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Disparition des abeilles: Que disent les apiculteurs du Lac-St-Jean

Constance PARADIS ,

NDLR : La Vie agricole qui a traité le mois dernier sur son site www.lavieagricole.com du dossier de la disparition des abeilles a interrogé ce mois-ci  deux apiculteurs au Lac-Saint-Jean. Voici les propos qu’ils ont tenus à notre correspondante Constance Paradis

« La problématique des abeilles c’est un problème de société. » Patrick Fortier

Selon M. Patrick Fortier, apiculteur, producteur laitier et propriétaire de l’Économusée MIELS des RUISSEAUX, à Alma : « Les producteurs de  lait et les apiculteurs sont en quelque sorte dans une espèce de compétition. Moi je suis dans les deux types de production. Je suis à la fois producteur laitier et apiculteur. (…) Comme agriculteur, si on veut que nos productions soient assurées il faut suivre les directives et donc, par exemple, arroser avec des pesticides. Il n’y a pas que l’utilisation des néonics qui est en cause. Les poussières des semoirs ont aussi un impact sur les sols et l’eau. Les abeilles vont boire dans trous de bouettes et elles sont intoxiquées. Ça affecte le taux de mortalité et conséquemment la production de miel. Ce sont les plantes mellifères qui nourrissent les abeilles et quand il n’y a pas assez de fleurs dans les champs, les abeilles se retrouvent en carence. Le système de l’offre et de la demande existe, on fait de plus en plus de grandes cultures, il y a donc moins de diversité. Pour des ruches en santé il faut  un apport constant en nectar des fleurs. La problématique des abeilles c’est un problème de société. »

Il ajoute : « Ici au Québec, c’est différent! On n’a pas le même climat tempéré que dans d’autres pays. Nos hivers sont rigoureux. La durée de la floraison est moins longue. Ici, nos abeilles hivernent à l’intérieur. Produire est plus coûteux. En France la réglementation concernant les néonics est plus sévère. Ici, le gouvernement commence à légiférer. Pour les utiliser ça prend maintenant la signature d’un agronome pour justifier que c’est nécessaire et non abusif. »

« Le grand responsable est l’homme et son mode de vie basé sur la consommation», Raphaël Vacher

Selon M. Raphaël Vacher, apiculteur, propriétaires de Les Miels Raphael : « La situation des abeilles dans le monde est préoccupante puisque la mortalité des abeilles est importante mais la cause n’est pas uniquement liée à l’utilisation des pesticides. La réalité est plus complexe et cela demande une vision d’ensemble afin de cerner le problème.  À mon avis, la problématique est multifactorielle.  Par exemple, les OGM, la perte de diversité végétale (monoculture sur de grande surface), les pesticides, les maladies de l’abeille, la pollution, la dégradation des sols, etc. sont tous en partie responsable du déclin des pollinisateurs sur la planète.  Par contre, tout cela est le résultat de l’activité humaine sur notre planète.  Le grand responsable est l’homme et son mode de vie basé sur la consommation. L’abeille c’est la sentinelle de l’environnement. Quand elle montre des signes de maladies ou de faiblesse ça sonne une sonnette d’alarme pour le monde.»

« Les producteurs laitiers nous aident beaucoup en cultivant des pâturages diversifiés pour leurs vaches», dit-il

 « La région du Saguenay-lac-St-Jean jouit d’un climat plus froid et c’est bon pour la culture de sarrasin, de canola, de gourganes, de bleuets, etc. et ces cultures sont bonnes pour nos abeilles. Cependant certaines productions, comme la gourgane par exemple, ne sont pas assurables pour les risques de pertes ou dommages puisque ce sont de nouvelles cultures. Ça n’aide pas la diversité végétale que nos abeilles ont besoin mais ici les producteurs laitiers nous aident beaucoup en cultivant des pâturages diversifiés pour leurs vaches», ajoute-t-il.

Et il précise : « Il y a de plus en plus de monoculture de maïs et de soja et malheureusement les abeilles en sont victimes car elles n’ont pas la diversité végétale dont elles ont besoin pour leur santé et leur production de miel. Les apiculteurs ont très peu d’aide. Une des manières pour aider les apiculteurs serait de donner des primes aux producteurs agricoles qui utilisent des cultures mellifères. Le premier ministre du Canada,  M. Justin Trudeau a pourtant dit que l’agriculture est une priorité pour lui. Mais pour le moment, il ne démontre aucun intérêt pour celle-ci. Pourtant, le Canada désire protéger ses acquis et l’agriculture est la base de la souveraineté du Canada puisqu’elle fournit les aliments dont les canadiens ont besoin pour se nourrir.  De plus, si nos politiciens étaient réellement désireux de faire croître l’économie et l’emploi au Canada, le gouvernement du Canada et les provinces investiraient en agriculture.  Or, les gouvernements font l’inverse et ils nous tirent tous dans le pied.  Pourquoi prêter de l’argent à Bombardier et prendre des risques au lieu d’investir en agriculture et s’assurer par le fait même une meilleure croissance économique et une plus grande création d’emploi que dans n’importe lequel des autres domaines.  J’aimerais réellement pouvoir poser cette question à mes premiers ministres et aux ministres de l’agriculture.  La seule réponse que je trouve actuellement est qu’ils sont incompétents. »

« Le ministre Paradis était meilleur dans l’opposition », dit-il.

« Le ministre Paradis devrait être à l’écoute des apiculteurs et des agriculteurs. Il est en train de devenir le pire ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation que l’on ait eu à date. Il était meilleur pour nous quand il était dans l’opposition. Depuis qu’il est devenu ministre, il ne se passe plus rien.  De plus par son inaction et ses nombreux rapports impertinents, il ne fait qu’étirer son temps de ministre et il envoie un mauvais message à toute la classe agricole.  Un ministre doit être visionnaire et leader.  Il doit donner des directives claires et le tout doit se faire rapidement comme s’il était le capitaine d’un navire.  Or, actuellement, il fait l’inverse.  Et là, ce n’est pas de l’incompétence le problème mais son incapacité à convaincre son gouvernement et son premier ministre que l’agriculture est le meilleur endroit pour créer de la richesse aux québécois ou sa peur de revivre la situation qu’il a déjà vécu avec Jean Charest.  C’est extrêmement désolant de voir cela.  Comment peut-on par la suite avoir confiance en notre pseudo ministre et nos politiciens. »

« Je comprends cependant mes collègues agriculteurs… »

« Il est clair qu’il faut restreindre l’utilisation des néonics car c’est nocif pas seulement pour les abeilles mais pour les insectes pollinisateurs. Je comprends cependant mes collègues agriculteurs qui ont peur de ne plus pouvoir les utiliser. Il faut faire plus de lutte intégrée et expliquer au monde les effets néfastes sur les pollinisateurs, pas seulement les abeilles. Il s’avère nécessaire de faire un  retour à une approche systémique de protection des cultures. La diminution progressive de l'usage des pesticides ne repose pas seulement sur des alternatives aux produits chimiques. Celle-ci doit faire consensus chez les agriculteurs ce qui n’est pas le cas actuellement.  Une agriculture qui réduit fortement l’utilisation des pesticides est une agriculture qui remet la biodiversité au cœur de la production et l’enjeu principal de respecter l’environnement.  Personnellement, je pense qu’un Québec sans OGM et sans pesticide serait une très grande avancée pour l’agriculture québécoise et pour tous les québécois.  Mais pour réussir cela, il faudrait des sommes considérables pour aider les agriculteurs à faire la transition et ça demanderait au moins une dizaine d’année.  Ce choix difficile permettrait ensuite au Québec de se positionner mondialement avec une agriculture saine et cela permettrait d’ouvrir de nouveaux marchés plus lucratifs. », dit-il.

« Il faut que les grosses compagnies pensent environnement et santé de l’être humain avant profit pour les actionnaires. S’il n’a plus d’abeilles ça va mal aller. Toute la chaîne alimentaire sera affectée.  Sans pollinisateurs, toute l’industrie agricole va chuter. On a besoin d’eux pour les fruits et les légumes. C’est 40% de notre assiette alimentaire qui va disparaître. Les conséquences à long terme seront très graves. Le monde va changer si cela arrive. », conclut-il.