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Nous sommes noyés dans les produits laitiers



NDLR: La Vie agricole a fait traduire cet article du 10 septembre 2016 de Kara O’Connor ( directeur des relations gouvernementales de l'Union des agriculteurs du Wisconsin), paru dans Hoard’s Dairyman 

Avez-vous déjà vu une vidéo de quelqu'un qui se noie? Une personne qui se noie fera presque tout pour garder sa tête hors de l'eau - y compris pousser une autre personne afin d'atteindre l'air.

Les fermes laitières se noient en ce moment dans une surproduction mondiale de lait qui pousse les prix vers le bas et des producteurs efficaces hors des affaires.

Dans ces moments difficiles, toute possibilité d'exporter notre offre excédentaire dans un autre pays ressemble à un canot de sauvetage. «Peut-être», pensons-nous, «ces exportations vont augmenter assez pour que nous puissions garder nos têtes hors de l'eau».

En général, nous ne pensons pas à l'agriculteur qui est poussé sous l'eau dans le processus, tel que discuté dans l’éditorial du 10 août 2016 «The most valued dairy product buyer ». Dans la foulée de l'accord du libre-échange nord-américain (ALÉNA), par exemple, l'augmentation des exportations américaines vers le Mexique a  poussé des milliers de producteurs laitiers mexicains à mettre la clé sous la porte. Peut-être qu’on se vole nous-mêmes  avec la pensée que nos voisins producteurs laitiers du sud ont «juste besoin d'être plus efficaces, comme nous». Probablement que nous sommes juste soulagés d'avoir la chance de cultiver une autre année et de garder vivant l'espoir de passer la ferme à la génération suivante.

Nous pourrions nous trouver beaucoup plus près des producteurs laitiers du bas de la pile si le Partenariat Trans-Pacific est ratifié par le Congrès. La Nouvelle-Zélande est l'un des signataires du PTP et il est également le plus grand exportateur mondial de produits laitiers. L'Océanie représente environ le tiers du commerce international des produits laitiers chaque année. En fait, 95 pourcent de la production laitière néo-zélandaise est exportée, par rapport à 14 pourcent de la production des États-Unis.

En raison de la surproduction mondiale de lait, le Wall Street Journal rapporte que les producteurs laitiers de la Nouvelle-Zélande sont confrontés aux prix les plus bas de rémunération qu'ils ont vu en 13 ans. Croyez-vous que le marché laitier de 48 milliards $ US pourrait être la veste de sauvetage dont ils ont désespérément besoin en ce moment?

Si le Congrès ratifie le PTP et ouvre les vannes aux produits laitiers importés, les agriculteurs néo-zélandais se justifieront sans aucun doute du fait que les laiteries américaines  «doivent probablement être plus efficaces».

Nous, producteurs laitiers, pouvons cesser de nous bousculer  dans les accords commerciaux qui nous laissent dans l’eau jusqu’au cou. Nous devons dire NON au PTP et demander une politique laitière fédérale qui prévient la surproduction en premier lieu.

Il y a des années, les agriculteurs canadiens ont convenu d'un système d'harmonisation de l'offre et la demande pour maintenir des prix équitables. En conséquence, les agriculteurs canadiens peuvent réellement gagner leur vie et se permettre de moderniser de façon raisonnable. Toutefois, si le PTP passe, le système canadien de contrôle d’offre excédentaire pourrait être démantelé. Les exportations américaines vers le Canada vont augmenter, les prix payés au Canada vont baisser, et des milliers de fermes laitières canadiennes vont disparaitre.

Certains groupes agricoles américains encouragent cette «ouverture des marchés canadiens», offrant «de nouvelles possibilités d'exportation pour le Canada». Pardonnez-moi si je vois peu de raisons de célébrer l'occasion pour les producteurs laitiers américains de noyer nos voisins du Nord, échappant ainsi aux conséquences de notre propre manque de discipline sur le marché. Pour ma part, je préférerais voir tous les producteurs laitiers garder la tête hors de l'eau.

Kara O’Connor