeauistes.

 

 

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