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«Je suis Louis, éleveur, en liquidation judiciaire»

Yannick PATELLI ,

Alors que  La Vie agricole vous entretient de la situation dans la production laitière au Québec depuis que nous avons mis en lumière en 2015 la problématique du lait jeté et des importations de lait diafiltré, il nous est apparu intéressant d’entendre un producteur outre-Atlantique qui a connu ces dernières semaines la faillite et la liquidation judiciaire de sa ferme. Une histoire humaine qui nous a permis de rencontrer un homme courageux et fier de son parcours dans le monde agricole. Si pour d’aucun, il est difficile et même tabou de parler de ses problèmes, de sa liquidation... Louis, producteur de lait dans le Morbihan en Bretagne, lui, a choisi de dire les choses telles qu’elles sont.

Des producteurs laitiers en grande difficulté financière c’est une réalité en France notamment depuis la fin des quotas en 2015. Louis Ganay, producteur laitier en Bretagne a vu ces dernières sa ferme placée en liquidation judiciaire. À la tête d'un troupeau de 50 vaches laitières, les difficultés se sont accumulées au fil des ans. Il a essayé le bio, mais en vain. Les prix du lait baissent. Financièrement, il ne peut plus suivre et se retrouve interdit bancaire. Louis, 36 ans, a déjà pensé au suicide. Il s’est déjà demandé à quelle poutre il pourrait accrocher la corde pour le faire. Il se raconte à La Vie agricole et témoigne de sa passion pour l’agriculture qu’il garde ancrée en lui.

Très astucieux sur le plan de la communication Louis Ganay  utilise beaucoup les médias sociaux pour faire connaître sa cause et celle des producteurs de lait au reste de la population et ça marche puisque  les marques de soutien se multiplient sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, un album photo a été créé et s'intitule "Nous sommes tous des Louis Ganay". Il a réussi aussi à intéresser la de grosses chaines de télévision (TF1/France3, etc) à venir faire des reportages sur sa ferme et montrer l’abattage de ses génisses. Il est audacieux Louis Ganay, lui, le producteur qui pour marquer les esprits est capable de publier sur sa page Facebook un mini-concert de violoncelle qu’il donne à ses vaches alors qu’elles ruminent tranquillement à l’étable.

Yannick Patelli : Comment êtes-vous venu à l’agriculture ?

Louis Ganay : Je ne suis pas du tout apparenté quand je décide de me lancer en agriculture il y a 5 ans. Né à Marseille, c’est après un master de droit et un master de philosophie que j’arrive en Bretagne pour devenir professeur d’économie pendant deux ans. J’entame ensuite ma reconversion en faisant un bac pro agricole et je deviens salarié pendant 1 an dans une ferme. Ensuite je fais l’achat d’une exploitation laitière de 50 vaches.

YP : Est-ce la fin des quotas l’origine de tous vos problèmes ?

LG : Oui absolument c’est ça qui a fait chuter le cours à 260 euros la tonne. La dynamique était amorcée avant, mais on est passé après les quotas de 350 euros la tonne à 260. J’ai ensuite tenté le bio et je suis devenu autonome avec des vaches au pâturage. Mais la banque ne m’a pas suivi dans mon projet de diversification. J’ai pourtant des résultats intéressants avec mes vaches. Mais quand tu n’achètes plus des coopératives les banques sont plus frileuses à te suivre

YP: Comment on vit cela humainement ?
LG: C’est  une grosse épreuve à passer. En février 2015 j’ai tenté de me suicider. Maintenant je suis  trop heureux d’être vivant, mais j’ai perdu ma ferme. Ma femme a demandé le divorce, mais je chemine sans médecin grâce à la pensée positive.

YP: Quelle force vous donne les réseaux sociaux et les médias en général ?
LG: C’est beaucoup de soutien. Maintenant il y beaucoup d’intérêts des médias de masse : TF1 en France, la chaine nationale des Pays-Bas. Je ferai aussi bientôt un reportage avec France 3 sur les magouilles des syndicats. J’ai créé «Je suis Louis Ganay» ( sur le principe de « Je suis Charlie») et ça marche. Mais je n’ai pas d’aide du monde rural en tant que tel. Ici on a même voulu empoisonner mes vaches. En France il y a 3 syndicats : La FNSEA, la coordination rurale et la confédération paysanne. Je suis un ex-vice-président de la FNSEA, mais on ne me parle plus, car en parlant du suicide j’ai levé un tabou et maintenant que j’affiche ma liquidation judiciaire c’est encore pire. Mais il faut le dire, la FNSEA contrôle tout : Les SAFER, les coopératives, etc.

YP: Croyez-vous aux solutions politiques proposées ? Et pour qui voter aux prochaines présidentielles quand on est producteur alors ?

LG : Je crois pas vraiment ni à la gauche ni à la droite. Les deux ont eu le pouvoir et il n’y a plus grand-chose à espérer des hommes politiques. Dans le milieu agricole les proches de la confédération paysanne ont espoir dans le Front de gauche et Mélenchon* et à la coordination rurale c’est plus partagé, mais plusieurs pensent que Marine** répond aux besoins des agriculteurs. Les seuls soutiens du monde agricole vont au Front de gauche ou  à l’extrême droite. Pour ma part je ne peux pas voter extrême droite, car je ne  suis pas Marine Le Pen sur le contrôle du port des signes religieux dans l’espace public. Je trouve la diversité plus intéressante et enrichissante. Pour moi l’espace public en est un de liberté. Et puis Marine c’est une Parisienne, elle ne connaît pas l’agriculture. Quand je vois Fillion***, notre ancien premier ministre verser de larmes j’y crois pas et quant à Lemaire**** c’est le pire, c’est lui comme ministre de l’Agriculture qui a enclenché la dérégulation

YP : Votre avenir sera-t-il agricole ?

LG : Non pas ici, mais je suis prêt à tout même venir au Québec

CREDIT PHOTO; WEB-AGRI

*Jean-Luc Mélenchon, homme politique d’extrême gauche, candidat à la présidence de la République française en 2017.

** Marine Le Pen, prédisente du Front national, candidate à la présidence de la République française en 2017.

***François Fillion, ex-premier ministre de Nicolas Sarkozy, et candidat à la présidence de la République française en 2017.

****Bruno Lemaire, ex-ministre de l’Agriculture de Nicolas Sarkozy et candidat à la présidence de la République française en 2017.